Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Congo (RDC): Interview de Cédric Kalonji, “Meilleur blogueur francophone 2007″

C’est toujours un moment heureux de voir un bon blog passer du status de blog confidentiel à celui de blog reconnu, accessible à une large audience. Etre consacré par l’un des principaux prix dédiés aux blogs aide beaucoup, ou, tout au moins, est un accélérateur. Les éditeurs et les lecteurs de Global Voices ont suivi attentivement les nominations aux Deutsche Welle‘s Best of Blogs awards (mieux connus sous le nom de ‘Les BoBs’), probablement à cause de la vocation internationale et polyglotte de ces prix, ainsi qu’à la volonté avérée de son jury de faire émerger de nouvelles voix aux lieux de primer les vedettes établies (Global Voices Online a également été primé en 2005, et est par ailleurs l’un des sponsors des prix de cette année).

Ceux qui s’inquiétait du petit nombre de blogs africains sélectionnés applaudiront la décision du jury d’accorder le prix 2007 du Meilleur Blog en Français à Cédric Kalonji, de la République Démocratique du Congo. (Voici la description que j’avais faite de son blog dans une revue de blogs pour Global Voices en Juillet: ‘Probablement le blog congolais le plus intéressant , il est publié par Cédric Kalonji, dont les photos et les commentaires pleins d’humour et souvent de tristesse témoignent des difficultés de la vie quotidienne à Kinshasa, la capitale surpeuplée et délabrée du pays“).

En apprenant qu’il avait gagné ce prix, Cédric a écrit:

Grande joie de voir que mon travail est reconnu sur le plan international et grande fierté de pouvoir parler au nom du grand Congo. Cette reconnaissance me donne encore plus de force, plus d’énergie pour poursuivre cette aventure et même aller encore plus loin.

Un heureux gagnant:  Cédric et son blog le jour de l’annonce des résultats

Le jour suivant, les blogueurs Nayembi et moi-même [anglais] avons rencontré Cédric pour un déjeuner festif de poulet à la moambe, plantains et ngai-ngai à Kintambo, un quartier très vivant de Kinshasa. Nous avons parlé de la double vie de Cédric, de son lectorat grandissant, de la corruption, de la nécessité d’être discret, et même de Facebook.

Les débuts
“ J’ai découvert l’Internet très tôt. In 1995, à la fin du régime de Mobutu , seul le gouvernement était connecté à Internet, mais j’avais un ami dont le père travaillait à la Présidence, alors j’y allais pour utiliser leur connection. Elle était extrêmement lente! Ensuite, après la chute de Mobutu, les premiers cybercafé sont apparus et les jeunes s’y sont intéressés. Mais au début, il ne savaient pas comment l’utiliser pour rechercher des informations et regardaient principalement du porno.

“J’ai eu l’idée d’un programme télévisé pour expliquer l’Internet aux débutants, mais cela n’a pas marché car le responsable préférait proposer des vidéos de musique. Ensuite, j’ai proposé quelque chose de similaire à Radio Okapi – Ils m’ont appelé et trouvé que ma voix était bien, donc j’ai décroché le job et j’ai tout appris de la radio là bas.

“J’ai commencé à bloguer il y a environ deux ans. Un groupe d’entre nous a commencé en même temps. Ce n’est pas la même chose que la radio, et en ce qui me concerne, j’aborde des thèmes différents, pour ne pas mélanger les deux – Je mène une double vie, en fait. C’est ce qui est merveilleux avec les blogs. Chacun peut devenir une sorte de journaliste. Un de mes blogs favoris est publié par un chauffeur de taxi au Québec [Un taxi du nuit -]. Il est formidable, ce type. Il écoute toutes sortes de conversations bizarres dans sa voiture !

“ Au début, je voulais juste publier un album de photos pour mes amis. J’écrivais dessous des légendes telles que « J’ai vu un groupe de gosses des rues en allant au travail ce matin”, et c’est tout. Puis j’ai commencé à ajouter des commentaires . J’écrivais par exemple sur la corruption quotidienne, comme celle des policiers qui demandent du cash aux automobilistes. Le policier ne le fait pas parce qu’il aime la corruption, mais parce qu’il n’a pas le choix. Il a une famille, des enfants à nourrir et à envoyer à l’école, son salaire ne suffit pas à payer le loyer, qu’est-ce qu’il peut faire d’autre ? »

Un lectorat en croissance
J’ai commencé à recevoir des messages des lecteurs, qui me demandaient de pubIier plus. Les gens de la diaspora congolaise semblaient aimer voir des photos de leur pays. La majorité de mes lecteurs sont toujours des Congolais de la diaspora. J’aime en rencontrer certains autour d’un verre quand je vais en Europe. Il y a ensuite les lecteurs qui on vécu au Congo ou qui veulent le visiter. Peu de Congolais ici ont accès au Web. Ceux qui y ont accès semblent aimer les forums, où ils se sentent libres d’écrire ce qu’ils veulent.

“J’ai vu les statistiques de fréquentation grimper de huit visiteurs par jour à 15, 35, et puis…Ah ! 100 ! Quand j’ai atteint les cent lecteurs, cela m’a vraiment motivé. Je me suis dit Ok, je vais faire un effort. Avoir des amis qui faisaient la même chose m’a aidé aussi. Bloguer est devenu une sorte de drogue pour moi. J’ai commencé à me lever le matin en pensant immédiatement :“Qu’est ce que je vais publier sur mon blog aujourd’hui ?”.

“Quand mon blog a été sélectionné par Le Monde en ligne[ sur abonnement] en juillet, les statistiques sont soudain passés à 6000 visites/jour, avant de se stabiliser graduellement à environ 1000/jour . Hier, j’ai eu 4000 visiteurs. Beaucoup sont arrivés sur mon blog via le site des prix Best of Blogs , ainsi que via le communiqué sur les Best of Blogs publié sur Reporters Without Borders. J’ai beaucoup de commentaires de mes lecteurs. J’ai un ami qui s’amuse à rafraîchir la page [de mon blog] pour voir combien de temps s’écoule avant que le premier commentaire apparaisse sous un nouveau billet. C’est même un problème, car maintenant j’aimerais déménager le blog sur une autre plate-forme de blogs (WordPress, en partie pour pouvoir ajouter des liens plus aisément) et je pense que cela sera difficile de transférer tous les commentaires ».

La photographie au Congo
“Souvent, mes billets commence par une photo que j’ai prise. J’ai toujours mon appareil photo sur moi et j’aime regarder autour de moi, remarquer et photographier des choses que les autres ne semblent pas voir, même pas les autres journalistes. Quand je m’éloigne [après avoir pris la photo], je commence immédiatement à réfléchir à ce que je vais écrire. Je veux capturer mon impression immédiate de ce que je viens de photographier. C’est plus spontané de cette façon.

“D’autre fois, il y a un sujet sur lequel je veux écrire et je cherche une photo pour l’illustrer. Je ne demande pas toujours la permission [aux personnes photographiées], en fait 85% de mes photos sont prises discrètement. Heureusement, j’ai un petit appareil photo [offert par les lecteurs de Cédric, après le vol de son premier appareil], et une carte de presse, en cas de problèmes. Parfois, je dois mettre en scène une situation pour avoir la photo, comme par exemple faire acheter quelque chose à un vendeur de rue pour que je puisse rester en dehors du cadre. C’est drôle, mais je n’ai pas une seule photo imprimée de mes travaux, après quatre ans de photos. Cependant, j’ai parlé à quelqu’un ici pour une exposition de mes photographies.

“Le 1er janvier de cette année, j’étais en train de regarder la télévision quand j’ai vu quatre photos de mon blog dans une publicité! C'est quoi ça?! Le type n’avait même pas demandé la permission. Je lui ai fait signer un contrat et payer. C’est une question de principe – je donne souvent gratuitement mes droits photos à des personnes qui me les demandent, mais j’en ai aussi vendu durant les élections ».

Auto-censure
“Je ne me mêle pas de politique sur mon blog. Je suis très vigilant. Je cite rarement des noms, juste des faits vérifiables et mes propres observations. J’en sais long sur ce qui se passe mais parfois je ne peux pas en parler, même si cela me ronge à l’intérieur. Certaines personnes seraient contrariées…”.

Le futur
“Je suis fier de ce que j’ai accompli. Même si je quitte le Congo, mon blog sera là dans dix ans, les lecteurs pourront le lire et voir ce qu’était le Congo à notre époque. La période a été très intéressante, avec les élections de l’an dernier et le reste. Mais je crois que je continuerai à bloguer toute ma vie. Ce que j’aimerais vraiment faire est voyager à travers le Congo, bloguer depuis les différentes provinces. C’est incroyable que d’autres blogueurs ne le fassent pas. Je l’ai suggéré à quelques bons journalistes, et j’ai aussi parlé à un ami d’un projet pour former les personnes qui aimeraient apprendre. Les gens ici ne savent toujours pas ce qu’est un blog. ..”

Et Facebook?
“ Je suis un fan absolu! C’est une autre drogue: la première chose que je fais le matin est de vérifier si j’ai de nouveaux amis – mais peut-être que je ne le ferai pas si j’avais une compagne ! Comprenez-moi, je suis un développeur informatique, donc, j’étudie les aspects techniques. Le travail que ces types ont fait est absolument magnifique. C’est une superbe démonstration du concept du logiciel libre. Comme Firefox, le produit est meilleur grâce à tous ceux qui y ont contribué. Je ne m’inquiète pas trop du respect de la vie privée, j’ai même mis mon numéro de téléphone [sur Facebook]. Mais la photo de mon profil est en fait celle d’un gardien du parc naturel de Bombo-Lumene, que j’ai photographié – il me représente maintenant, comme quelqu’un de prêt à se défendre ».

Fred R.

2 commentaires

  • c’est intéressant ce que vous faites; est ce que c’est que vous pissiez m’aider à concevoir un blog? C’est dire me former sur la question par voie du mail. j ‘ai aussi plein des choses à vouloir donner aux autres.
    merci d’avance

  • samuel

    c’est bien,mais je m’aimerai te poser une question:est ce la nation congolaise a t elle de une meme culture?

Ajouter un commentaire

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
* = required field
Non merci, je veux accéder au site