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Des écrivains africains critiquent Sarkozy dans une lettre ouverte

Jean-Luc Raharimanana, un auteur malgache célèbre pour ses travaux sur la période coloniale française, a récemment écrit une lettre ouverte au Président français Nicolas Sarkozy en réponse au discours maintenant tristement célèbre livré à Dakar, Sénégal et à son message pour l’ Afrique et les Africains.

Cela fait presqu'un mois que Sarkozy a prêché son discours mais les effets réverbèrent encore dans la blogosphère francophone. Que ce soit à cause de sa politique sur l'immigration clandestine, ou son amitié apparente avec les dictateurs africains, ou encore ses remarques controversées sur les minorités françaises, Sarkozy semble souvent provoquer des réactions passionnées chez les blogueurs francophones. Son discours de Dakar n’a certainement pas fait changer cette perception.

La lettre de Raharimanana a été co-signée par plusieurs auteurs et bloggers africains et éditée dans le journal «Libération ». La lettre a également été republiée sur le blog de l’écrivain congolais Alain Manbanckou et deux autres blogs malgaches, Mialy et Za Gasy.

Mialy présente la lettre à Sarkozy comme suit :

“Plusieurs écrivains africains se joignent à Raharimanana pour répondre à la petite “leçon de français” du président Sarkozy, à Dakar”

Alain Manbanckou rajoute un peu d'humour à la lettre en illustrant la lettre ouverte avec une caricature dans laquelle Sarkozy dit à un enfant africain :

“La France tu l’aimes mais tu vas la quitter quand meme.”

Harinjaka a également réagi avec humour au discours condescendant de Sarkozy.
Voici quelques extraits de la lettre ouverte à Sarkozy :

“[…] Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation…[…] Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ? Car oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Vous appelez à une «renaissance africaine», venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance, nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.
Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous[..]
Sincèrement et franchement à vous.
Antananarivo, le 3 août 2007
Raharimanana et les écrivains
Boubacar Boris Diop (Sénégal),
Abderrahman Beggar (Maroc, Canada),
Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) Koulsy Lamko (Tchad),
Kangni Alem (université de Lomé),
et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs).”

La lettre dans sa totalité est disponible ici.
Un lecteur commente sur l’article de Mabanckou et affirme apprécier la colère de l'auteur :

“Ce que j’aime bien chez Raharimanana, c’est la colère. Il y en a que le sort de l’Afrique n’empêche pas de dormir. Lui, on sent souvent chez lui la meurtrissure, le tourment que lui cause les vicissitudes connotées au sort de l’Afrique.”

Le fameux discours de Sarkozy sur la relation entre la France et le continent africain a été commenté dans le journal Le monde. Extraits:

“il a rappelé son refus d’entrer dans un exercice de repentance, parce que “nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères”.Certes, le président n’a “pas nié les fautes ni les crimes, car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes”. Avec des mots plus forts que jamais, il a qualifié “la traite négrière et l’esclavage” de “crimes contre l’homme, crimes contre l’humanité.
Pour le président français, c’est au sein même de l’identité africaine qu’il semble falloir chercher les freins au développement du continent : “Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire (…). Jamais il ne s’élance vers l’avenir (…). Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance. (…) Il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.”

Lova Rakotomalala

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