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Blogs de Gaza : “Piégés, traumatisés, terrifiés” (dimanche 4 janvier)

[Publié sur l'édition en anglais de Global Voices  à minuit heure française dans la nuit de dimanche 4 à lundi 5 janvier. Cette revue de blogs est également disponible en arabe sur Global Voices en arabe] Les troupes israélienne ont progressé à l'intérieur de la bande de Gaza, les bombardements par air, mer et terre se sont poursuivis. Voici les dernières mises à jour de quelques blogs de Gaza durant les dernières 24 heures [Note de la traductrice : ces blogueurs publient directement (accès à un groupe électrogène) ou font publier leurs mises à jour, les liaisons SMS/téléphonie mobile étaient encore actives à 20 h heure locale à Rafah]. 

Le professeur Saïd Abdelwahed (voir notre précédente revue de blogs de Gaza), qui enseigne l'anglais à l'université Al-Azhar, a publié (dimanche 4) sur Moments in Gaza [tous les liens sont en anglais] :

Husain al-Aiedy est un Palestinien  (58 ans) qui vit à l'est de Gaza city. Il a toujours vécu là, depuis plus de 25 ans. Sa maison est située au milieu de prés verts. Il travaille pour l’UNRWA (Nations Unies). Il est maintenant dans une pièce, avec vingt membres de sa famille et des familles de deux de ses frères. Ils sont entassés dans une petite pièce sans électricité, eau, nourriture ou téléphone ! rien, autour de lui, sauf un champ de bataille. La nuit dernière (nuit de samedi à dimanche 4) à 22h30, M. Al-Aiedy a été pris entre deux feux et une roquette d'artillerie est tombée dans sa maison, où elle a blessé cinq personnes de sa famille ! Il a supplié pour avoir une ambulance qui évacue les blessés, mais en vain. Tous les appels pour lui envoyer une ambulance pour évacuer les blessés et, si possible, le reste de sa famille, ont échoué jusqu'ici !  Sur un cercle de plus de un kilomètre et demi, l'armée israélienne a le contrôle total, et donc, personne ne peut atteindre M. Al-Aiedy, à part les Israéliens ! Cette situation nécessite une action vigoureuse des organisations des droits de l'homme de n'importe où ! Il n'y a pas d'électricité, d'eau, et très peu de nourriture à Gaza. Je profite toujours du groupe électrogène que j'ai pour rester en contact avec le monde. Les bombes nous pleuvent dessus. Malheureusement, M. Al-Aiedy est au coeur de la bataille!

La doctoresse Mona El-Farra, actuellement à l'étranger, loin de Gaza, publie un message transmis par Mohammed Fares El Majdalawi de Jabaliya, au nord de Gaza-Ville :

Je veux écrire sur les souffrances qu'endurent mon peuple et ma famille en ces jours. Dans ma maison, nous n'avons pas accès au strict nécessaire, comme par exemple, Pas de nourriture, Pas de pain, Pas de gaz. Hier, mon père est allé à la boulangerie à 5 heures du matin et a attendu cinq heures pour avoir un sac de pain.  Ce pain ne suffit pas pour ma famille, parce que nous sommes onze. Mais aujourd'hui, je suis allé dans toutes les boulangeries. Je n'ai pas trouvé un seul pain, tout était fermé. Nous et nos parents ne pouvons nous pas communiquer avec nos familles et nos amis à cause du manque de réseau et aussi toutes les heures nous avons un martyr (un mort) ou même plus à cause des missiles qui pleuvent sur nos maisons, mosquées et mêmes les hôpitaux. Il n'y a pas d'endroit sûr où aller. 

Eva Bartlett, une activiste canadienne toujours à Gaza, a écrit sur In Gaza :

Depuis le bureau d'informations, au centre de Gaza. Je ne peux pas croire le bruit des bombes, même s'ils ciblent juste l'endroit dont je viens, comme ils l'ont fait tout au long de la nuit. D'ici, on dirait…un pilon massif qui casse cet endroit, qui le casse en morceaux. Et de ce que j'ai vu la nuit dernière, et des ruines d'aujourd'hui, c'est bien ce qui a pu se passer. Boum, boum, boum. Les boums les plus forts secouent ce bâtiment, comme s'il était frappé par un bélier, alors que ce ne sont que les ondes de choc d'impacts qui ont lieu à quelques kilomètres. Essayez d'imaginer ce que ça signifie d'être physiquement à quelques centaines de mètres de ces explosions. […] Ce qui me frappe maintenant, plus que les cadavres brûlés et démembrés que j'ai vu il y a deux nuits, plus que l'intensité des missiles autour de nous la nuit dernière et l'impression que les forces spéciales israélienne pourraient entrer dans la maison en tirant…c'était la panique sur les visages.  Panique en s'enfuyant, panique en essayant d'arrêter une ambulance dans la rue pour les blessés, les morts, panique même chez les ambulanciers et les équipes médicales.  Ils ont vu beaucoup de choses, beaucoup d'entre eux font ce travail depuis dix ans ou plus, mais c'est pire, bien pire que tout ce qu'ils ont déjà vu, ou imaginé, me disent-ils.  Dans la lumière du matin, alors que notre ambulance essaie d'atteindre un autre blessé, je vois passer de nouveaux fleuves de femmes, enfants, et hommes portant quelques affaires. Deux enfants de 8 ou 9 ans dans une famille s'agrippent à un sac de pain. […] Osama, un EMT (urgentiste), appelle pour savoir où je suis. Nous avons travaillé ensemble avant-hier dans la nuit. Je croyais que je ne serais pas là bas la nuit dernière, que j'allais écrire. Mais l'urgence était plus grande, et nous sommes sortis. Osama me demande où je suis, et je lui dis, j'écris, il faut que je dise aux gens, il faut qu'ils entendent ça, qu'ils voient ça.  Si seulement vous pouviez entendre, sentir les odeurs, sentir les vibrations, goûter la terreur.

Dans un autre billet, elle rapporte

 J'ai reçu un appel il y a 30 minutes, une communication très mauvaise, qui me disait que Arafat (un médecin) est mort, tué par les tirs israéliens pendant qu'il travaillait. C'était l'un des urgentistes que j'ai rencontrés avant-hier dans la nuit, compatissant, fort émotionnellement, et avec un humour noir ravageur. Je suis plus touchée par sa mort que je ne peux l'exprimer.  

Sameh Habeeb, qui blogue sur Gaza Strip, The Untold Story (Bande de Gaza, l'histoire qui n'est pas racontée) a écrit :  

 Les étudiants en médecine sont appelés dans les hôpitaux locaux pour s'occuper des blessés, dont le nombre augmente vertigineusement.  Contrairement au cibles que les Israéliens décrivent comme des militants du Hamas, la plupart des victimes sont des civils, et ça saute aux yeux dans les hôpitaux de Gaza. Environ 10 militants [ont été] tués aujourd'hui et tout le reste sont des gens normaux qui n'ont rien à voir avec le lancement de roquettes et les militants. 

 Vous pouvez suivre le compte Twitter de Sameh Habeeb à cette adresse :  twitter.com/Sameh_Habeeb

Laila El-Haddad, actuellement aux Etats-Unis, sur le blog Raising Yousuf and Noor, écrit un billet intitulé : “Piégés, Traumatisés, Terrorisés“:

 Mon père et moi avons fait une apparition simultanée sur CNN Etats-Unis et CNN International la nuit dernière. Mon père a parlé calmement, avec éloquence, dans la nuit noire de Gaza sous siège, avec uniquement les lumières des bombes israéliennes qui illuminaient son monde. Ses mains tremblaient, il l'a avoué, tandis qu'ils étaient allongé sur le sol de leur maison, là où ils avaient trainé leur matelas loin des fenêtres, des explosions énormes dans le ciel noir tout autour d'eux  l'illuminaient d'énormes nuages de feu. […] Mon père, la nuit dernière, a essayé de communiquer un seul message : Nous n'arrêtons pas d'entendre qu'Israël est à la poursuite du Hamas; mais NOUS sommes les cibles ici ; les civils sont les cibles ici, pas le Hamas. Une famille entière de refugiés a été tuée d'un coup ce matin alors qu'ils se sont refugiés des tirs israéliens dans leur maison.  Leurs morts n'offriront pas la sécurité aux Israéliens. Trois ambulanciers ont aussi été tués alors qu'ils essayaient de porter secours à des Palestiniens blessés au nord de Gaza. Et maintenant, Associated Press rapporte que le réseau téléphonique de Gaza est au bord de l'effondrement. Je ne sais pas combien de temps encore je pourrais communiquer avec mes proches.  

Philip Rizk, Egyptien et Allemand, a publié sur son blog Tabula Gaza, un texto reçu de son ami S. à Gaza :

“J'ai décidé de ne pas quitté notre maison, même si je meurs. Tout le monde a décidé ça. Nous ne nous réinstallerons pas ailleurs encore une fois.”

 Vittorio Arrigoni, un activiste italien, sur le blog Guerrilla Radio [en italien] :

Livni dichiara al mondo che non esiste un’emergenza umanitaria a Gaza:evidentemente, il negazionismo non va di moda solo dalle parti di Ahmadinejad. I palestinesi su una cosa sono d’accordo con la Livni, ex serial killer al soldo del Mossad, (come mi dice Joseph, autista di ambulanze): più beni alimentari stanno davvero filtrando all’interno della striscia, semplicemente perché a dicembre non è passato pressoché nulla, oltre la cortina di filo spinato teso da Israele. Ma che senso realmente ha servire pane appena sfornato all’interno di un cimitero? L’emergenza è fermare subito le bombe, prima ancora dei rifornimenti di viveri. I cadaveri non mangiano, vanno solo a concimare la terra, che qui a Gaza non è mai stata così fertile di decomposizione. I corpi smembrati dei bimbi negli obitori invece dovrebbero nutrire i sensi di colpa, negli indifferenti, verso chi avrebbe potuto fare qualche cosa. Le immagini di un Obama sorridente che gioca a golf sono passate su tutte le televisioni satellitari arabe, ma da queste parti nessuno si illude che basti il pigmento della pelle a marcare radicalmente la politica estera statunitense.

Livni déclare au monde qu'il n'y a pas d'urgence humanitaire à Gaza ; de toute évidence, nier est à la mode, et pas seulement au pays d'Ahmadinejad. Les Palestiniens sont d'accord sur une chose avec Livni, ex serial-killer salariée par le Mossad (selon Joseph, un chauffeur d'ambulance) : il y a plus de denrées alimentaires dans la bande de Gaza qu'avant, tout simplement parce qu'en décembre, rien n'est rentré au-delà des barbelés tendus par Israël. Mais si l'on veut être réaliste, à quoi bon servir du pain fraichement cuit dans un cimetière ? Le besoin urgent est d'arrêter les bombes, avant même de refaire les stocks de nourriture. Les morts ne mangent pas, ils fertilisent juste la terre, qui ici, à Gaza, n'a jamais aussi été fertile avec toute cette décomposition. Les corps démembrés des enfants dans les morgues devraient nourrir un sens de culpabilité chez ceux qui sont indifférents, chez ceux qui auraient pu faire quelque chose. Les photos d'un Obama souriant qui joue au golf ont été diffusées sur toutes les chaînes de télévision arabes par satellite, mais ici, personne ne se fait d'illusion, ne croit qu’ une couleur de peau pourra changer radicalement la politique étrangère des Etats-Unis.

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