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Égypte : Journal d'une Égyptienne dans une société machiste

En mars 2008, Eman Hashim écrivait un article demandant pourquoi les femmes égyptiennes ont besoin d'un “wakil”, un homme qui doit signer leur remise à leur mari. Laissez-moi vous éclairer plus à ce sujet : à la différence de la culture occidentale où le père conduit la mariée en geste d'approbation et de bénédiction, dans l'islam le mariage n'est pas “licite” si le père (ou l'oncle si le père est décédé) n'a pas donné son consentement au nom de la mariée à travers toute la procédure administrative. Beaucoup de dignitaires religieux désapprouvent l'idée qu'une fille, surtout si elle ne s'est jamais mariée et qu'elle est supposée être vierge, puisse décider seule de se marier et de quitter sa famille.

Dans son article, peu respectueuse des usages, Eman se demandait :

Pourquoi une femme en Égypte a-t-elle besoin d'un homme pour pouvoir quitter sa famille ? Pourquoi les femmes doivent-elles passer de l'autorité d'un homme à celle d'un autre homme ? Je veux regarder en face mon futur mari quand nous échangerons nos promesses… J'ai besoin de l'entendre en le regardant au fond des yeux… J'ai envie qu'il m'écoute lui promettre mon aide et ma protection comme une bonne épouse musulmane… Pourquoi aurais-je besoin qu'on le fasse en mon nom ?

En mai 2008, un autre article audacieux touchait à une autre tradition profondément enracinée :

Je veux, si Dieu le veut, partir… Oui, je veux quitter mes parents et vivre… toute seule.

Eman y fait la liste des réactions contradictoires, souvent opposées et dissuasives, des gens :

Que veux-tu dire ? Pourquoi quitter ta maman ? Comment une jeune femme peut-elle vivre toute seule ? Comment une jeune femme peut vivre sans mari ? Un jour tu regretteras d'avoir quitté ta famille ; tu voudras remonter le temps pour passer juste une journée avec ta famille. Ouais… c'est ce que nous apprennent les occidentaux ! Pourquoi ne serais-tu pas indépendante dans ta chambre ? Comment connaîtras-tu des prétendants au mariage ?

Bien entendu, la plupart des gens ne comprennent pas la logique d'Eman sur l'âge adulte, l'indépendance et la sortie du cocon familial.

Le 24 mai 2008, Eman écrivait sur les maux de la condition féminine en Égypte :

Vous souvenez-vous du problème de devoir dépendre de l'autorisation d'un homme pour se marier ? Vous rappelez-vous de la question de l'indépendance ? Bien… Avez-vous entendu parler du droit des femmes au divorce ? De leur droit de mettre fin à leur mariage devant un tribunal en rendant à leur mari tout ce qu'il leur a donné et en renonçant à leur droit à une pension alimentaire ? Est-ce quelqu'un sait qu'il y a une loi qui autorise la femme à obtenir le divorce et à conserver tous ses droits financiers si le mari épouse une seconde femme ? Il y a aussi une autre loi qui autorise la femme à voyager sans le consentement de son mari Vous souvenez-vous des femmes qui réclament des postes à responsabilité importants dans l'État, comme ministre, juge ?

Eman espère vivre pour voir le jour où les femmes comprendront ces droits, les utiliseront, et rendront effectifs tous leurs autres droits.

Bien sûr ces revendications rendent furieux bien des hommes et des femmes ; ceux qui les considèrent comme opposées à la nature des femmes et à la nature des relations entre hommes et femmes. D'autre les rejettent au nom de la religion et de liens familiaux sains. Tous affirment que ce ne sont pas les vrais problèmes des femmes en Égypte, mais quand on leur demande ce que sont les “vrais problèmes”, ils répondent que le rôle exaltant des femmes est d'élever des garçons et des filles qui soient de bons musulmans, comme s'il n'y avait pas besoin d'esprits libres et adultes pour accomplir cette mission.

Eman met à jour leurs pensées :

Ils protestent en fait à cause de la force et de la détermination qui animent mes propos. L'idée qu'une femme puisse décider et l'assumer les rend fous… Ce qui m'importe vraiment en tant que personne, et je défendrai férocement ces convictions, c'est le droit de choisir et la possibilité de critiquer vos choix. Peu m'importe si vous vous vendez, si vous quittez votre foyer, si vous divorcez d'un mari minable, si vous restez avec lui, si vous voyagez contre la volonté de votre mari, si vous restez à la maison ou êtes condamnée à vie… tant que vous avez réfléchi aux choix qui s'offrent à vous et pris votre décision. Je vous harcèle… Réfléchissez et choisissez ce que vous désirez vraiment… Vous ne devez rien à personne.

Pour attester de l'injustice de leurs mères et de la société envers les femmes Égyptiennes, Eman cite quelques uns de leurs proverbes, dictons et autres lieux communs :

“N'ouvrez pas les yeux des filles”.

C'est une expression qui signifie qu'il faut préserver l'innocence d'une fille, comme si le savoir et l'expérience allaient la corrompre !

“Les hommes et les femmes sont faits l'un pour l'autre… Tu es une sinistre vieille fille”.

Cela veut dire : épouse n'importe quel homme du moment qu'il subvienne à tes besoins, ou sinon tu portera la honte de rester vieille fille.

“Tous les hommes sont des enfants”.

Cette sentence est parfaite pour ignorer toute blessure.

“Tu ne les changeras pas”.

Se rapporte aux hommes comme si la seule posibilité était d'accepter son destin de femme Égyptienne dans une société arriérée.

“Le divorce n'est pas un choix”.

Qui le dit ?

“Le divorce est pour ces femmes… vous savez qui !”

Des femmes de mauvaise vie !

“Il vaut mieux l'ombre d'un homme que l'ombre d'un mur”.

Épousez n'importe quel homme !

Ce ne sont que quelques exemples sur la manière dont les femmes sont mentalement opprimées et privées de leur droit élémentaire de choisir.

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