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Égypte : Voix discordantes autour de Gaza

“Pourquoi n'êtes-vous pas, en tant que femme arabe, en train d'écrire sur Gaza ?”
“Où sont vos articles sur Gaza ?”
“Dites que les Israéliens sont méchants !”

Ces messages ont commencé à affluer peu de temps après que le bombardement par Israël de Gaza ait tué environ 300 Palestiniens. La pression était implicite de s'aligner sur la position : le Hamas est bon, Israël est mauvais. Dites-le, dites-le ! Ou alors vous n'êtes pas assez arabe, vous n'êtes pas assez musulmane, vous n'êtes pas assez.

C'est par ces mots que Mona El Tahawy [en anglais], une chroniqueuse égyptienne installée à New York, commence son dernier article, intitulé “Israël est l'opium du peuple et autres tabous”.

Les dernière attaques israéliennes sur Gaza n'ont pas seulement touché les Palestiniens en particulier et les Arabes en général, ces événements ont également d'autres conséquences vécues et exprimées par les Égyptiens.

La violence qui a frappé ces quatre derniers jours Gaza est affreuse, avec des torts des deux côtés (le Hamas étant de nature stupide et téméraire, et Israël jouant sa propre interprétation de ce à quoi ressemblerait aujourd'hui la colère du Dieu de l'Ancien Testament). Le monde arabe a décidé de prendre position, et considère que tous les torts ne sont que d'un côté, et, c'est ce qui est inattendu, ce n'est pas du côté d'Israël ou du Hamas. À la place, c'est l'Égypte qui est critiquée. Gentil, non ?

Sandmonkey [en anglais] a intitulé le billet ci-dessus :”Critiquez l'Égypte, tous les gamins cools le font !”.

Depuis le 27 décembre 2008, des voix se font entendre contre l'Égypte, demandant qu'elle ouvre ses frontières sans restrictions aux Palestiniens, qu'elle arrête de condamner par des mots les événements de Gaza, et qu'elle intervienne.

Inutile de préciser que ceux qui disent cela sont les premiers à accuser le gouvernement égyptien de trahison et à affirmer que le Président Moubarak était au courant de l'attaque israélienne avant qu'elle n'ait lieu ; un fait démenti par la Ministre des Affaires étrangères israélienne Livni, sur Al Jazeera [en anglais].

En plus, un policier des frontières égyptien a été tué [en anglais] dans l'exercice de ses fonctions par des militants du Hamas le 28 décembre 2008.

Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a prononcé un discours [en anglais] demandant aux Égyptiens de descendre dans les rues et de se soulever contre le régime, pour l'obliger à ouvrir à nouveau les points de passage [entre l'Égypte et Gaza] sans restrictions, sinon les Égyptiens seront considérés comme complices du meurtre des Palestiniens.

À la suite de ce discours, quelques manifestations anti-égyptiennes ont même eu lieu dans certaines villes arabes. Le consulat égyptien à Aden [en anglais] et les ambassades égyptiennes au Liban et au Soudan [en anglais] ont été envahies par des manifestants en colère, solidaires de Gaza, qui ont remplacé le drapeau égyptien par le drapeau palestinien sur le consultat.

Tales of a Fattractive Egyptian Woman [en anglais] écrit :

Elle me rend malade, cette soudaine façon de penser “critiquons l'Égypte”, et pas seulement de la part du Hamas. Ce que je veux dire, c'est grand bien vous fasse à vous, les dirigeants arabes, d'avoir une attitude unie, mais contre l'Égypte ?! Envahir l'ambassade égyptienne au Yémen ? Envisager une manifestation anti-égyptienne à Johannesburg ? Le Hamas qui tue un policier des frontières égyptien ? Nasrallah qui demande aux Égyptiens de se révolter contre leurs dirigeants pour soutenir un autre pays, alors qu'ils ne le font pas pour eux-mêmes ?

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais l'Égypte a signé un traité avec Israël, et ne pas le respecter signifierait la guerre. Et l'Égypte ne peut pas ouvrir ses frontières, sauf accord avec l'Autorité palestinienne qui, je suis sûre que vous ne l'aviez pas remarqué, a été mise à la porte par le Hamas !

Revenons au billet de Mona El-Tahawy [en anglais], qui souligne :

Il est difficile de critiquer les Palestiniens, alors que tant d'entre eux viennent de se faire tuer, mais le Hamas qui dirige Gaza n'est que le dernier de leurs dirigeants à les tromper. Pour ceux d'entre nous qui séparent depuis longtemps religion et politique, le Hamas a démontré la réalité des craintes que les Islamistes ne se préoccupent plus d'affronter Israël que d'améliorer le sort de leur peuple. Les Palestiniens de Gaza sont autant victimes du Hamas que d'Israël.
[…]
Oui, l'occupation par Israël d'une terre arabe met en colère les Égyptiens, mais il n'y a absolument aucun espace parmi les médias, la culture ou les cercles intellectuels égyptiens pour parler d'Israël autrement que comme un ennemi. Même pas pour essayer.

Et à présent Moubarak, vieux, fatigué et à court d'idées neuves, récolte les fruits d'une politique qui joue les uns contre les autres pour tenter de rendre son régime indispensable.

Mais ma question aux Égyptiens et aux autres habitants de la région qui sont furieux contre Israël est : où est leur colère contre les violations des droits humains, la torture et l'oppression dans leurs pays respectifs ? Si des foules aussi importantes descendaient chaque semaine dans les rues des capitales arabes, elles auraient pu renverser leurs dictateurs il y a déjà des années !

Reprenons également les explications que donne Sandmonkey [en anglais] pour défendre son point de vue :

Menant les critiques, on trouve les Jordaniens, les Libanais et les Syriens, sans oublier nos propres “c'est tellement bien d'être arabe, si seulement nous étions vraiment arabes” égyptiens qui donnent dans l'auto-dénigrement, et des gens du Golfe. Le raisonnement étant, d'une façon ou d'une autre, que l'Égypte ne fait pas assez pour soutenir la cause palestinienne, et qu'elle est responsable du blocus de Gaza. Le raisonnement oublie complètement que :
1) L'Égypte a tendance à respecter ses engagements internationaux, même si ça nous fait pas plaisir,
2) L'ouverture de la frontière dépend d'une entente entre nous et l'Autorité palestinienne, qui a été renversée à Gaza par un coup de force sanglant du Hamas, et que
3) Le Hamas est une sorte d'organisation terroriste islamiste que nous n'avons pas vraiment besoin de légitimer ou de soutenir, et encore moins de laisser entrer dans notre pays qui a connu 3 attaques terroristes différentes ces 4 dernières années, dont 2 visaient des touristes israéliens.

Sur un ton différent, Tarek [en anglais] souligne l'aspect médiatique du conflit, dans un billet intitulé “L'autre Gaza”, où il rappelle l'utilisation des médias par l'ancien Président égyptien Gamal Abdel Nasser :

Dans les années cinquante et soixante, le Président égyptien Gamal Abdel Nasser utilisait le conflit pour toucher les cœurs et les esprits des gens ici en Égypte et dans tout le monde arabe. La puissance et l'influence égyptiennes étaient alors à leur apogée. Tous les Arabes admiraient l'Égypte et se tournaient vers ce pays, qui était le leader de la région, grâce à nos médias, et grâce aux discours de Gamal Abdel Nasser qui faisait le meilleur usage du conflit israélo-palestinien. Tous les Arabes aimaient Gamal Abdel Nasser et l'Égypte, bien que nous ayons perdu la Guerre des Six Jours en 1967, et qu'une partie de notre territoire ait été occupée.
[…]
Le Président égyptien suivant, Anouar El Sadate, a mené une guerre en 1973 pour libérer nos régions occupées, et il est parvenu à les récupérer.

Tarek commente ensuite le “jeu médiatique” actuel :

Et depuis cette époque, dans tous les pays on a appris comment jouer à ce jeu. Les Saoudiens, les Libyens, les Soudanais, les Marocains, etc. Ils ont tous très bien appris à jouer à ce jeu. Même quelqu'un comme Saddam Hussein a été considéré par certains Arabes comme un héros courageux juste parce qu'il a injurié une fois ou deux Israël. Tous savent bien qu'Israël est “l'opium du peuple”. Les dirigeants politiques ont très bien appris que leur priorité n'est pas de résoudre le conflit, de rendre leurs droits aux Palestiniens, ou même de faire voir au monde entier que nous sommes privés de nos droits. Ils savent que s'occuper de ces questions n'est d'aucune utilité. Tout ce qu'ils ont à faire, ce sont des discours, se faire passer pour des héros et comme les plus sûrs soutiens des Palestiniens. Et quand je dis tous les pays, je dis tous les pays, y compris l'Égypte. Nous avons tous cessé d'essayer de résoudre le problème et à présent nous essayons plus de montrer à tout le monde que nous essayons de résoudre le problème.

Certains pays savent à présent comment bien jouer à ce jeu, alors que d'autres comme l'Égypte ne sont plus aussi bons à ce jeu de nos jours. Et bien que tous soient inutiles et n'apportent aucune aide réelle aux Palestiniens, ceux qui sont les moins bons dans le jeu médiatique sont ceux qui se font le plus critiquer.

Pour finir, Zeinobia [en anglais] conclut en disant que le principal problème que les Arabes devraient régler à présent est la politique du “diviser pour régner” :

C'est vrai, nous constatons la division du monde arabe devant nos yeux. Je ne suis pas si surprise par toutes ces manifestations contre l'Égypte et par toutes ces attaques contre nos ambassades partout dans le monde, alors que personne ne pense à manifester devant, et à envahir, les ambassades israéliennes !!??

Il est étrange que la discussion principale, sur notre problème principal, “Gaza”, soit négligée au profit de l'Égypte et de sa soi-disant trahison.

Comme d'habitude, nous, Arabes, travaillons pour Israël, divisés que nous sommes, comme d'habitude.

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