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Philippines : Débat autour de la contraception

Certains législateurs philippins souhaitent l'adoption d'une loi mettant en place des programmes d'information sur la contraception au niveau national et local. Les Philippines, dont la population atteint presque les 90 millions d'habitants, sont un des états les plus densément peuplés du monde. Beaucoup de chercheurs sont convaincus que la forte fécondité du pays aggrave ses problèmes économiques et sociaux.

Le projet de loi donne mandat aux organismes publics s'occupant de la santé d'informer les couples philippins sur les méthodes de contrôle de la fécondité, la santé maternelle et d'autres questions médicales liées à la procréation. L'éducation sexuelle [en anglais] serait également enseignée dans les écoles [en anglais].

Ce projet de loi se heurte à l'opposition vigoureuse de  l'Église Catholique [en anglais]. La hiérarchie catholique s'oppose en particulier à la promotion de méthodes contraceptives non naturelles. Elle affirme que cette loi légaliserait l’avortement [en anglais].

Les Philippines sont un pays majoritairement catholique. Les responsables politiques ont peur de devoir affronter la hiérarchie catholique [en anglais]. Même si le Congrès adopte le projet de loi, il est très probable que la Présidente lui oppose son veto.

Qu'en pensent les blogueurs philippins ?

Sur son blog, A Filipina Mom Blogger [en anglais], une mère de famille liste les raisons pour lesquelles elle est en faveur du projet de loi :

1. Je crois que les femmes des Philippines et leur époux devraient avoir la liberté de choisir ce qui est le mieux pour eux et leur famille. (permettre aux couples d'avoir le nombre d'enfants désiré en étant des parents responsables).

2. Je crois qu'une grande campagne d'information doit être organisée sur les droits, les services et les établissements concernant les questions liées à la procréation, combinée avec un accès universel à toutes les méthodes de planification des naissances, aussi bien naturelles que celles plus modernes qui sont médicalement sûres et légalement acceptables.

Atheista [en anglais], un étudiant en médecine, est d'accord sur le fait que l'école devrait enseigner les sujets liés à la sexualité :

Qu'il soit ou non public, un établissement scolaire devrait être une source d'informations crédible. Il ne devrait pas être sous l'influence de toute croyance religieuse qui, étudiée de près, se fait la championne de l'ignorance et des jugements hâtifs devant ce qui est perçu comme des tabous sociaux. Une campagne pour que les questions de fertilité et de contraception soient mieux connues doit être adaptée au public visé.

Le député Ruffy Biazon [en anglais] soutient également le projet de loi :

Pourquoi suis-je en faveur de ce projet ?

Parce que j'ai pu constater par moi-même en rencontrant mes électeurs les conséquences du refus d'informer et de servir le peuple.

Parce que des femmes ont un corps dévasté par des grossesses multiples et consécutives, même si elles ne les avaient pas désirées.

Parce que j'ai vu trop de grossesses d'adolescentes qui auraient pu être évitées si ces jeunes filles avaient reçu une information.

Parce que j'ai vu trop de complications lors des grossesses et des naissances de mes pauvres électrices qui viennent me rencontrer pour obtenir une aide médicale.

Parce que j'ai vu trop d'enfants et de mères mourir, d'orphelins, de maris en deuil.

Répondant à cet article, Flowers from the Rubble [en anglais] critique au contraire le projet de loi.

AlterNation 101 [en anglais] pense, et espère, que ce projet de loi ne sera pas approuvé :

Je n'arrive pas à comprendre comment on peut à la fois encourager la responsabilité parentale et financer la liberté de chacun d'avoir une sexualité irresponsable. Bien entendu, le projet de loi emploie de jolis mots comme responsabilité, santé, liberté, choix, développement, droits, égalité, couples, etc. Ce n'est rien d'autre qu'une tentative d'écarter Dieu de nos institutions et de notre société.

Herbert Vego [en anglais], qui écrit pour Iloilo Views, critique “les avant-gardes de la moralité” qui s'opposent à la contraception au prétexte qu'elle serait un “euphémisme pour l'avortement”.

En attendant, Snapshots [en anglais] rappelle aux législateurs qu'une population nombreuse n'est pas forcément un mal pour l'économie :

(Le projet de loi) affirme vouloir diminuer la pauvreté en contrôlant l'accroissement de la population. Le fait est que le taux d'accroissement de la population est en train de décroître, et que s'il y avait une explication à la pauvreté, ce serait l'injuste répartition des ressources et le surpeuplement d'un seul lieu, pas l'augmentation de la population. La main d'œuvre est une richesse, et elle pourrait être en réalité le moyen d'améliorer la situation économique du pays. Les faits démontrent que l'importante population d'un pays n'est pas une raison suffisante pour expliquer sa pauvreté.

Le 28 octobre 2008, des enseignants catholiques [en anglais] d'une université prestigieuse de Manille ont publié une déclaration de soutien au projet de loi :

Nous croyons qu'il est possible pour des Catholiques comme nous de soutenir [ce projet] en toute bonne conscience, même si nous reconnaissons, avec douleur, que notre point de vue est en contradiction avec la position de certains de nos frères catholiques, parmi lesquels nos évêques. Ceux qui s'opposent à ce projet de loi l'ont dénoncé comme étant “pour l'avortement”, “contre la vie”, “contre les femmes”, “contre les pauvres”, et “immoral”. Toutefois notre raison, éclairée par notre foi, nous a conduit à penser et à dire autrement.

L'auteur de Random Thoughts and Musings [en anglais] répond aux inquiétudes soulevées par ces professeurs. Plus violemment, RK [en anglais] dénonce le projet de loi :

Ce projet ne peut être considéré comme étant pour la vie, car il est en grande partie plus favorable au mal qu'à la santé, à l'injustice qu'au bien, et il ne respecte pas l'union solennelle des époux dans le mariage.

Ce projet n'est pas non plus pour les femmes car il les rend disponibles pour le sexe chaque fois que l'homme le désire. À long terme, ce projet est contre les femmes qui souffriront des conséquences physiques des contraceptifs et de dépression à la suite d'abus sexuels.

RK souhaiterait qu'à la place de ce projet de loi, les législateurs adoptent les mesures qu'elle préconise :

Ce qu'il faut, entre autres choses, c'est l'éducation convenable des couples aux valeurs du mariage, aux relations entre époux, à être des parents responsables, et l'utilisation de méthodes naturelles de planification des naissances (comme la méthode Billings) qui n'ont aucun effet secondaire sur la santé, ont un plus grande efficacité que les méthodes non-naturelles, et favorisent une communication, une attention et un respect plus grands au sein des couples. Les Législateurs doivent également mettre en place des lois pour encourager le développement de services abordables et améliorés pour les familles pauvres pendant la grossesse, l'accouchement et la petite enfance. Et ils devraient surtout s'occuper des causes de la mortalité infantile, qui sont avant tout une alimentation insuffisante, une eau saine et un environnement plus propre.

L'évêque Oscar Cruz [en anglais] explique pourquoi il pense que les contraceptifs ne doivent pas être classés comme médicaments de première nécessité :

Premièrement, depuis quand les contraceptifs sont-ils des “médicaments” ? Les médicaments soignent des maladies. Depuis quand la contraception est-elle classée comme une maladie qu'il faudrait prévenir ou guérir ?

Deuxièmement, depuis quand les contraceptifs sont-ils “de première nécessité” ? Quelque chose est de première nécessité si, sans cette chose, rien n'est possible. Cela voudrait dire que sans les contraceptifs, la santé serait impossible, la maladie et la mort seraient inévitables !

Enfin, puisque les contraceptifs pourraient devenir rien moins que des “médicaments de première nécessité”, y aura-t-il également des “médicaments de première nécessité” pour soigner les cancers, tumeurs et autres maladies causés par les contraceptifs chimiques et mécaniques, en particulier chez les femmes qui sont les cibles ordinaires autant que les victimes habituelles de la contraception artificielle ?

L'ancien sénateur Francisco Tatad [en anglais] accuse les promoteurs de ce projet de loi de servir les intérêts étrangers :

Quels intérêts étrangers se cachent derrière le mouvement violent et fortuné en faveur de ce projet de loi ? Pourquoi autant d'ONG financées par l'étranger, avec leurs habituels étiquetés “nationalistes”, tentent de fouler aux pieds la Constitution et les objections des Catholiques sur des bases morales et constitutionnelles ?

Arbet écrit à propos de l'incapacité du gouvernement à accomplir son devoir :

Malheureusement, le pouvoir actuel a choisi, comme les “Talibans catholiques”, les méthodes naturelles de contraception en guise de politique de planification familiale. Ainsi un couple pauvre (ou une femme qui a des menstruations irrégulières) qui veut limiter sa progéniture ne peut espérer que le gouvernement l'aide avec des préservatifs ou des pilules contraceptives. Je pense que cette politique viole la liberté du couple de choisir. C'est un grave déni de service de la part du pouvoir.

La vidéo ci-dessous présente la position de l'Église catholique sur ce projet de loi :

On peut aussi lire l'intégralité du texte du projet de loi [en anglais], et écouter les interventions présentant ce projet de loi prononcées par ses auteurs [en anglais].

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