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Géorgie : Chronique de l'occupation russe

Voir aussi la couverture spéciale [en anglais] de la crise en Ossétie du Sud par Global Voices.

Gori, Republic of Georgia

Barrage de l'armée russe, Gori, Republique de Géorgie ©Onnik Krikorian 2008

Note : Ces dépêches couvrent la période du 17 au 22 août 2008 et sont extraites du Blog de Gori [en anglais]

Quand l'armée russe est entrée dans la ville géorgienne stratégique de Gori [en anglais], les informations sur cette occupation militaire se sont faites rares. Des journalistes sont morts durant la campagne de bombardements russes qui a conduit à la prise de Gori, d'autres ont été blessés par balles, et l'accès à la ville n'était pas seulement difficile [en anglais], mais également périlleuse. Des milices sud-ossétes, tchetchènes et cosaques prenaient en otage voitures et passagers pour les dévaliser. Quelques journalistes ont cependant réussi à passer, et Radio Free Europe / Radio Liberty  a mis en ligne sur son site des dépêches par ordre chronologique, sous le titre : le Blog de Gori [en anglais].

Les fascinants articles de Goga Aptsiauri de cette station de radio rendent compte de la vie sous occupation russe. Dans son ultime dépêche, Goga Aptsiauri annonce que les militaires russes sont enfin partis.

17-18 août

Dans la nuit du 17 au 18 août, il y a eu au moins quelques cas de pillages et de maraude. Au siège de l'administration régionale aujourd'hui, j'ai rencontré des gens qui venaient porter plainte. Ils ont dit que du matériel agricole avait été volé dans un entrepôt : six tracteurs neufs. Aussi, les deux gardiens de nuit d'un dépôt de légumes et d'autres denrées alimentaires sont venus déclarer qu'on y avait volé des légumes et d'autres choses.

Et puis, il y a les deux voitures : une Niva et une Lada (…). Quand leurs occupants voient un groupe de personnes assemblées, ils les arrêtent et les dépouillent de leurs téléphones portables et d'autres objets personnels. Il n'y a pas de police et les forces russes n'ont apparemment rien fait pour stopper ces bandits. Les occupants des deux voitures agissent très vite — ils bondissent hors des véhicules et prennent tout ce qu'ils peuvent prendre aux gens en deux ou trois minutes, puis ils disparaissent très vite, dans la direction de Tskhinvali.

18  août — 13h45 heure locale (9h45 GMT)

La Russie a promis de se retirer, mais nous avons vu des troupes qui creusaient de nouvelles tranchées aujourd'hui, ce qui pourrait signifier une présence prolongée.

Les barrages de contrôle sont encore en place dans la ville à l'heure actuelle. La nuit dernière, les Russes m'ont dit qu'ils commenceraient à se replier à 10h ce matin, puis ils ont dit midi. Maintenant, il est presque 14h et ils sont toujours là. Dans certains endroits, les troupes russes ont même commencé à creuser de nouvelles tranchées. Il y a près d'une heure, à 13h, je les ai vus effectuer ce qui paraissait être une rotation normale des troupes entre des barrages. Autour de Gori, il y a pas mal de barrages encore en place, pour la plupart aux intersections et sur les ponts.

Actuellement, la situation dans la ville est relativement calme. L'aide humanitaire du gouvernement central géorgien, de la communauté internationale et de l'église est en train d'être distribuée. Vladimer Vardzelashvili, à la tête de l'administration régionale, m'a dit qu'il y avait sept lieux de distribution autour de la ville de Gori, et les habitants sont en train d'en être informés. Avec les autres lignes de communication coupées, les autorités ont essayé d'informer le public au mégaphone depuis des voitures.

18 août — 14h45 heure locale (10h45 GMT)

Il n'y a aucun signe clair de retrait et un représentant de l'administration locale accuse les forces russes de revenir sur leur promesse d'ouvrir un couloir humanitaire.

En fait, nous avons assisté à des mouvements des troupes du contingent de l'armée russe — ils ont été déplacés en camion dans les rues de Gori — mais il est difficile de dire quel était le but de ces mouvements. Les troupes russes gardent toujours les barrages et continuent de creuser des tranchées.

Gori, Republic of Georgia

Soldats russes, Gori, République de Géorgie ©Onnik Krikorian 2008

18 août — vers 16h heure locale (midi GMT)

Il y a 15-20 minutes, un grand nombre de personnes armées portant des masques sont entrées à Gori. Elles semblaient appartenir à une unité spéciale russe. Leurs voitures précédaient et suivaient un convoi incluant deux bus. Tout à coup, un des bus s'est arrêté et des reporters russes en sont sortis, quelques uns au moins semblaient être de TV-Tsentr et TV-Zvezda. Ils se sont rapprochés de représentants du gouvernement géorgien — ils ont parlé en particulier au Ministre des affaires régionales, Davit Tkeshelashvili. Puis il est apparu que le Ministère russe des situations d'urgence [EMERCOM], conjointement avec les forces armées, avait apporté la soi-disant aide humanitaire à Gori.

18 août — 19h heure locale (15h GMT)

Il reste trois heures avant le couvre-feu, qui a été annoncé par le Général russe Borisov, et les gens rentrent chez eux. Ils se sont calmés depuis le chaos initial qui a accompagné l'arrivée des cargaisons de l'aide internationale et géorgienne plus tôt aujourd'hui. Je suis dans le centre de Gori, où les gens ont l'air de rentrer chez eux avec des sacs de réapprovisionnement.

Ils ont conduit ces sacs jusqu'à un endroit proche d'une église et ouvert les portes du camion, les offrant les sacs au gens. Certains habitants de Gori ont été troublés au début et ils ont commencé à en prendre. Mais ils se sont rapidement rendus compte que ce qu'on leur distribuait ne venait pas du gouvernement géorgien, alors beaucoup n'ont rien pris, disant qu'ils n'avaient besoin de rien venant d'un pays qui les avait bombardés avant de leur envoyer cette aide humanitaire.

(…)

À présent, il n'y a plus de journalistes internationaux à Gori, pour ce que je peux en voir. La ville est déserte parce qu'à cause de l'ordre du Général Borisov, le couvre-feu prend effet à 22h.

Gori, Republic of Georgia

Gori, Republique de Géorgie ©Onnik Krikorian 2008

18 août — 20h35 heure locale (16h GMT)

Nous sommes actuellement près d'un barrage dans un quartier du Gori qui se trouve à 500 mètres environ du Musée Staline, dans le centre ville. La rue a été barrée par un véhicule blindé et des forces russes vérifient absolument toutes les voitures qui souhaitent passer. Ce barrage est situé près d'un réservoir géorgien abandonné, à 500 mètres du centre de Gori. J'ai vu beaucoup de minivans avec des plaques d'immatriculation russes entrer et sortir du réservoir ; personne ne sait ce qu'ils font là-dedans. J'ai pu rester ici par chance, à cause d'un incident curieux qui menacerait les habitants d'une partie de la ville. Avec le couvre-feu dans une heure et demi, les Russes nous disent que nous devons rester ici et que ne pouvons pas rentrer chez nous.

Il y a quinze minutes environ, les riverains ont remarqué un soldat russe dans une petite rue du centre de Gori. Le soldat semble saoul et assez agité, il est armé d'une mitrailleuse chargée et il dit qu'il veut rentrer chez lui. Il court dans les rues, armé d'une arme automatique. Des gens ont essayé de lui parler mais il ne voulait laisser personne s'approcher et il menace d'ouvrir le feu. Des représentants du gouvernement, y compris le représentant du Président géorgien dans la région, Lado Vardzelashvili, ont tenté d'établir un contact avec lui. Mais le soldat a braqué son arme sur eux, avant de se diriger vers un cul-de-sac.

(…) Les autorités locales ont prévenu les officiers russes en poste à l'un des barrages et des officiers russes et les autorités locales ont apparemment essayé de maîtriser l'individu. Un des officiers russes a fait venir une équipe de deux démineurs donc j'imagine que le soldat pourrait aussi avoir des grenades ou d'autres explosifs.

Cet incident n'est pas le premier cas de soldats errants dans la ville le soir en état d'ivresse. Mais auparavant, ils se déplaçaient en groupe et semblaient plus empressés de piller les magasins abandonnés que de troubler les habitants.

18 août — 22h15 heure locale (18h15 GMT)

Il y a un instant, Aleksandre Lomaia, le secrétaire général du Comité national géorgien de sécurité, est arrivé. Je lui ai parlé brièvement et il m'a dit que les unités de l'armée russe étaient restées à leur poste ; qui plus est, ils ont même ouvert un nouveau poste à la périphérie de Gori. Il n'y a pour l'instant aucun signe d'un départ des forces russes, a dit Aleksandre Lomaia, parlant de violation flagrante de l'accord négocié par l'Union Européenne.

Tbilisi, Republic of Georgia

Personnes déplacées de Gori, Tbilisi, Republique de Géorgie ©Onnik Krikorian 2008

18 août — 23h30 heure locale (19h30 GMT)

J'écris ceci du balcon de mon appartement. La ville a l'électricité mais quand je regarde dehors, seules quelques fenêtres sont allumées ; les résidents craignent encore de laisser les lumières allumées la nuit. Il n'y a pas de chaînes géorgienne à la télévision — la chaîne où était diffusée Rustavi 2 [chaîne géorgienne] passe maintenant Rossia, une chaîne russe. J'imagine que le signal vient de la capitale sud-ossète, Tskhinvali. Donc actuellement, Rossia est la seule chaîne de télévision que les résidents de Gori peuvent regarder. Vraisemblablement pour des raisons de guerre idéologique.

(…)

Et puis, ces deux derniers jours, certains des habitants qui avaient fui Gori ont semblé revenir en grand nombre. Un représentant de l'administration locale m'a dit qu'il y avait environ 15 000 civils actuellement, contre 5 000 il y a trois ou quatre jours, même s'il ne s'agit là encore que d'estimations. J'ai vu rentrer à pieds dans Gori aujourd'hui des gens qui avait fui vers des villages environnants.

J'ai vu des soldats russes aborder des résidents pour leur demander des fruits ou d'autres choses à manger. Mon impression est que l'apparence et l'attitude des troupes est moins menaçante ou agressive que ces derniers jours. J'ai vu des résidents, plusieurs fois et de leur propre initiative, offrir de la nourriture, des cigarettes, ou les fameuses pommes de Gori aux troupes russes.

19 août — vers midi heure locale (8h GMT)

Il n'y a pas longtemps, alors que j'étais dans le bâtiment de l'administration locale de Gori, j'ai été le témoin de l'arrivée de soldats russes qui ont causé pas mal d'agitation. J'ai pu parler à l'un des soldats, qui était muni d'une arme automatique, et il m'a dit qu'ils étaient ici pour accompagner l'aide humanitaire. Il n'y a pas de stocks d'aide humanitaire dans ce bâtiment, évidemment.

19 août — 13h heure locale (9h GMT)

(…)

Plusieurs magasins ont ouvert, même si les prix sont très élevés chez certains. Le marché municipal n'a pas encore repris. On fait du pain ; il y a l'eau et l'électricité. Le gaz reste coupé parce que, pour ce que j'en sais, le gazéoduc est situé près d'un pâté de maison qui a été bombardé à l'entrée de Gori et comme il est encore dangereux de faire passer le gaz par là, les autorités géorgiennes ont décidé de le laisser coupé pour le moment.

Une chaîne de télévision par câble a repris et quelques personnes reçoivent les chaînes géorgiennes Rustavi 2 et Ajara TV. Mais pour l'essentiel, les habitants de Gori doivent se contenter de regarder la chaîne étatique russe Rossia.

19 août — 15h30 heure locale (11h30 GMT)

Je suis allé voir certains des magasins qui ont enfin rouvert. Dans le centre, les prix ne sont pas tellement plus élevés qu'avant la guerre. Mais dans les parties périphériques de la ville, un ami me dit que les prix de produits comme les cigarettes sont élevés.

(…)

Les habitants parlent des pillages. Tout le monde se souvient du pillage de la banque TBC il y a quelques jours.

Gori, Republic of Georgia

Banque pillée, Gori, Republic of Georgia ©Onnik Krikorian 2008

19 août — 17h heure locale (13h GMT)

(…) Je viens de voir une brève Reuters qui fait état de signes d'un retrait russe, mais ce que je vois, c'est que les barrages sont encore en place à l'intersection principale. Et en plus, aucun nouveau journaliste n'a pu passer depuis que ces reporters escortés par les forces spéciales russes sont venus et repartis, ce qui me semble indiquer que le barrage à l'entrée de la ville est encore en place. Donc je suis à peu près certain que toutes les routes pour entrer dans la ville sont encore bloquées.

19 août — 18h30 heure locale (14h30 GMT)

Il y a une heure à peu près, les deux véhicules blindés que j'ai mentionné dans ma dernière entrée se sont déplacés, au centre de la ville. Et bien sûr une dépêche Reuters suggère qu'un mouvement pourrait être imminent.

(…)

Il y a encore eu un cas où des civils ont été volés [par des gens] dans une voiture avec des plaques d'immatriculation russes, qui n'avait pas été vue auparavant : une Lada. Deux personnes dans cette voiture étaient armées, et ils se sont arrêtés pour dépouiller plusieurs groupes d'habitants dans différentes parties de la ville. L'administration locale a été mise au courant par un citoyen et un représentant est allé se plaindre auprès des officiers russes. Les officiers russes ont rendu visite à l'administration locale et ont promis au Gouverneur Vardzelashvili qu'ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher ce genre d'incidents. (Un représentant local m'a dit que l'un des auteurs [de ces agressions] est enrôlé dans l'armée russe et d'origine tchétchène, et qu'il a une arme automatique, mais ce n'est bien sûr pas quelque chose que je peux confirmer.)

19 août — 21h heure locale (17h GMT)

(…) Aujourd'hui, j'ai aussi parlé avec Giorgi Baramidze, le Ministre pour l'intégration euro-atlantique, qui a insisté sur le fait que pour le moment, nous ne pouvons croire que ce que nous voyons avec nos propres yeux. L'armée russe se déplace, mais cela ne convainc personne. Un retrait ne peut pas passer inaperçu, m'a-t-il dit, mais pour le moment les Russes ne l'envisagent même pas.

Giorgi Baramidze a également parlé des choses terribles qui se passent “à cause de l'occupation russe”, comme il dit : meurtres, viols, enlèvements, pillages. Il dit que tout cela se poursuit. Il a aussi mentionné un groupe de civils, dont des femmes, qui ont été capturés par la partie adverse et qui sont détenus dans des conditions exécrables et forcés à travailler comme des esclaves. C'est très éprouvant d'entendre parler de telles choses. (…)

19 août — minuit heure locale (20h GMT)

Il y a eu des explosions il y a quelques heures. J'ai parlé avec le Gouverneur régional Vladimer Vardzelashvili et il m'a dit que les forces russes étaient en train de faire sauter la base d'une brigade géorgienne d'artillerie, au niveau de la sortie de l'autoroute pour Gori. On sait aussi qu'ils ont fait sauter une base militaire à Osiauri. Tout ça ne doit pas être confondu avec des bombardements, cependant : les Russes sont juste en train de détruire l'infrastructure militaire. Ces bases sont assez loin des zones peuplées donc les explosions ne devraient pas menacer les civils.

(…)

En ce moment, les villes de Gori sont quasiment vides. Je suis à la maison où je regarde la télévision. À part Rossia, il est maintenant possible de recevoir une autre chaîne de télévision russe, ORT TV. Mais, comme je l'ai dit dans un autre billet, quelqu'un a mis en place un transmetteur qui nous permet finalement de regarder la télévision géorgienne, Rustavi 2. Ca change agréablement d'hier.

20 août — 9h heure locale (5h GMT)

J'ai de bonnes nouvelles. Pendant toute la nuit à Gori, on pouvait entendre les déplacements de machineries lourdes. Il y a cinq minutes à peine, quand j'ai parlé avec le Gouverneur régional Vladimer Vardzelashvili, il m'a confirmé que des véhicules blindés et des chars russes quittaient la ville, mais il est encore trop tôt pour affirmer qu'ils se retirent complètement.

(…)

Malheureusement le transmetteur TV n'est pas assez puissant pour toucher les villages alentours mais les diffusions sont accessibles dans la plus grande partie de Gori même. Mais maintenant que les routes vers ces villages ne sont plus bloquées, comme elles l'étaient ces derniers jours, l'information parvient aux villageois. L'information circule.

20 août — 13h30 heure locale (9h30 GMT)

(…) Le Gouverneur Vardzelashvili dit qu'il y a quatre épiceries et quatre boulangeries ouvertes à Gori. Les banques n'ont pas encore ouvert, alors les gens n'ont pas accès à leurs comptes.

On rencontre également des problèmes humanitaires, avec des villages qui demeurent isolés.

Dans un village appelé Tirdznisi sur la route de Tskhinvali, les Russes non seulement bloquaient l'aide mais vérifiaient également les papiers d'identité. Quiconque se présentait sans papiers était conduit au poste du commandement militaire ; on dit qu'ils détiennent un ressortissant américain. En réponse à ces arrestations, le Gouverneur Vardzelashvili a contacté le Général Borisov pour demander la libération de ces personnes.

Le gouverneur dit que plus récemment, des troupes russes sont entrées dans le village de Samtavisi, qui est à plusieurs kilomètres d'Igoeti, et ont ordonné aux habitants d'évacuer le village. Il paraît que ceux-ci ont été pris de panique et le Gouverneur Vardzelashvili a informé les visiteurs des Nations Unies de cet incident.

L'état d'esprit général à Gori est plus optimiste qu'hier, avec la baisse du nombre de soldats et de véhicules.

(…)

Gori, Republic of Georgia

Barrage russe, Gori, République de Géorgie ©Onnik Krikorian 2008

20 août — 17h heure locale (13h GMT)

Une série de développements rapides. D'abord, les Russes ont empêché le Secrétaire du Comité national de sécurité géorgien Aleksandre Lomaia et des journalistes internationaux d'entrer dans le village de Karaleti et personne ne sait pourquoi. Ils ont laissé passer l'aide humanitaire, mais ont demandé à Lomaia et aux journalistes de faire demi-tour et de partir.

Un des événements les plus importants a été la visite d'une délégation du Conseil de l'Europe, avec à sa tête Matyas Eorsi, co-rapporteur de l'Assemblé parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). La délégation a rencontré le Gouverneur Vardzelashvili, qui leur a décrit la situation à Gori. Il leur a tout dit : la façon dont les soldats russes se baladent saoul dans la ville, la façon dont ils dérangent la population, frappant aux portes et réclamant de l'alcool. (…)

20 août — 21h30 heure locale (17h30 GMT)

Les postes de contrôle de l'armée russe au sein de Gori ont disparu. Ils ont conservé leurs postes de contrôle aux entrées et sorties de la ville, ainsi que sur l'autoroute centrale, mais le centre de la ville est désormais dépourvu.

(…)

L'administration a mis en place un numéro d'appel pour les personnes rencontrant des problèmes. Des actions rapides sont promises, mais en l'absence de police, ce sont les membres de l'administration et nous autres journalistes qui vont réellement agir. Les gens sans armes vont être confrontés à des gens armés — s'ils viennent effectivement piller, bien sûr.

Les rues sont quasiment vides et les gens restent chez eux. Ils se sont habitués au couvre-feu et même s'il n'est pas sûr qu'il soit encore techniquement en vigueur, ils rentrent tout de même chez eux à 20h.

Ah, attendez. J'ai des nouvelles à l'instant : alors que je terminais ce message, quelqu'un m'a appelé et m'a dit que les Russes étaient de retour à Gori et qu'ils avaient remis en place leur barrage sur le pont qui enjambe le fleuve Koura. Cela semble difficile à croire mais j'ai bien entendu le son reconnaissable de leurs véhicules blindés. Comme vous pouvez le voir, les choses changent à chaque heure à Gori. Je vais essayer d'en apprendre un maximum pour mon prochain billet.

20 août — 23h30 heure locale (19h30 GMT)

C'est vrai, les Russes sont de retour.

Le barrage sur le pont du fleuve Koura a été remis en place et environ 40 soldats y sont postés. Celui de la rivière Liakhvi est également de retour, avec ses deux blindés. Un troisième, vers l'autoroute qui rejoint Gori à Tbilisi, est également à nouveau opérationnel, et compte 40 militaires. Les soldats russes continuent de sillonner les rues de Gori en jeep.

(…)

Il est possible qu'un tel scénario ait été planifié — la partie russe a abondamment fait référence à une sorte de “provocation” que les Géorgiens auraient soi-disant préparé. La situation est assez imprévisible. (…)

21 août — autour de midi heure locale (8h GMT)

D'abord, je voudrais contredire les brèves des agences russes d'information qui rapportent ce matin que 40 pièces d'équipement (blindés, etc.) auraient quitté Gori. Il y a dix minutes environ, j'ai parlé au Gouverneur Vardzelashvili, qui dit qu'il n'y a eu aucun changement depuis la nuit dernière. Les barrages sont toujours là et les troupes sont toujours à Gori. (…)

21 août — environ 12h30 heure locale (8h30 GMT)

Le Général Borisov est de retour.

Il vient d'arriver sur la place centrale de Gori. Il dit qu'il est de retour à Gori pour “rétablir l'ordre”. “Mes patrons m'ont dit, ‘Retournez-y parce que tout est paralysé’.”

Ensuite il est parti en direction du village de Khashuri, où les troupes russes détiennent apparemment l'ambassadeur français Alain Fournier. Le Gouverneur Vardzelashvili dit que l'ambassadeur a été retenu alors qu'il rentrait, après avoir accompagné une cargaison d'aide à Sachkhere, dans l'ouest de la Géorgie. (…)

21 août — vers 14h30 heure locale (10h30 GMT)

Après que j'ai posé quelques questions au Général Borisov à propos de sujets qui incluaient la détention de l'ambassadeur de France, il m'a interrompu au milieu d'une phrase : “Je suis censé aller le libérer et vous me retenez ici avec vos questions”. Là dessus, je l'ai laissé partir, bien sûr. Il est parti vers Khashuri et l'ambassadeur Alain Fournier a été relâché un peu plus tard. L'ambassadeur s'est rendu directement à Tbilisi sans s'arrêter à Gori.

21 août — 17h heure locale (13h GMT)

(…) Il y a cinq minutes, j'ai parlé avec le Général Borisov et il s'est montré très franc. (Il sentait l'alcool, ce qui a pu avoir un effet, je suppose, sur sa franchise.) “La Russie est une superpuissance qui ne se laissera intimider par personne”, m'a-t-il dit, avant d'ajouter, “laissez les Américains essayez de vous blesser à nouveau, et nous verrons ce qui leur arrivera”.

Une délégation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, dirigée par Terhi Hakkala, est arrivée à Gori aujourd'hui. J'ai parlé avec Terhi Hakkala et elle était choquée par ce qu'elle voyait dans la région ; elle était également contrariée que les accords de cessez-le-feu n'aient pas été remplis. Elle a exprimé ses inquiétudes quant à la présence des troupes russes à Gori et m'a dit que le Général Borisov lui avait promis que les troupes partiraient demain. (…)

21 août — 22h15 heure locale (18h15 GMT)

(…) J'ai vu quelque chose d'important aujourd'hui, des photos des bases militaires où étaient postées les forces géorgiennes avant cette guerre. De la base de la brigade d'artillerie, par exemple. Quelqu'un avec un excellent appareil photo et un zoom impressionnant a réussi à photographier ce à quoi ressemble ces endroits à présent. Il y a des explosifs partout, même sur les murs. Les bâtiments sont minés et il est tout à fait possible d'imaginer qu'on fasse sauter ces bases une fois que les Russes seront partis.

(…)

Aujourd'hui, j'ai vu des enfants dans les rues de Gori pour la première fois depuis longtemps. De toute évidence, ils venaient de revenir. Certains jouaient, d'autres faisaient du vélo. C'était très agréable de les regarder jouer, d'entendre leurs voix joyeuses.

Mes enfants me manquent vraiment. J'espère qu'il va être possible de les faire rentrer à Gori bientôt.

Gori, Republic of Georgia

Gori, République de Géorgie ©Onnik Krikorian 2008

22 août — 9h15 heure locale (5h15 GMT)

Rien n'a changé. Aucun des barrages du centre de la ville n'ont été démantelés, même si j'ai entendu dire par des contacts que des barrages étaient progressivement abandonnés dans les villages avoisinants. Toutes les entrées de Gori demeurent bloquées. (…)

22 août — 13h20 heure locale (9h20 GMT)

(…) Les médecins de l'hôpital apportent de quoi boire et manger aux anciens détenus Géorgiens. Nombreux sont ceux qui ont des tâches de sang sur leurs habits, des coupures et des ecchymoses au visage. Mais tous sauf un insistent qu'ils n'ont pas été battus ; ils disent qu'ils ont été blessés avant d'être détenus, qu'ils sont tombés ou des choses comme ça. Il est évident qu'ils ont peur et un seul d'entre eux m'a dit qu'il avait été battu avec la crosse d'une mitrailleuse et une matraque. L'un des hommes était dans un tel état de choc qu'il ne comprenait pas qu'il avait été amené à Gori  il pensait qu'il était encore à Tskhinvali. Les médecins m'ont dit ensuite qu'il souffrait d'une commotion cérébrale. (…)

22 août — 15h30 heure locale (11h30 GMT)

À l'heure actuelle, je peux vous assurer qu'il ne reste pas un seul soldat ou pièce d'équipement militaire russe dans la ville de Gori. Il y a environ deux heures, ils ont commencé à quitter les barrages des montagnes proches. Et puis, il y a une demi-heure, le dernier barrage de Gori a été levé.

22 août — 16h heure locale (midi GMT)

(…) Un vieil homme m'a dit que rien que la nuit dernière, trois différents groupes de pilleurs ont attaqué son village. Il dit que le premier groupe a pris les possessions personnelles, les meubles et le bétail. Le second groupe les a pris d'assaut et a expulsé les gens de leurs maisons, en frappant certains, leur disant de ne plus jamais revenir. Le troisième groupe a mis le feu à leurs maisons. Ce vieil homme m'a dit qu'il a vu de ses propres yeux sa maison s'embraser. Les villageois ont fui à travers les champs et la forêt, et ils ont finalement atteint le village de Ditsi, où un chauffeur de camion les a pris à bord pour les amener ici.

Ils semblent tous anéantis et sans défense. Voir la souffrance sur leurs visages alors qu'ils racontent leur histoire n'est pas chose aisée. Après un court arrêt à Gori, on les a mis dans un bus pour Tbilisi où j'imagine qu'ils seront logés dans des centres d'accueil.

22 août — 19h30 heure locale (15h30 GMT)

La police géorgienne est arrivée à Gori. Enfin !

Cinq voitures de police sont entrées dans la ville. Tout le monde a attendu ce moment toute la journée aujourd'hui. C'est vraiment une bonne nouvelle.

Le retour à la normale à Gori est réellement palpable. Les voitures circulent, les transports en commun fonctionnent, les gens marchent dans la rue. Actuellement, je regarde un prêtre qui parle à un groupe de personnes sur la place centrale de Gori.

Tout le monde parle des derniers développements, y compris de leur soulagement suite au départ des Russes. Les gens se sont préparés à accueillir la police géorgienne quand elle arriverait. (…)

22 août — 23h heure locale (19h GMT)

C'est la première nuit depuis le début de cette crise où les rues de Gori sont pleines de vie. Des gens accrochent le drapeau géorgien à leur balcon pour fêter le retrait des forces russes et le retour de la police géorgienne. (…)

Aleksandre Lomaia, le Secrétaire du Comité national de sécurité, a également parlé des développements de la journée avec la presse. Il dit que l'ordre et le calme seront rapidement restaurés à Gori et dans les zones avoisinantes. Il dit également qu'un accord a été conclu avec les forces russes et qu'elles n'interféreraient pas dans le travail de la police géorgienne. (…)

Aleksandre Lomaia a annoncé que des négociations auront bientôt lieu à propos d'un détachement de casques bleus internationaux dans la région. (…)

Voilà où nous en sommes. Les forces russes ont quitté Gori. La ville est désormais pleine de journalistes, géorgiens et internationaux. Je pense qu'il n'y a plus besoin de ce genre de reportage, de ce blog pour faire la chronique de notre ville en état de siège.

J'espère qu'on verra ce week-end la dernière phase de la normalisation. Gori est pleine de monde à nouveau, et mes enfants vont aussi rentrer. J'attends avec impatience ce retour à une vie de famille normale, et à un travail normal de journaliste.

Le compte-rendu complet de la ville de Gori sous occupation russe peut être trouvé ici [en anglais].

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