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Equateur : Le pays ne remboursera plus sa dette extérieure

Le président équatorien Rafael Correa a annoncé récemment que son pays ne rembourserait pas le solde de sa dette extérieure. Invoquant la crise économique, Correa qualifie la dette d’ «immorale et illégitime», faisant écho aux sentiments des Equatoriens ordinaires qui disent qu'ils ne peuvent plus payer. L’Equateur a déjà payé 2,45 milliards de dollars d'intérêts, ainsi que stipulé sur ses obligations internationales. Le moindre élément compte dans une économie vacillante où le prix du pétrole est tombé de 140 dollars le baril à seulement 45 à la fin de cette semaine, où l'argent envoyé par les émigrants a aussi chuté et où le déficit budgétaire atteint 3.2 milliards de dollars pour 2009 (espagnol). Voilà tous les facteurs de cette décision. Le refus de rembourser la dette permettra au gouvernement de dépenser davantage pour les programmes sociaux.

La décision de faire défaut sur les obligations internationales (aux échéances de 2012, 2015 et 2030) a été prise par Rafael Correa après la présentation officielle du rapport final de la Commission d'Audit du Crédit Public (Comision para la Auditoria Integral del Crédito Público, ou CAIC (en espagnol)), un audit concernant la dette extérieure de l'Equateur. La décision de l'Equateur de cesser le paiement des intérêts de sa dette nationale est la deuxième en dix ans, la première étant intervenue en 1999, quand il a fait défaut sur 10 milliards de dollars. En 2008, le montant s'élève à 3,9 milliards de dollars.

Le Président de l'Equateur annonçant officiellement le défaut sur les intérêts des obligations de 2012. Photo utilisée sous licence Creative Commons de la  Presidencia de la República del Ecuador.

Cette commission composée d'économistes, de juristes et de représentants d'organisations sociales d'Equateur et d'autres pays, a préparé ce rapport, qui démontre l'illégalité et donc l'illégitimité de la procédure d'emprunt. Correa, un économiste formé aux Etats-Unis, travaille sur deux fronts, son gouvernement ayant engagé deux avocats de New York (Foley Hoag et Paul Reichier) pour conseiller ce pays latino-américain en matière de droit international. Correa va aussi promouvoir la création d'un Tribunal International d'Arbitrage de la Dette Souveraine aux Nations Unies, qui contribuera à la réforme du système financier international.

Les blogueurs expriment leur inquiétude à ce sujet. Ils montrent leur reconnaissance pour le travail effectué par la CAIC, mais certains, comme Ecuador Sin Censura (en espagnol) écrivent qu'il aurait mieux valu pour le pays que la Commission travaille indépendamment du gouvernement, d'autant plus qu'un de ses membres est le versatile Ricardo Patiño, ancien ministre des Finances sous Correa.

La Alharaca (en espagnol) témoigne de la compassion pour les pauvres, qui ne comprennent pas les conséquences de la décision de leur Président. Il affirme que beaucoup ne comprendront pas pourquoi les banques devront faire payer des taux d'intérêts plus élevés parce qu'elles n'ont pas de financement international et que les petites industries en Equateur vont disparaître parce qu'aucun fournisseur ne fera crédit à une entreprise dans un pays dont le Président a dit que la hausse des taux par les créanciers est illégale.

Les Equatoriens, et même les journalistes reconnus, doutent des vérités contenues dans le rapport. Le professeur d'économie Pablo Lucio Paredes, qui écrit une chronique quotidienne pour le journal El Universo, a été  un excellent guide dans ce domaine pour ses étudiants, et il se pose lui-même des questions. Sa chronique demande : «Y a-t-il des vérités ?», et il donne sa réponse : «Probablement». Un de ses étudiants, actuellement blogueur, se remémore un de ses cours de finance à l'université et écrit sur l'étude de cas présentée par Paredes dans des circonstances identiques, mais en supposant que les étudiants étaient les dirigeants d'une entreprise privée.

L'auteur de l'article sur Cambiemos Ecuador (espagnol) concède que l'Equateur, en tant qu'entreprise, a été mal dirigée à cause de malversations des administrations précédentes, des mauvaises négociations avec les financiers locaux, de dépenses superflues, et ainsi de suite. Mais, souligne-t-il, «pour une entreprise, obtenir des prêts n'est pas une mauvaise chose, ce qui l'est, c'est de ne pas utiliser les fonds pour des activités qui apportent un retour aux revenus de l'Etat» et il conseille : «les prêts pour les barrages, les ports et les routes s'autofinancent et créent de la richesse, ceux qui sont utilisés pour les dépenses publiques nous enfoncent encore plus.»

Cependant, d'autres se demandent quelle voie suit l'Equateur aujourd'hui. La Hueca (en espagnol) écrit :

cada vez nos vamos poquito a poquito a la mierda. Dios quiera e ilumine a nuestro Presidente para que tenga toda la razón -lo dudo- pero quién sabe.

A chaque fois, nous nous approchons un tout petit peu plus de la merde. Dieu veuille éclairer notre Président pour qu'il ait raison – j'en doute – mais sait-on jamais.

En conclusion, les Equatoriens ordinaires, qui ne comprennent peut-être pas la terminologie de ce débat, peuvent faire le parallèle entre la question des dettes envers les banques et leur propre vie. S'ils suivent la même logique, ne devraient-ils pas cesser de rembourser leurs propres dettes aux banques ?

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