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Nigeria : Des centaines de morts à la suite de violences post-électorales

Plusieurs centaines de personnes seraient mortes le 28 novembre 2008 lors de violences [en anglais] qui ont éclaté à Jos, capitale de l'état du Plateau, au centre du Nigeria, après une élection locale controversée.


(Photo du portail d'information citoyen Sahara Reporters)

Saralynn, une missionnaire chrétienne établie à Jos, décrit [en anglais] ainsi la façon dont elle a vécu ces événements :

J'ai dû fuir ma maison aujourd'hui.

David m'a réveillée à environ 06 heures 45 pour me dire qu'il se passait quelque chose. J'avais entendu les sirènes pendant mon sommeil et j'ai compris en sursautant que j'avais aussi entendu des coups de feu. Et les sirènes continuaient, l'une après l'autre. Il y a eu des élections locales hier [le 27 novembre 2008], et le gouverneur avait déployé des soldats afin de maintenir l'ordre. Mais c'était hier. […]

Le chauffeur-jardinier de mes parents est arrivé vers 08 heures 45 […]. Il nous a parlé de jeunes dans les rues, de pneus en train de brûler, de soldats, de gens dans la rue avec des couteaux et des gourdins.

Jeremy Weate [en anglais] sur le Naijablog rapporte que la blogueuse Talatu-Carmen [en anglais] était enfermée dans l'habitation familiale avec une centaine d'autres personnes. Il publie également une copie du message envoyé par la responsable des fermes de Zamani à ses clients pour leur expliquer pourquoi elle devait interrompre ses livraisons :

Deux de nos livreurs, Audu, le chauffeur, et Ado, son aide, ont eu leur maison réduite en cendres, et ont perdu tous leurs biens. J'ai passé tout l'après-midi à rouler autour de Jos pour rechercher les membres de leur famille dans les camps de réfugiés établis à proximité de la ville après l'évacuation de la population de certains quartiers par l'armée. Nous les avons finalement retrouvés et ramenés dans mon habitation. Nous hébergeons ainsi environ 25 réfugiés dans la maison en ce moment. […]

Il n'est pas facile de se déplacer dans Jos, et nous ne savons pas quand la situation redeviendra normale. Nous n'avons pas pu aller à la ferme (qui est à 30 km de la maison) aujourd'hui, parce que la plupart des routes étaient bloquées et que certains quartiers de Jos sont sous couvre-feu pour 24 heures. Heureusement, tout est normal à la ferme et jusqu'à présent il n'y a pas eu d'incidents violents dans les régions rurales autour de Jos. Mais il est impossible d'avoir des produits comme les oignons ou les pommes de terre que nous faisons venir de la région car personne ne vient à Jos avec ces marchandises. Les magasins, les marchés, les banques, etc., sont tous fermés à Jos et la ville est comme désertée. Tous ses habitants sont enfermés chez eux.

Adeola Aderounmu [en anglais], écrit sur le blog Thy Glory O Nigeria…! que “au Nigeria  les politiciens ont au fil des années mélangé politique et religion”, et que dans la vie politique du Nigerian, “le gagnant remporte tout”. C'est pour cela qu'il pense qu'il n'y aura aucune sanction envers les émeutiers auteurs des tueries :

À Jos, des centaines de peronnes, peut-être, ont perdu la vie à cause d'une élection qui a pris une dimension religieuse. On peut penser que l'ignorance reste une arme utilisée pour faire mourir prématurément des gens innocents. Les auteurs de ces actes haineux ne seront jamais retrouvés. Ils ne devront jamais rendre des comptes. Au Nigeria, ce type de tuerie se produit habituellement avec l'appui de quelques politiciens sans scrupules. Leurs auteurs jouissent d'une protection privilégiée ou de l'anonymat, et ils seront à nouveau lâchés pour causer le même malheur. C'est la raison pour laquelle les émeutes religieuses ou les émeutes politiques à caractère religieux demeurent fréquentes au Nigeria.

Naija Pundit, sur My Nigeria [en anglais], ne pense pas que ces émeutes aient une explication religieuse :

Le PDP (People's Democratic Party) et l'ANPP (All Nigeria People's Party) sont des partis laïcs qui comptent en leur sein des fondamentalistes religieux, mais ces éléments sont l'exception, et pas la majorité, quand ces partis définissent leur programme et leurs actions.

Ce qui actuellement se passe à Jos n'a rien à voir avec la religion, c'est totalement une question d'absence de représentation politique.

[…]

Les journaux du Nigeria ont décrit cet affrontement comme le résultat d'une élection que certains ont estimée avoir été volée, mais la BBC reçoit ces informations, les tripatouille et en fait une histoire d'affrontement entre chrétiens et musulmans, le genre d'histoire simple à comprendre qui suscitera l'intérêt des Occidentaux, mais qui ramène les relations interreligieuses des siècles en arrière.

[…]

Merveilleux médias occidentaux… La prochaine fois qu'il y aura une crise du bœuf en Grande-Bretagne, les médias nigérians devraient expliquer qu'il s'agit d'affrontements raciaux entre les Blancs anglo-saxons et leurs anciens sujets d'Europe ou des Colonies…

Osize Omoluabi souligne sur Mootbox [en anglais] que “comme pour chaque conflit au Nigeria, les parties en présence n'arrivent pas à être d'accord sur la nature même du conflit” :

Certains pensent qu'il s'agit d'une poignée de brutes employées par quelques parrains dans des buts politiques. D'autres disent qu'il ne s'agit que de violence religieuse et/ou ethnique. J'adhère plutôt à ce que me disait un vieux sage il y a dix ans : “quand on en arrive à de la violence partisane au Nigeria, c'est finalement toujours pour des raisons économiques”.

Et il conclut :

Alors que les troubles s'étendent à Jos, il est utile de se rappeler que chrétiens et musulmans vivent côte à côte dans cette ville depuis que ces deux religions ont été introduites dans la région. Et il sera encore plus intéressant de constater que, une fois ces événements tragiques terminés, la vie reprendra son cours normal et que ces communautés retourneront à leur travail et à leur culte comme si rien ne s'était passé.

[…] Il convient de souligner que si toutes les parties en présence, en fournissant les bases de l'administration, en construisant la cité et en créant des liens entre les gens avec les différentes organisations religieuses, la ville ne serait pas devenue ce qu'elle est à présent. Pourquoi ne pouvons-nous pas tous nous entendre ? Parce qu'il n'y a pas assez  pour vivre.

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