Gaza : La guerre racontée au téléphone

En temps “normal”, et malgré un bon niveau d'éducation, seulement 13 à 15 % de la population de l'ensemble de la Palestine ont accès à Internet (en 2008). Mais à cause de l'attaque israélienne en cours, l'accès à Internet s'est considérablement réduit à Gaza. Peu de blogueurs publient directement depuis Gaza, par contre beaucoup d'habitants de ce territoire envoient des messages ou appellent le monde extérieur en utilisant le téléphone dans l'espoir que leurs témoignages seront rapportés.

Mohammad, qui vit en Cisjordanie, publie sur KABOBfest [en anglais], les nouvelles qui lui parviennent de Gaza ces derniers jours. Dans un premier billet, publié le 29 décembre 2008, il écrit [en anglais] :

Je voulais appeler mes oncles et prendre des nouvelles d'eux et de leur famille, mais je n'ai pas réussi à les avoir pendant presque toute la journée. J'avais très peur pour eux. Mais quand j'ai pu les avoir, j'ai été heureusement surpris.

Mon oncle Jasim m'a dit que les choses allaient beaucoup mieux aujourd'hui, il y a encore de la peur mais les gens commencent à se remettre. Nous avons réussi à absorber le choc de cette attaque initiale, a-t-il dit, et ça nous aide à tenir aujourd'hui. Il a dit que le ciel était calme depuis environ une demi-heure au dessus de Khan Younès, mais que des navires de guerre bombardaient la côte. Sa voix était forte, comme chaque fois que je lui ai parlé avant que ce massacre ne commence, et il m'a dit de ne pas trop m'inquiéter. Ils n'ont pas d'électricité, comme d'habitude, aussi je lui ai parlé des manifestations en cours et des incidents en Cisjordanie, et du soutien qui se manifeste à travers le monde. Je lui ai dit que personne ne les avait oubliés, et il m'a demandé de continuer à prier pour eux. Ses plus jeunes enfants dormaient, mais ses filles, Haneen et Yaqeen, étaient encore éveillées. Je lui ai dit de leur dire que nous pensons tous à eux.

J'ai appelé ensuite mon oncle Mahmoud. Hier il me disait qu'il attendait la mort. L'armée israélienne l'avait appelé pour lui dire qu'elle bombarderait sa maison dans les minutes qui suivraient. Ça nous avait tous terrifiés, mais aujourd'hui il m'a dit qu'il était devenu clair que l'armée israélienne avait envoyé le même message à des dizaines de milliers de foyers. C'est une façon de faire sadique et cruelle, dans le but de terroriser des centaines de milliers de personnes dans leur propre maison.

Mais son optimisme n'a pas duré, et Mohammad écrit le 3 janvier 2008 [en anglais] :

J'ai réussi à avoir une nouvelle fois mon oncle Mohammad dans la ville de Gaza. Pendant la conversation téléphonique, on pouvait entendre une explosion à peu près toutes les 20 secondes. Dans le froid mordant de la nuit, la terreur enveloppe les habitants de Gaza, en particulier de la ville de Gaza. Les coups de feu et les explosions ont pour fond un ciel obscurci bourdonnant d'avions de guerre invisibles et d'hélicoptères d'attaque. Personne ne sait ce qui est touché. Mon oncle me dit qu'il a des explosions tout autour d'eux, proches ou lointaines, de tous les côtés, mais même la radio locale, qui jusqu'à présent a fait de bons reportages sur ce qui se passait sur le terrain, n'arrive pas à savoir quelles cibles sont en train d'être visées. Personne ne sait de façon sûre si les frappes aériennes visent les maisons, les édifices, les mosquées ou des sites déjà bombardés précédemment, et par conséquent personne ne sait s'il y a eu des changements dans la tactique employée. Dans une guerre, pour les civils comme pour les soldats, il n'y a rien de plus terrifiant que de ne pas savoir.

Enfin dans un autre billet, du 4 janvier 2008, il rend compte de ses conversations téléphoniques avec plusieurs membres de sa famille, et compare la situation sur le terrain entre la ville de Gaza et Khan Younès. Voici ce qu'il écrit de sa conversation avec la femme de son oncle [en anglais] :

J'ai parlé à nouveau avec Areej. Elle s'est un peu calmée, mais avait l'air encore très effrayée. Je lui ai demandé comment allaient les enfants. Elle m'a dit que le bébé, Yazeed, était endormi près d'elle. Dina s'était aussi endormie, et leur mère avait dit à Nada et Haya d'aller dans leur chambre, que ce serait plus sûr. Je lui ai demandé s'ils avaient assez chaud avec les fenêtres toujours ouvertes, et elle m'a dit qu'ils dormaient avec le plus de vêtements et le plus de couvertures qu'il était possible, mais que pendant la journée et la soirée, le temps devenait très froid. Je lui ai demandé des nouvelles d'Adham, son fils de 11 ans. Elle m'a dit qu'il avait allumé deux bougies et étalé ses jouets par terre, et qu'il essayait, malgré le froid et la peur et le bombardement et la mort et le traumatisme, de jouer. Avec des Legos et des petites voitures, et des petits soldats. Je n'ai pas voulu l'embêter en lui demandant ce qu'il faisait avec les petits soldats. Je n'ai pas voulu le savoir.

Ayesha Saldanha [en anglais], qui écrit sur Global Voices, publie sur le blog Bint Battuta in Bahrain [en anglais] des SMS qui lui parviennent d'amis de la bande de Gaza. Voici ceux de Hasan, qu'elle met en ligne le 5 janvier 2009 [en anglais] :

06:30 : “Ni le téléphone [fixe] ni l'électricité ne fonctionnent. Je viens juste de me lever et de lire ton sms. J'ai entendu un très fort bombardement par les chars dehors. [Et aussi] par Apache et par le drone. Ils sont peut-être plus près que nous le croyons”

8:20 : “Pas encore tout près. je l'espère. Si l'électricité reste coupée comme à gaza nous n'y arriverons pas. J'essaye d'appeler ma sœur ou de lui envoyer un SMS mais je n'y arrive pas”

1:30 : “ma femme m'a demandé pourquoi fais-tu la tête. Donne-moi une seule chose qui pourrait me donner un espoir et je sourirai je lui ai répondu. Aujourd'hui la liste de ce qu'il nous faut est devenue trop importante. Médicaments, nourriture, produits d'entretien. J'ai décidé d'aller en ville bien qu'ils aient bombardé un marché à Gaza. Ils ont tué 5 personnes et en ont blessé un paquet. Quand je suis arrivé sur le marché un F 16 a touché deux maisons très près du marché. Tous les gens ont pensé comme moi. Soit le marché ou la mosquée. J'ai paniqué. J'ai acheté la moitié de ce qu'il nous faut et je me suis dépêché de rentrer à la maison. Pendant que j'étais en chemin ils ont touché une autre maison près de chez moi. Les chars ont beaucoup bombardé la nuit dernière nous étions très inquiets”

6:30 : “Si les choses empirent je mettrais ma [carte SIM] dans le mobile de ma femme. Un F 16 est en train de bombarder. et les sirènes des ambulance sont fortes. Chaque jour est pire que le précédent”

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