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Afghanistan : L'attentat de l'ambassade de l'Inde à Kaboul

Un attentat-suicide à la bombe a eu lieu lundi 7 juillet 2008 à l'ambassade d'Inde à Kaboul, tuant plus de 40 personnes et faisant près de 150 blessés. De nombreux résidents étrangers et citoyens afghans sont choqués et ne comprennent pas pourquoi l'ambassade de l'Inde – située dans une rue calme de boutiques et de librairies, par ailleurs bien sécurisée – a été ciblée. Cet attentat a beaucoup fait réagir les blogueurs locaux. A travers leurs billets se dessinent les complexes enjeux géopolitiques de la région.

Sanjar  [en anglais] rappelle que les Talibans ont revendiqué l'attentat , et publie des photos terribles de ses conséquences. Il  choisit de souligner par ailleurs que les talibans ne sont pas les seuls à tuer des dizaines de civils par les bombes – et cite les Etats-Unis, l'OTAN, comme des groupes dont les méfaits sont même plus fréquents.

J'ai déjà été de l'autre côté de la barrière. Après le 11 septembre, je ne me suis pas senti concerné. C'est un événement qui a provoqué des dommages collatéraux, mais, si je le compare à ce que j'ai vécu, ce n'est rien. De mon vivant, plus de deux millions de mes compatriotes  afghans sont morts et la moitié des habitants du pays ont fui à l'étranger.  Je pensais que les attentats du 11 septembre seraient une bonne chose pour l'Afghanistan. Que le monde se mettrait tellement en colère qu'il ne tolèrerait plus les talibans, que l'Afghanistan serait un meilleur pays sans eux. Je n'ai pas éprouvé de compassion, je ne me sentais pas concerné par les victimes de l'attentat du 11 septembre 2001, alors que je me sens très proche des deux millions d'Afghans qui ont été tués dan mon pays depuis que je suis né. Ma réaction, en ce moment, à cet attentat, est :  si mon petit frère rentre intact à la maison, s'il ne figure pas parmi les enfants morts ou blessés, c'est une bon attentat, avec d'horribles dommages collatéraux. Le monde est injuste, chacun défend ses propres intérêts, et les dommages collatéraux sont des choses qui arrivent. Hier, justement, les Américains ont bombardé un village et tué 25 personnes qui assistaient à un mariage car ils les suspectaient d'être un rassemblement de talibans dans la province de Nangarhar. Et avant-hier, les Américains ont bombardé un village au Nouristan, et tué par erreur 15 personnes lors d'une bavure.

Andrea [en anglais] porte un regard différent :

Comparer le nombre de morts et la souffrance ne mène jamais à rien, et n'est pas mon attitude. Mais ces horribles tragédies me font réfléchir : comment pourrions-nous penser de façon plus créative la paix en Afghanistan ?  Ces questions sont difficiles, et il est aisé de montrer du doigt, de proclamer le bien et le mal. En Afghanistan, les frontières sont floues. A propos de la paix, un de mes auteurs favoris, Thomas Merton, recommande à chaque individu de d'abord évaluer nos propres tendances à la destruction et au mal, d'identifier la complexité de ce processus avant de se précipiter pour accuser et de déterminer ce qui est mal autour de nous. Quand une de mes amies afghanes, Cobra, a appris la nouvelle, elle a courru vers moi, en larmes, et s'est écriée :“Ceci n'est pas l'Afghanistan. Non, ce n'est pas bien !” . J'ai l'impression qu'elle n'a pas revu “son” Afghanistan depuis longtemps. J'espère l'aider à le retrouver, moi aussi, à travers de petites choses qui sont à ma portée.

Nitin Pai [en anglais], de son côté, explore un sujet totalement différent en suggèrant qu'il s'agit d'une attaque délibérée contre des officiels indiens, visant à déstabiliser l'Inde, dont la présence est grandissante en Afghanistan.

Attaquer les ouvriers des chantiers de travaux publics dans l'Afghanistan rural est une chose. Attaquer un ambassadeur et des diplomates de l'ambassade d'Inde, à Kaboul, en est une autre. Pourquoi les talibans ont-ils décidé d'intensifier leurs provocations envers l'Inde reste la question. Surtout au moment où ils sont impliqués sur deux fronts — contre les USA et l'OTAN en Afghanistan, et, dans une certaine mesure, contre l'armée pakistanaise dans les zones tribales du Pakistan et dans la NWFP (province du Nord-Ouest). L'ambassade de l'Inde offrait peut-être une “fenêtre stratégique” et l'attaque pouvait être un succès tactique, même si son utilité stratégique est contestable. Parce que l'Inde ne devrait pas être déstabilisée par cet attentat. Ses contrats de travaux publics ne seront pas revus à la baisse. Si l'attentat devait servir à provoquer et à impliquer encore plus l'Inde en  Afghanistan, là encore, il est peu probable que cela arrive. Selon toute vraisemblance, la réaction de l'Inde sera de durcir sa position et de poursuivre le travail commencé. Cela ouvre donc une autre piste de réflexion : la main des intérêts pakistanais serait-elle à l'oeuvre ?

Barnett Rubin [en anglais] juge cette hypothèse un peu fantaisiste, mais avance des informations qui la conforte :

A travers mes contacts (très limités) avec les talibans, et en examinant les communiqués des talibans dans les sources afghanes, je devine un focus contre les troupes étrangères en Afghanistan, pas contre le gouvernement de Karzai ou l'Inde. J'ai entendu à la radio que les “talibans” avaient revendiqué l'attentat. (L'agence de presse Reuters a aussi repris cette information) Il faudrait savoir quels “talibans”. Ceux de l'ancien régime taliban à Quetta, ou ceux du groupe Haqqani au Waziristan du Nord ? (Notez que les QG de ces deux entités sont tous deux au Pakistan…) 

Laissez moi avancer une hypothèse : je ne crois pas que les chefs des talibans du Kandahar organiseraient un attentat comme celui de l'ambassade de l'Inde. Le concept d'un tel attentat est né à travers la collaboration de certains ou tous les groupes suivants : le groupe des Haqqani (dans le cadre de leur recherche d'un soutien du Pakistan), les talibans pakistanais, al-Qaida et les services secrets pakistanais, ou des entités privées qu'ils supervisent.  

Il est naturellement trop tôt pour connaître les mobiles de cet attentat. Pour l'heure, contentons-nous de prier pour la sécurité de ceux qui sont toujours vivants à Kaboul, et pour ceux qui ont perdu la vie.

Publié par  Joshua Foust

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