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Guinée : L'Histoire se repète-t-elle ?

Une semaine après le décès du Président Lansana Conté et le coup d’état militaire conduit par le Capitaine Moussa Camara qui a suivi, les gouvernants militaires ont nommé un banquier du nom de Kabiné Komara comme leur Premier ministre. D’après les observateurs, la situation reste calme après le coup d’état et les Guinéens en général paraissent confiants en leur nouveau leader. Cependant, pour beaucoup de blogueurs, les récents développements ont un air de déjà vu.

Sur le blog Zot in Guinea, un volontaire du Corps de la paix a écrit à propos du sentiment d’optimisme envers le nouveau leader :

Les Guinéens sont dans l’ensemble assez contents de la nouvelle situation. Le nouveau président ne provient d’aucun des trois principaux groupes ethniques, ce qui a détendu les relations interethniques, et, peut-être encore plus important pour le public, le pouvoir s’est bien consolidé depuis qu’il l’a pris. La majorité des Guinéens veulent le changement, et tout ce qui représente celui-ci est bon.

Et il y a des raisons d’espérer qu’il y aura un bon changement.

Pour le blog Seckasysteme, la réaction des Guinéens au coup d’état est du à une amnésie

Pris comme dans une amnésie collective, le peuple guinéen si longtemps opprimé pleure Lansana Conté et fait acte d'allégeance au chef de la Junte militaire autopropulsé Président de la république de Guinée.

[…] C'est à croire que le peuple Guinéen est fataliste et qu'il s'accommode très bien de son asservissement et de la misère dans laquelle l'ont si longtemps maintenu ses chefs d'état successifs.

Largement condamnée par la communauté internationale comme inconstitutionnelle, la junte militaire guinéenne promet des élections démocratiques à la fin de 2010, ce qui semble trop loin pour beaucoup de commentateurs. Mais Zot in Guinea rétorque que ce n’est pas réaliste de s’attendre à des élections trop tôt :

On ne peut pas imaginer combien il serait impossible d’organiser des élections équitables dans un pays comme la Guinée. Pour commencer, il n’y a pas d’enregistrement des électeurs. Il n’y a pas de système d’identification. Si on installait des urnes, rien n’empêcherait des candidats plus riches de payer des gens pour voter plusieurs fois. L’infrastructure pour gérer des élections est simplement inexistante dans le pays […]. Je ne suis pas en train de dire que le coup était une bonne chose, surtout que je ne connais rien du président lui-même, et il est impossible de savoir si les militaires vont organiser effectivement des élections. Mais la Guinée était engluée dans, pas seulement une spirale de mauvaise gouvernance, mais dans une absence de gouvernance tout simplement. Espérons que les choses vont être différentes, maintenant.

Naija Pikin, un blogueur du Nigeria, est sceptique sur les perspectives démocratiques offertes par la junte :

Ne nous laissons pas surprendre. Les Guinéens sont contents de leur junte parce qu’ils ont été frustrés par le gouvernement de Lansana Conté qui les a suffoqués pendant 24 ans dans la pauvreté et l’oppression. Ils avaient besoin d’air frais. C’est ce que leur apporte Camara. Lansana avait pris le pouvoir en 1984 par un coup d’état militaire.

Camara est seulement en train de s’engager sur un sentier battu. Prenez le pouvoir, le monde entier va vous condamner. Promettez d’organiser des élections le plus vite possible. Le monde va relâcher la pression. Dans deux ans, vous pourrez organiser des élections « démocratiques », vous présentant comme le principal candidat, sinon le seul. Vous gagnez par une victoire écrasante. Nous connaissons bien la chanson !

Pour Edward B. Rackley, un chercheur américain qui blogue sur les affaires africaines dans Accross the divide [en anglais], le coup d’état en Guinée suit une constante bien familière :

Avec la mort la semaine dernière du dictateur sénile de Guinée, Lansana Conté, et le coup d’état qui a suivi, ce pays est en train de suivre une chorégraphie bien rodée depuis son accès à l’indépendance en 1958. Les pas sont faciles et simples à apprendre pour les nouvelles générations politiques.

Un leader émerge, accède au pouvoir animé d’une rhétorique populiste, il achète les militaires et installe un parti unique. La corruption fleurit, l’état de droit s’évapore, les militaires renforcent le piège. Les décennies se succèdent ; la population languit. Le leader meurt, les militaires reprennent le contrôle jusqu’à ce qu’une nouvelle marionnette soit trouvée. Pour les 9 millions de Guinéens, le spectacle et la misère continuent.

Pour Seckasysteme, encore une fois, l’histoire se répète :

Des siècles d'esclavage et de colonisation, 27 longues années de Touréisme et 24 autres longues années de Kontéisme semblent ne pas suffire pour sortir le peuple guinéen de l'obscurantisme, de la misère et de l'asservissement, pour le faire entrer dans la démocratie et la modernité.
Vraiment dommage que le débile Général n'ait pas emporté avec lui, sa dictature.

Africa News écrit [en anglais] sur la réaction de l’Union africaine :

L’Union africaine (UA) a condamné le retour des coups d’état sur le continent, décrivant le phénomène comme « un sérieux revers dans le processus de démocratisation en cours en Afrique ».

Abantu est un blogueur qui, comme l’UA, condamne le coup d’état [en anglais] :

Qu’est ce qui ne va pas avec nous Africains ? Ne pourrons-nous jamais apprendre par les fautes commises dans le passé et nous comporter de façon démocratique ou bien sommes-nous si habitués au désordre et le dysfonctionnement si ordinaire que les coups d’état ne signifient plus rien pour nous ?
[…] Le monde doit condamner cet acte commis par les militaires guinéens dans les termes les plus vifs possibles et faire tout pour que ce pays producteur de bauxite retrouve le processus démocratique civil par ce que les militaires n’ont pas de raison d’interférer dans la conduite des affaires politiques de l’état.

Neba Fuh de Voice of the Oppressed, un blog du Cameroun, écrivait récemment à propos de la Guinée, dans un article [en anglais] intitulé : “Military Coups In African Dictatorships: Liberation or Retrogression?“ (Les coups d’état militaires dans les dictatures africaines: Libération ou régression?) :

Un pays doté de ressources naturelles et son peuple emprisonné par une dictature pendant plus de 24 ans. Se débattant dans la pauvreté pendant des décennies, les gens espèrent dur comme fer que maintenant ils vont pouvoir retourner à flot. Un jeune militaire vient juste de prendre le pouvoir après la mort du dictateur de longue durée – une action apparemment appréciée par la population.
Le Cameroun, le Gabon, le Congo, l’Egypte, la Libye et d’autres pays africains vont avoir un jour leurs libérateurs. Ils pourraient sortir des casernes militaires, qui sait ??? Cela s’appellera un « coup d’état» ; mais la question que nous devrions tous nous poser est de savoir :
dans un pays où toutes les méthodes démocratiques ont été annihilées ou sont devenues impossibles, un coup d’état est-il un acte de patriotisme ou de subversion ?

Pour The sword of thruth, un blogueur de la Gambie, il est important d’accorder de la crédibilité [en anglais] à la junte militaire pour des raisons de stabilité dans une région très volatile :

…en prenant en considération le moment du coup d’état, les 24 ans de mauvais gouvernement de Conté, et son approbation par un acteur régional proéminent, comme le Président Abdoulaye Wade du Sénégal, les leaders et l’opinion guinéens, il est impératif de donner aux militaires le bénéfice du doute. Cela est possible seulement en soutenant les jeunes leaders militaires, en s’assurant que la Guinée se libère de son passé autoritaire, en réformant le tissu social du pays. Dans une région déjà ravagée par les guerres civiles sanguinaires au Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, des rébellions de niveau plus faible dans la région méridionale sénégalaise de la Casamance et au Nord du Mali, isoler la junte militaire guinéenne et suspendre toute aide pourraient avoir un impact pervers dans la sous région. La Guinée continue d’abriter des milliers de réfugiés en provenance des pays voisins que sont le Liberia, la Sierra Léone, la Côte d’Ivoire et la Guinée-Bissau.

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