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A l'école de la blogosphère égyptienne (1ère partie)

Source: image originale de Baheyya (Photoshop), texte arabe de Misr Digital

Il devient clair avec chaque jour qui passe que le dynamisme des blogueurs égyptiens ne s’exprime pas seulement en ligne. Les blogueurs activistes de ce pays sont aussi très fortement engagés dans le mouvement réformiste pro-démocratie, qui conteste le long règne de Moubarak. Il sont présents dans presque chaque sit-in, chaque manifestation, soutenant le Kifaya, [Arabe] le Mouvement National pour le Changement, et ils utilisent les blogs, les textos, les vidéos et les photos pour dénoncer les abus de la police durant les manifestations, et même à l’intérieur des commissariats.

En d’autres mots, les Egyptiens ne se contentent pas de rester assis face à leur écran d’ordinateur, ils ne bloguent pas à propos du changement qu’ils aimeraient voir intervenir , ils prennent part au processus. En agissant comme des vigiles du gouvernement et des médias traditionnels égyptiens, ils ont acquis une crédibilité bien au delà de leur audience locale, et ont attiré l’attention des médias au niveau régional et international, qui suivent maintenant le moindre de leur mouvement.

Une semaine passe rarement sans que la nouvelle de l’ arrestation d’un ou plusieurs blogueurs égyptiens ne nous parvienne. Le 15 mars 2007, trois blogueurs ont été arrêtés –puis relâchés le même jour- pour avoir pris part à la marche de protestation contre des amendements constitutionnels contestés, qui ont été approuvés par le parlement égyptien le 19 mars. Le 20 mars, trois autres blogueurs, ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient à un sit-in devant l’assemblée du peuple, au Caire: Malek [Arabe](alias MalcolMM X), Mohammad Gamal [Arabe](alias Gimihood) et Mina [Arabe](alias Haj Girgis). Ils ont également été relâchés le même jour.

Le mois dernier, le 22 février, un tribunal égyptien a condamné à quatre ans de prison le blogueur de 22 ans Abdel Kareem Suleiman (alias Kareem Amer [arabe]) pour avoir insulté l’islam et le Président Hosni Moubarak sur son blog personnel. De plus, le 12 mars, le juge Abdel Fatah Mourad, président de la cour d’appel d’Alexandrie , a confirmé la sentence de quatre ans de prison et jugé recevable une plainte destinée à bloquer 21 blogs et sites pour avoir « diffamé l’Egypte et insulté le président ». .. Hossam el-Hamalawy a republié sur son blog le message suivant du blogueur Amr Gharbeia:

« La liste, qui comprend 21 site, inclut les blogs et sites qui ont pris part au débat sur le livre que le juge a écrit [Arabe], et sur le plagiat évident dans ce livre, avec des informations pillées dans le rapport de HumanRights Info sur la liberté d’Internet dans le monde arabe, et dans le guide «Comment bloguer », rédigé par le blogueur Bent Masreya. Des 21 blogs et sites, j’ai pu jusqu’ici confirmer que c’était le cas pour les site de Kefaya et HRInfo, en plus des blogs de of Bent Masreya, Yehia Megahed et du mien“.

Cependant, et malgré la puissance et l’unité qui caractérise la blogosphère égyptienne, beaucoup croient que le gouvernement a utilisé la condamnation de Kareem comme stratégie pour semer la discorde et diviser cette blogosphère en deux camps. Les islamistes, qui critiquent la façon dont Kareem s’exprimait sur l’islam et les musulmans, et qui, d’une certaine façon, approuvent sa condamnation.Et les libéraux, qui défendent les droits de Kareem et font campagne pour sa libération. Selon Elijah Zarwan, un chercheur pour Human Rights Watch basé au Caire , « beaucoup de ceux qui défendaient Kareem dans la blogosphère égyptienne, objectaient avec force, publiquement ou en privé, à certains de ses écrits. Mais ils défendent toujours son droit d’exprimer ses opinions. Quoi qu’il en soit, alors que la blogosphère égyptienne grandit, elle devient le reflet de la diversité et du pluralisme de l’Egypte elle-même. Kareem n’a pas divisé la blogosphère. Elle n’a jamais été unifiée ».

Photo de Alwatany Alyoum, journal du parti dominant National Democratic party. « Après les communistes et le mouvement Kefay, les « illégaux » (allusion aux Frères Musulmans ) infiltrent les blogs pour recruter de jeunes gens ». Source : ana-ikhwan.blogspot.com

Même si le noyau dur des blogueurs activistes est lié au mouvement Kifaya, nous assistons aussi à une mutation de la blogosphère politique égyptienne,car de jeunes activistes des Frères musulmans, le plus ancien et plus important mouvement islamique, ont commencé à utiliser les blogs pour attirer l’attention sur leur cause et pour faire activement campagne pour la libération des membres emprisonnés de leur mouvement .

Mais pourquoi, en Occident, personne ne parle-t-il de ce nouveau développement, qui affectera sans doute toute la région, étant donné le rôle central que joue les Frères Musulmans dans le monde sunnite ?

L’organisation égyptienne des Frères Musulmans a été , depuis sa création en 1928, une source majeure d’inspiration pour tous les partis islamistes de la région. Les médias traditionnels, et particulièrement ceux de l’occidents, en se focalisant sur les blogueurs libéraux, font l’impasse sur ceux qui ont une tendance islamiste dans leur couverture de la blogosphère égyptienne. Elijah Zarwan croit , toutefois, que ce manque de perception des blogs islamistes de la part des médias internationaux, est une question d’ignorance “de l’existence des blogs, et de la langue arabe”. Il l’explique aussi par le fait que les blogs des Frères Musulmans sont un phénomène relativement récent.

Voici quelques semaines, Mohamed Nanabhay[En] a publié sur son blog un billet, “Le visage changeant des blogs arabes,” qui soulève une question importante.

« Et maintenant que les Frères Musulmans d’Egypte bloguent, il sera intéressant de voir quel poids Global Voices (et d’autres blogueurs) accorde à ces voix » .

Durant une présentation intitulée “Bloguer là ou l’expression n’est pas libre “[En], à la conférence South by Southwest d’Austin, au Texan, le co-fondateur de Global Voices , Ethan Zuckerman [En], a répondu à cette question :

«… la solidarité, et une volonté d’agir pour la liberté d’expression de tous les blogueurs menacés, et pas seulement ceux avec qui nous sommes d’accord. Nous devons être préparés à soutenir les blogueurs des Frères Musulmans en Egypte, tout autant que les dissidents comme Kareem ».

Dans la seconde partie de cet article, j’interviewe trois jeunes blogueurs égyptiens. Lisez-la, pour comprendre comment fonctionne une blogosphère égyptienne hautement organisée, et comment les blogueurs perçoivent leur rôle dans cette nouvelle phase turbulente de l’histoire de leur pays.

Sami Ben Gharbia

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