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L’homosexualité au Liban

L’homosexualité fait partie de ces sujets que l’on retrouve sur la liste noire de tous les gouvernements du Moyen-Orient et de presque toutes les sociétés et cultures qu’il englobe. Et bien que l’existence de l’homosexualité soit avérée dans chaque pays de la région, les gouvernements et les sociétés ne tolèrent toujours pas ce mode de vie. L’intolérance peut même aller jusqu’au déni comme on a pu le constater lors du discours du président iranien Mahmoud Ahmadinajad à l’université de Colombia en 2007.

Dans cette région, le Liban se distingue par sa plus grande tolérance envers l’homosexualité, du moins, si on le compare avec l’Arabie Saoudite par exemple, où les homosexuels sont souvent flagellés, emprisonnés à vie voire décapités. Les homosexuels du Liban bénéficient de la première association gay au Moyen-Orient : Helem Foundation. De plus, le Liban a également des bars et des discothèques gays. Mais le quotidien de cette frange de la population n’est pas tout rose. Un bref aperçu des blogs et des sites Internet qui abordent la question au Liban devrait donner au lecteur une idée de la manière dont vit cette communauté.

Mazaj [en anglais] sur Majaz75 a exprimé par écrit son opinion sur l’homosexualité au Moyen-Orient et sur le rôle que joue la religion à cet égard :

Certains imputent à l’Islam l’attitude adoptée envers l’homosexualité dans les pays arabes mais cela n’est pas totalement vrai. Les arabes, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, considèrent l’homosexualité comme un péché. Tous les arabes sont attachés à la religion. L’église et la mosquée jouent un rôle essentiel dans leur vie. Etant donné que je suis né musulman, il me semble très important d’expliquer les points de vue de l’islam et des cheikhs sur l’homosexualité.

Certains passages du Coran, le livre sacré de l’islam, ont été sortis de leur contexte, ajoutés à un Hadith soi-disant adressé par Allah au prophète Mahomet et transmis aux musulmans par des cheikhs incultes pour faire de l’homosexualité un péché allant à l’encontre de la nature humaine telle qu'elle a été voulue par dieu. Dans ce Hadith, les hommes gays pris en flagrant délit doivent être jetés de l’immeuble le plus haut de la ville. Etant donné qu’à l’époque la plupart des immeubles dans la majorité des villes de la péninsule arabe ne dépassaient pas 5 à 7 mètres de hauteur, ce Hadith semble tout à fait ridicule.

Majaz ajoute:

Elevé dans une famille musulmane stricte, j’ai lutté contre mon homosexualité au début de l’adolescence, mais j’ai également eu accès à des écrits islamiques rares qui m’ont permis de bien examiner la manière dont l’islam traitait de l’homosexualité. J’en suis venu à la conclusion que l’islam considère que la sexualité fait partie de l’identité, qu’elle est innée. J’ai également discuté de cette conclusion avec des cheikhs réputés pour être modérés, qui m’ont apporté leur confirmation. Cependant, même les plus modérés ont insisté sur le fait qu’il n’est pas acceptable d’informer les gens de cet état de fait à propos de l’homosexualité dans l’islam et ce pour une multitude de raisons peu convaincantes.

GayMiddleEast.com, un site d'informations pour et sur les communautés homosexuelles du Moyen-Orient, publie [en anglais] un article écrit dans un journal local libanais au sujet d’un architecte, Danny, et du combat qu’il livre quotidiennement au Liban en tant qu’homosexuel :

Danny a déclaré qu’en Europe il abordait son homosexualité en toute franchise mais qu’au Liban, il est contraint de faire profil bas principalement pour deux raisons : la société est intolérante et il redoute la réaction de ses parents.« Il est très difficile d’être gay au Liban », confie-il. « Je viens d’une famille très conservatrice, et si mes parents connaissaient mon orientation sexuelle, ce serait catastrophique pour eux comme pour moi, » dit-il d’une voix basse et hésitante. « Je ne veux même pas imaginer quelle serait leur réaction s’ils l’apprenaient». Danny a ajouté qu’il n’a jamais tenté d’avouer sa sexualité à aucun de ses amis, disant qu’il préférait garder le secret pour le moment.

« Je ne pourrais jamais envisager de révéler ma sexualité ici, » dit-il, expliquant que cela pourrait lui attirer beaucoup d’ennuis, en particulier au travail.« J’ai vu comment réagissent les collègues de travail quand ils croisent quelqu’un qu’ils soupçonnent d’être homosexuel. Ils l’évitent comme s’il était malade, et parfois, ils le harcèlent».

Un autre message [en anglais] de GayMiddleEast.com évoque les quelques incidents qui se sont produits il y a deux ans dans deux discothèques réputées pour leur clientèle homosexuelle :

La nuit du 12 novembre 2005, six hommes ont été arrêtés dans la discothèque Acid, un lieu gay populaire de Sin el Fil. Aucune charge n’a été retenue contre eux. Les intéressés ont été relâchés après trois jours de détention. Bien qu’aucune violence physique n’ait été signalée, la police leur a tenu des propos injurieux.

Une semaine plus tard, une autre discothèque gay, X-OM, a été prise d’assaut. La police a vérifié les cartes d’identité et a enquêté sur l’usage de stupéfiants dans ce lieu. Cette nuit là, elle n’a procédé à aucune arrestation.

Acid et X-OM ont probablement été visées par la police en raison de leur clientèle ouvertement gay, bien que légalement ils n’aient eu aucun motif pour arrêter qui que ce soit. L’article 534 du code pénal libanais déclare explicitement que la « pénétration sexuelle contre nature » est punie par la loi, et non pas l’homosexualité en soi ou le fait d’adopter une identité gay. Les lois contre les actes portant atteinte à la pudeur peuvent être appliquées si des démonstrations excessives d’affection ou d’autres comportements similaires sont constatés, mais les implications ne sont pas les mêmes.

Meem, une communauté de lesbiennes, de bisexuels, de transsexuels, d’homosexuels et de femmes qui s’interrogent sur leur sexualité au Liban, gère un blog où les membres peuvent publier des messages et partager expériences et informations. Dans son message, Pazuzu fait part [en anglais] d’une expérience personnelle vécue alors qu’elle rentrait chez elle un soir :

Alors, je suis passée devant deux types, de ceux qui font peur (ou serait-ce que tous les hommes font peur à quelqu’un dans ma situation ?). Bref, le premier signe de votre vulnérabilité dans ce genre de situation, c’est que les prédateurs se mettent à parler de vous ostensiblement :

- Bint Yamma sabe hayda ?

Pour nos lecteurs non arabes :

- C’est un garçon ou une fille ?

Mais bon, ça va. Ce n’était pas la première fois qu’on doutait de mon identité sexuelle, même si je n’étais pas particulièrement masculine ce jour là. La cerise sur le gâteau a été quand le deuxième type a ouvert la bouche. Je suppose que l’attitude de son ami l’a incité à parler, pensant que j’étais peut-être un garçon qui aimait avoir l’air d’une fille. Pour être honnête, je ne suis pas sûre de ce qu’il pensait mais voici ce qu’il m’a dit :

- Baddak nitsalla ? Ta3a nitsalla

Une fois encore, par respect pour les lecteurs non arabes :

- Tu veux t’amuser ? Allons nous amuser ensemble.

Al Jaras, une chaîne télévisée locale au Liban, a commenté des photos du mariage [en anglais] de Portia de
Rossi et d’Ellen DeGeneres. Sur le blog de Meem, Jexy rapporte qu’outre le fait de mal prononcer le nom de Portia, la présentatrice a insulté l’ensemble des homosexuels, comme elle le  raconte  [en anglais] ci-dessous :

La première chose qui m’est venue à l’esprit a été : « Franchement, espèce d’andouille ! Tu veux les pourrir ? D’accord! Mais au moins dis leurs noms correctement ! ». Et le comble, c’est qu’elle parlait en même temps de cet homme indien qui a épousé un animal ! C’est à cela que nous sommes réduits ? On nous met dans la même catégorie que les mariages entre hommes et animaux !? Elle n’arrêtait pas de montrer les photos et de dire « Hayda dod el din [c’est un péché] ! ». Les anges célestes lui ont confié la mission de classer les gens et de décider de ce qui est mal et de ce qui est contre la religion ! J’avais envie d’appeler et de lui demander : « Ma chérie, si le fait de voir Ellen et « Borita » t’écœure à ce point…pourquoi tu n’arrêtes pas de les montrer ? » Mais une fois de plus, chaque mot qu’elle prononçait ne démontrait rien d’autre que son IGNORANCE.

Vous trouverez plus d’informations concernant la communauté gay au Liban en consultant Helem Association [en anglais] et Meem Foundation.

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