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Russie : Alexandre Soljenitsyne

Alexandre Soljenitsyne [en français], Prix Nobel de littérature et auteur de L'Archipel du Goulag [en français], est décédé dimanche 3 août, à l'âge de 89 ans.

Des réactions au décès de Soljenitsyne apparaissent déjà dans la blogosphère russophone, comme cet article sur l'influence du romancier [en russe] publié par markgrigorian sur LiveJournal :

Soljenitsyne est mort

Ce genre de nouvelles arrive toujours sans qu'on s'y attende. Il avait 89 ans.

Pour moi, Soljenitsyne a commencé dans le poste de radio de la cuisine. Semaine après semaine, tous les soirs, mon grand-père y écoutait la lecture de L'Archipel du Goulag. J'écoutais aussi, comprenant peu de choses du texte de Soljenitsyne, mais saisissant les épisodes qui étaient [si puissants qu'ils me coupaient le souffle] – à cause des faits, des témoignages et de la séquence d'événements [qui y étaient présentés].

Bien sûr, je ne connaissais pas à l'époque la déjà célèbre histoire d’Une Journée d'Ivan Denissovitch (en français), [le magazine littéraire Novy Mir (en français) [la revue qui publia Soljenitsyne pour la première fois en novembre 1962] ou Alexandre Tvardovski (en anglais), [rédacteur en chef de Novy Mir]…

Pendant longtemps, Soljenitsyne était uniquement l'auteur de L'Archipel du Goulag pour moi.

Ce sentiment s'est renforcé quand le photographe Misha Kalantar a passé plusieurs nuits à photographier page après page le texte de L'Archipel, imprimé à Paris, et c'est alors que j'ai pu voir – voir, mais pas lire – une grosse pile de pages photographiées de ce livre.

Je l'ai lu plus tard. Par petits bouts, parce qu'on ne pouvait emprunter le livre que “pour une nuit”. Et que peut-on lire en une nuit ? Bien que je [lise vite], j'étais submergé par mes émotions et je devais reposer le livre, reprendre mon souffle, attendre un peu avant de replonger dans la description documentaire des atroces camps soviétiques, dans l'impitoyable et systématique description des meurtres et des crimes du Système.

Après, il y a eu [Le Pavillon des cancéreux (en français)], puis [Le Premier cercle (en français)].

J'aimais le style délibérément désuet et la solidité de ses textes, le poids de la composition “pré-soviétique”, le rythme tranquille de la narration.

Les lecteurs soviétiques commençaient leur découverte de Soljenitsyne par Une Journée d'Ivan Denissovitch et La Maison de Matriona [en français] mais pour moi ces ouvrages complétaient ce que j'avais déjà lu et que je connaissais déjà.

Son essai Comment réaménager notre Russie ? m'a immédiatement rebuté. Je ne pouvais pas – et je ne peux toujours pas – accepter le nationalisme révélé dans ce court texte. Même si en 1990, la première phrase – “L'horloge du communisme a cessé de sonner”  – était un résumé littéraire et artistique de ce qui s'était passé. De ce qui s'était finalement passé.

Vers la même époque, j'ai commencé à comprendre que Soljenitsyne représentait l'aile nationaliste du mouvement de dissidence. Et il est devenu clair pour moi que si j'avais à choisir entre lui et Andreï Sakharov [en français], qui représentait des valeurs démocratiques, j'aurais choisi la voie de Sakharov.

Le chêne et le veau [en français], je l'ai lu comme un exemple d'une lutte sans compromis d'un individu contre le Système. Même si ce livre a des défauts, il est facile à lire. Ce qui signifie qu'il est bien écrit.

La roue rouge [en français] était déjà trop pour moi.

L'orientation orthodoxe et patriotique qu'a pris Soljenitsyne est quelque chose que je ne partage pas du tout. J'ai perçu Août 1914 [en français] comme la perte progressive d'un goût littéraire et d'un talent d'écriture.

Mais en laissant de côté mon rejet profond de la philosophie et parfois du [style littéraire] de Soljenitsyne, je dirais tout de même que son Archipel du Goulag est une réelle prouesse. Dans les conditions soviétiques, en butte à la censure et aux persécutions, en dépit des perquisitions, Soljenitsyne est parvenu à assembler un matériau unique, à le systématiser et à le communiquer sous une forme particulièrement frappante par sa clarté.

Cela ne doit pas être sous-estimé. L'Archipel du Goulag est un chef-d'œuvre.

Photo d'Alexandre Soljenitsyne de Wikimedia Commons

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