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Guinée : La blogosphère parle du calme après la tempête

La confusion a succédé à Conakry à la mort du Président Lansana Conte [en anglais] et au coup d'état apparemment réussi du général guinéen Moussa Dadis Camara.

Conte a dirigé le pays d'une main de fer pendant près de vingt-cinq ans. Sa maîtrise du pouvoir semble s'être relâchée durant ces dernières années [en anglais], durant lesquelles il vivait en hermite et souffrait apparemment de diabète. 

La Guinée est un pays de 10 millions d'habitants et premier producteur mondial de bauxite. C'est aussi l'un des pays les plus pauvres du monde malgré ses ressources minières.

Le journaliste suisse Serge Michel, spécialiste des affaires africaines, pose la question cruciale, dans  Le Pangolin,  de la possibilité que cette situation s'achève en bain de sang :

“L'état de la Guinée est très mauvais. Le pays n'a pas été géré depuis des années. Il y a un vide au sommet de l'Etat. Le pouvoir n'était plus exercé par le Président mais par ses proches conseillers qui étaient d'ailleurs régulièrement renouvelés. De plus, le pays est rongé par une très grande corruption. Contrairement à beaucoup d'états africains, la Guinée n'a pas connu la guerre civile, pourtant, quand on voit l'état de délabrement dans lequel est le pays, on a l'impression que la guerre est passée par là. A Conakry, la capitale, les bâtiments tombent en ruine, la ville semble avoir été laissée à l'abandon. En ce qui concerne les institutions politiques, elles sont extrêmement faibles et n'ont pas la force de résister à une tentative de coup d'Etat. Les militaires ont un véritable boulevard devant eux. La question aujourd'hui est de savoir si la situation va dégénérer en bain de sang ou non.”

Le coup d'état a été mené par un gradé de l'armée, inconnu jusqu'alors, Moussa Davis Camara, qui a justifié la dissolution du gouvernement et la suspension de la Constitution par ses accusations de “corruption générale”, d'impunité, d'anarchie et de mauvaise gestion économique.

“Nous sommes là pour promouvoir l'organisation d'élections présidentielles crédibles et transparentes d'ici la fin décembre 2010″, a ajouté le capitaine Camara. Mardi, lors de sa première allocution à la nation, il avait annoncé que ces élections auraient lieu d'ici deux mois.”

Pourtant, le Premier Ministre, Ahmed Tidiane Souare, a aussi déclaré que le gouvernement était encore solidement en place et qu'il procédait aux préparatifs des funérailles du président.

La France, les Etats-Unis et le reste de la communauté internationale ont dit préférer une autre solution politique que le coup d'état.

“Cette prise de pouvoir constitue un violation évidente de la Constitution guinéenne,” a déclaré l'Union Africaine dans un communiqué.

Sur Aminata.com, Sambégou Diallo éclaircit les choses et déclare que “c'est fait” et que Moussa Dadis Camara est désormais le troisième président de la république de Guinée.

“Le cortège présidentiel vient de s'ébranler en direction de Kaloum. Il est exactement 15 heures (temps universel). Les membres du Conseil national de démocratie et de développement ont préféré faire le tour de la capitale, passant par le centre commercial de Madina, puis Dixinn, Coléah, le Camp Almamy Samory, (dans Kaloum) avant de prendre la direction de Sekhoutoureya, et puis… et enfin le camp Koundara.

Le cortège devrait vraisemblablement revenir, après cette extraordinaire parade, revenir au palais de la Colombe pour installer le capitaine Moussa Dadis Camara dans ses nouvelles et exaltantes fonctions de président de la République.”

Bien que les journaux rapportent que  les putschistes ont fermement pris en main les bureaux des médias nationaux [en anglais] et occupent actuellement les bâtiments stratégiques de la ville, les blogueurs guinéens décrivent, eux, une situation calme:

Henri Willox écrit :

“Ici, dans la banlieue de Conakry, tout un chacun vaque à ses occupations et la vie se déroule comme d'habitude, sauf que nous avons encore de l'électricité alors qu'habituellement, elle est coupée vers six heures du matin.
Il n'y a pas eu un seul coup de feu de toute la nuit, et la population se dit plutôt heureuse de la prise du pouvoir par de jeunes militaires.”

L’ Association des Ressortissants et Sympathisants de Fria rendait compte du même calme:

“Tout est calme à Fria, les gens se sont rendus au travail comme si c'était un jour normal. La plupart des commerces sont restés ouverts et il n'y a eu aucune précipitation, malgré quelques personnes désireuses de faire des provisions pour le réveillon de demain. Même les enfants ont voulu aller à l'école, mais ils ont été renvoyés à la maison. Les soldats sont dans les casernes et il n'y a pas de mouvement de troupes dans la ville.
L'annonce du décès a été faite vers 2 heures du matin. Ils ont attendu que les gens dorment pour éviter les rassemblements dans les rues. Mais la nouvelle a de toutes façons été accueillie presque dans l'indifférence. Les gens sont tellement fatigués, à cause de la crise économique guinéenne et mondiale, qu'il n'y a pas eu de réaction excessive. “

Un lecteur, Bali de Yeimberein, parle de son espoir de changement :

“De manière succinte, il faut espérer que des militaires réellement épris de justice sociale, de paix et visionnaires arrivent aux affaires et garantissent une authentique transition en veillan à une TOTALE REFONDATION de la Guinée (ses institutions, leurs modes de fonctionnement mais surtout une nouvelle mentalité) le tout dans un environnement d'ETAT DE DROIT.
Ce sont des préalables à tout retour de la Guinée d'abord à une situation de PAYS (normal) puis, dans un second temps, se donner les chances de pénétrer le champ du concert des Nations.
Victime de prédation sans précédent, saignée à blanc, vidée de toutes ses ressources (agricoles, minières) dévoyée de ses ressources humaines, la Guinée risque de ne JAMAIS se remettre de CINQUANTE ANS de dictature et gabegie. Ces lignes seront-elles lues par un des futurs (?) responsables du pays?”

Un autre blogueur se réjouit de la mort de Conte:

“Enfin, le tyran est parti après 24 ans de règne. Délivrance générale !”

Ce soulagement se retrouve chez JT, un lecteur de Global Voices :

“Now it is ended. Conte has died. That’s that. And now it begins. Now begins the hard work. Now the people of Guinea must seize their nation and their destiny. The oppressor is gone. Do not allow another dictator to take his throne. With much love and hope for the best for all of the people of Guinea, JT

Maintenant il est fini. Conte est mort. C’est fait.  Et maintenant, il commence. Commence maintenant le dur labeur. Maintenant, le peuple la Guinée doit saisir sa nation et son destin. L’oppresseur s'en est allé. Ne permettez pas à un autre dictateur de prendre son trône. Avec beaucoup d’amour et d’espoir pour le meilleur pour toutes les personnes de Guinée, JT”

Bien que Alseny Ndiaye se demande si l'attitude de la population guinéenne et des Africains en général ne contribue pas à transformer leurs dirigeants en tyrans:

“Les Africains en général et ceux de l’Ouest en particulier, ont une tendance exagérée à personnifier le pouvoir et à le diviniser. Cela se manifeste à tous les niveaux. Du jour au lendemain, un homme ordinaire, de par son arrivée au pouvoir, est perçu comme un envoyé de Dieu ; on lui crédite de pouvoirs extraordinaires, d’intelligence hors du commun, de dons de  visionnaire. On le cite dans les propos les plus banals voire farfelus. On lui attribue la paternité de toutes les idées jugées bonnes, de toutes les citations, de tous les projets. Imaginez un président inculte qui a de la peine même pour écrire son nom, et qui se retrouve subitement « auteur » d’une œuvre littéraire, philosophique voire économique !.”

Certains lecteurs du quotidien français Le Monde craignent que le sort de la Guinée après la mort de l'homme fort du pays ne préfigure ce qui se passera dans d'autres pays africains, à l'avenir :

Turgot commente :

“Le pire est que ce qui se passe (de façon totalement prévisible) en Guinée est plus ou moins la reproduction de ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire à la mort d’Houphouët (pas de succession préparée et guerre des héritiers) et préfigure ce qui se passera dans un certain nombre d’autres pays africains à la mort de leurs présidents: Cameroun (Biya), Gabon (Bongo), Tchad (Déby), et même peut-être Sénégal, à la mort de Wade (encore que ce pays connaît un semblant de tradition démocratique).”

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