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Liban : Chronique du retour des prisonniers (1ère partie)

16 juillet 2008

Tandis que j'écris ces lignes, le Liban est en train d'accueillir en héros cinq de ses citoyens-combattants. Ces combattants de la résistance viennent d'être relâchés des prisons israéliennes. Leur libération a été le résultat d'un accord d'échange entre Israël et le Hezbollah/Liban. Aux termes de l'accord, Israël libèrera les prisonniers libanais et transfèrera les restes de plus de 100 combattants tués pendant les décennies de guerres entre les deux pays, en échange d'informations sur un lieutenant israélien d'aviation disparu et des deux soldats capturés en juillet 2006 par le Hezbollah.
Aujourd'hui, il a été annoncé que les deux soldats étaient morts et leurs corps ont été restitués à Israël. Parmi les Libanais libérés se trouve Samir Kuntar (note de la traductrice : la page Wikipedia a été rédigée par sa famille).
Kuntar avait été condamné à plus de 400 ans de prison et il a passé 29 ans dans les prisons israéliennes. Les prisonniers libanais sont  accueillis en ce moment par le Président libanais, le président du Parlement et le Premier ministre, entre autres dignitaires, à l'aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth. Le Président prononce son discours de bienvenue. Aujourd'hui (note de la traductrice : 16 juillet 2008) a été déclaré jour férié national pour donner à chaque Libanais la possibilité de participer à l'accueil de ses héros. Voici quelques réactions de blogs libanais, d'autres suivront :
Anecdotes from a Banana Republic [en anglais] décrit la journée avec esprit et humour et poursuit ainsi :
Kuntar a été emprisonné en Israël pendant 29 ans, depuis le jeune âge de 17 ans. Et comme le monde a changé en son absence ! Kuntar n'a jamais envoyé de SMS d'ivrogne à une ex- petite amie, ni poursuivi personne sur MySpace ou Facebook ; il ne s'est jamais promené dans le nouveau centre-ville ni n'a mangé au Barbar (un méga-restau qui a ouvert ses portes pendant la guerre civile). Il faut l'avertir que le serviss coûte maintenant la somme énorme de 2.000 Livres Libanaises. Heureusement, beaucoup de têtes familières des années 70 sont toujours au pouvoir ; il devra seulement s'adapter à quelques nouveaux venus, du genre Saad Hariri.
Arab Democracy  [en anglais] discute de la prétention d'Israël à la supériorité morale et au rôle de héros du jour :
Que cela plaise ou non à Israël, cet arrangement négocié sous l'égide de l'ONU est la conséquence directe de la guerre de juillet 2006. Dans une perspective de guerre conventionnelle, lorsque les opérations militaires s'arrêtent avec un gagnant et un perdant nets, un tel arrangement serait intervenu plus tôt après la fin de la guerre. Mais Israël n'était pas en position d'admettre sa défaite en août 2006, tandis que le Hezbollah a montré beaucoup de triomphalisme en décrivant comme une «Victoire Divine» sa capacité à résister à l'attaque israélienne.
Israël avait besoin de temps ; il a fallu plus d'une année pour que soit publié, après une longue enquête, le rapport Winograd détaillant les nombreuses erreurs israéliennes. Après avoir admis sa défaite, il est temps maintenant pour Israël d'en payer le prix.
Sous couverture d'«humanitaire», Israël a fait un geste historique. Rendre Samir Kuntar en échange de deux soldats capturés le 12 juillet 2006 (peut-être morts) est un pas de géant. Le débat intéressant que cela suscite en Israël porte sur les craintes qu'un tel geste puisse devenir un précédent politique et juridique.
Bilad al Sham  [en anglais] décrit l'événement comme l'ultime victoire pour le Hezbollah :
L'affiche du côté libanais de la frontièr a tout dit : Israël verse des larmes de chagrin, le Liban des larmes de joie.
Les images de Naqoura étaient celles que redoutaient les Israéliens depuis deux ans, quand Eldad Regev et Ehud Goldwasser ont été enlevés par le Hezbollah – un événement qui a déclenché la guerre de l'été 2006 au sud du Liban et au nord d'Israël. Deux simples cercueils noirs ont été présentés aux médias.
Du côté israélien de la frontière, les familles et les amis des deux hommes ont éclaté en sanglots incontrôlables en regardant les images relayées par Al-Manar, la chaîne de télévision contrôlée par le Hezbollah. Le Hezbollah ne contrôle pas que cela au Liban de nos jours. Certes, la restitution des corps en échange de cinq Libanais vivants, y compris Samir Kuntar, l'homme qui purgeait quatre condamnations à perpétuité pour son rôle dans un attentat terroriste en Israël en 1979, est sans doute la cerise sur le gâteau de deux merveilleuses années pour le Hezbollah et ses alliés pro-Syriens.
Indiscutablement, Israël a manqué les deux objectifs affichés de la guerre de 2006 – il a échoué à faire revenir Regev et Goldwasser et n'a pas affaibli le Hezbollah en le repoussant derrière le fleuve Litani.
Le blogueur Tantalus  [en anglais] utilise la satire et l'humour pour décrire les événements dans un billet intitulé «la rumeur court…».
Lebanese Political Journal  [en anglais] fait la chronique en temps réel, décrit et publie des opinions sur les événements dans une série de billets.
Blacksmiths of Lebanon  [en anglais] publie des photos de Samir Kuntar lors de sa capture en 1979 avec des commentaires de la presse israélienne, ainsi qu'un autre billet dans lequel il se demande si le prix payé pour la libération des prisonniers en valait la peine :
Le prisonnier du Liban en Israël est de retour [pendant que des centaines de Libanais continuent à croupir dans les prisons «fraternelles» de Syrie] et voilà encore un prétexte de moins pour les armes du Hezbollah.
Cela en valait-il la peine ?
Plus de 1 200 morts, dont 300  enfants de moins de 13 ans; plus de 4 400 blessés, dont 700 définitivement invalides. Ces chiffres à eux seuls fournissent une réponse très claire [NON !]. Mais n'oublions pas d'y ajouter les centaines de milliers de personnes déplacées et les milliards de dollars de dommages infligés au pays.
Peu importe au Hezbollah, eux et les Israéliens avec qui ils ont négocié (Olmert et cie) ont obtenu le battage de relations publiques qu'il leur fallait au moment où il le fallait. Les Libanais, et les téléspectateurs arabes d’Al Jazeera en général n'auront qu'à oublier l'histoire récente de ce groupe militant qui a retourné ses armes contre ses compatriotes libanais et précipité une fracture sectaire, rivalisant avec celle des 15 années de guerre civile.
D'autres opinions, reportages et analyses de la blogosphère libanaise suivront dans le prochain épisode : à bientôt, donc.
A lire : la revue des blogs israëliens de Global voices autour de la même actualité, traduite en français.

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