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Entretien avec l'auteur de “The Blogging Revolution”

Antony Loewenstein, [en anglais] un journaliste indépendant et blogueur qui vit à Sydney, a publié dernièrement son nouveau livre : The Blogging Revolution [en anglais]. Ce livre parle de l'impact des blogs dans six pays : l'Iran, la Syrie, l'Arabie Saoudite, l'Égypte, la Chine et Cuba.

L'auteur déclare :

J'ai choisi ces six pays dans mon livre parce qu'on parle d'eux habituellement à l'Ouest soit comme “ennemis”, soit comme “alliés” de Washington, alors qu'on a rarement droit à une desciption réaliste de la vie des habitants ordinaires de ces pays, loin des histoires de “terrorisme”. J'ai voulu interroger des blogueurs, des écrivains, des dissidents, des politiciens et des citoyens, et les écouter hors de toute perspective “officielle”.

Antony Loewenstein a participé à un groupe de travail au Sommet 2008 de Global Voices [en anglais] à Budapest. On peut trouver plusieurs références à Global Voices dans son livre.

Le journaliste présente également son livre sur You Tube [en anglais] :

Hamid Tehrani [en anglais] a réalisé l'entretien suivant avec Antony Loewenstein à propos de son livre :

- Avant d'aller en Iran, vous écriviez que vous étiez sceptique sur le fait qu'internet puisse apporter une réelle transformation révolutionnaire de ce pays. Qu'entendez vous par transformation révolutionnaire ? Et qu'en pensez-vous à présent ?

Le concept de révolution est changeant. J'ai rencontré au cours de mes voyages quelques personnes qui voulaient de grands changements dans leur pays. Mon livre fait le portrait d'un certain nombre de dissidents et de blogueurs de différentes parties du monde qui essaient d'obtenir des changements politiques, sociaux et moraux, y compris le plus connu des blogueurs saoudiens, Fouad Al-Farhan, [en anglais],  récemment libéré de prison [en anglais], où il se trouvait pour avoir défié le népotisme dans son pays, mais ils reconnaissent que seulement une infime minorité de citoyens les soutiendrait pour des grands changements.

Internet ne peut à lui seul changer les choses, mais il peut faciliter les changements et permettre aux gens de s'exprimer et de défendre ouvertement leurs idées. Aucune technologie auparavant ne l'a permis. Je n'idéalise pas Internet, pas plus que je ne crois que la démocratie à l'occidentale soit ce que veulent les gens dans les pays que j'ai visités. Ils acceptent mal l'ingérence étrangère, mais ils sont contents de pouvoir s'ouvrir aux occidentaux.

En Iran, après presque trente ans de révolution, beaucoup des jeunes que j'ai rencontrés sont las ; ils ne veulent pas être la cible de bombardements de la part des États-Unis ou d'Israël.

- Vous avez cité un journaliste iranien qui travaillait pour des agences de presse internationales, et qui disait que les médias étrangers en Iran ne sont intéressés que par le problème du nucléaire et par Al–Qaïda. Pensez-vous que ce soit le même problème pour d'autres pays ? Après tout, les Iraniens sont plus intéressés par les élections américaines que par le système d'assurances maladie des États-Unis. Comment voyez-vous le rôle des blogs pour couvrir les sujets les moins “brûlants” en Iran ?

Les médias occidentaux sont en train d'éprouver une importante crise de confiance. Leurs revenus déclinent, ils emploient moins de journalistes et on remet à l'honneur l'information locale. Il n'est pas surprenant, quoique regrettable, que notre presse soit obsédée, en parlant de l'Iran, par Ahmadinejad, le terrorisme, l'Iraq ou les Droits de l'Homme. Ce sont des sujets de première importance, mais ils ne décrivent pas le pays.

Mon livre fait découvrir des aspects de l'Iran peu abordés par nos médias obsédés par le terrorisme.

Vivant à Sydney, en Australie, je constate tous les jours à quel point les médias sont focalisés sur les élections américaines, comme si nous pouvions influencer les campagnes électorales de Barack Obama et de John McCain.

Les blogs, sous les régimes qu'on considère comme répressifs, traitent de problèmes que les journalistes occidentaux, manquant de temps et bornés, ne traitent pas d'ordinaire. Rien que pour cette raison, on doit parler d'eux.

- Y a-t-il de réels points communs entre les blogosphères iranienne, égyptienne, syrienne et saoudienne, ou bien des différences radicales ?

Les blogosphères iranienne et égyptienne sont importantes et en développement, et elles influencent la sphère politique. Le régime, qui s'en aperçoit, emprisonne de plus en plus de blogueurs et d'activistes pour tenter de les faire taire. La solidarité internationale, de la part d'autres blogueurs et de certains gouvernements, rend la tâche des régimes répressifs plus difficile. Les blogueurs emprisonnés ne seront pas oubliés.

J'ai été impressionné par la profondeur et la diversité des voix qui s'expriment à la fois en Égypte et en Iran, ce que je décris en détail dans mon livre, de la gauche à la droite, des femmes, des activistes et des islamistes. À dire vrai, on est beaucoup plus engagé dans ces pays que dans beaucoup de pays occidentaux.

En Arabie Saoudite, la blogosphère est moins développée bien qu'elle soit active. La censure de sites, qualifiés de “pornographiques”, est limitée, bien que le régime commence à craindre l'influence des activistes. Lire les blogueuses saoudiennes (en tant que genre elles sont activement marginalisées dans leur société) est très intéressant pour qui veut comprendre cette partie de la population qui était auparavant réduite au silence.

- Quelles ont été les plus grandes difficultés rencontrées pendant votre enquête pour écrire ce livre ?

Accéder librement à tout le monde a été difficile dans certains pays. Enquêter sur le rôle de Google, Yahoo, Microsoft et d'autres entreprises multinationales occidentales, qui collaborent avec la censure dans un état comme la Chine. Protéger mes sources a été également important. J'ai pris des précautions avant de contacter les blogueurs dans beaucoup de pays, et une fois sur place.

Un des buts essentiels de ce livre était de s'éloigner du rôle traditionnel du journaliste occidental de filtre de qualité. Pour chaque pays présenté, mon point de vue est inévitable, bien entendu, mais j'étais déterminé à redéfinir ma position en relation avec les gens que j'interrogeais. Leur point de vue est beaucoup plus important que le mien.

- Que pensez-vous du rôle de Global Voices afin de faire entendre à l'opinion publique ceux qu'on n'entend pas ? Avez-vous des idées pour rendre Global Voices plus efficace ?

La force de Global Voices, c'est sa capacité à faire connaître différents pays et cultures à des lecteurs du monde entier, et souvent des sujets et des points de vue ignorés par la myopie des médias occidentaux. La barrière linguistique reste néanmoins un problème essentiel. On doit faire plus d'efforts pour trouver des liens entre l'Occident et le reste du monde car actuellement Internet est un espace où ces deux mondes interagissent rarement.

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