Gaza : Manifestations et désobéissance civile en Égypte

Depuis la début de l'attaque israélienne sur la Bande de Gaza le 27 décembre 2008, la rue égyptienne est agitée par des appels pleins de colère demandant au pouvoir égyptien d'ouvrir la frontière avec Gaza et d'exercer une pression plus importante sur Israël pour qu'il y ait un cessez-le-feu immédiat.

Quelques personnes ont manifesté, d'autres ont participé en organisant et en collectant des dons, et en se joignant à des convois d'aide, tandis que d'autres ont préféré participer à la guerre en ligne [en anglais].

Salma Eldwardany [en anglais] rapporte les réactions de la rue et les manifestations qui ont eu lieu en Égypte depuis le début de l'attaque palestinienne. Des affrontements importants entre des manifestants et les forces de l'ordre ont eu lieu au Caire le 31 décembre 2008 :

Au Caire, plusieurs milliers d'Égyptiens ont défilé dans le centre ville le 31 décembre, aux cris de “À Gaza nous partons, martyrs par millions”, “Où est l'armée égyptienne ?” et “Honte à toi, Moubarak”. […] Les forces de sécurité ont commencé à disperser la foule par la force, et au moins 40 manifestants ont été arrêtés. Beaucoup d'autres ont été frappés. […] Plusieurs sources ont confirmé qu'au moins 300 activistes avaient été arrêtés au Caire le 31 décembre, dont plus de 160 activistes arrêtés dans les gares ou en voiture alors qu'ils se rendaient dans la capitale égyptienne.

Malgré les détentions et les violences subies, les Égyptiens n'ont pas renoncé et ont participé à des manifestations plus importantes, qui ont provoqué une réponse plus dure des forces de sécurité :

Le vendredi 2 janvier 2009, deux jours après la répression par la police au Caire, les Égyptiens sont descendus dans les rues pour la manifestation la plus importante contre l'attaque israélienne.

La manifestation, organisée par les Frères Musulmans, a démarré près de la mosquée Al Fatah, au Caire, et elle demandait au gouvernement égyptien d'ouvrir la frontière entre Gaza et l'Égypte.

Des unités des Forces Spéciales étaient mobilisées et avaient pris position aux angles des rues qui menaient aux différents sites de manifestation, et en début d'après-midi, les policiers égyptiens sont entrés en action pour écraser la contestation à travers la ville. Des témoins oculaires ont affirmé que la police anti-émeutes a employé des matraques pour frapper les manifestants, pour tenter de disperser la foule.

La police égyptienne a également pris le contrôle de trois des plus grandes mosquées du centre ville avant la grande prière du vendredi (Al Fatah et Al Azhar dans le quartier musulman, et Al Nour dans le quartier Al Abbassyia, au nord). La police a bouclé le centre ville avec plus de 200 véhicules.

La police a aussi prévenu les responsables religieux de la mosquée Al Fatah contre le fait de parler de Gaza pendant la prière du vendredi, d'après des témoins, qui ont aussi rapporté que le laboratoire de sécurité nationale avait pris position sur les toits des immeubles le long de la rue Ramsès.

Néanmoins 5 000 manifestants environ se sont rassemblés à la mosquée Al Azhar après la prière du vendredi, portant des pancartes disant : “Honte à vous, Arabes du silence”.

Des soldats de la Sécurité Centrale ont fini par entrer dans la mosquée, des témoins oculaires ayant compté une quinzaine de véhicules de la sécurité dans les rues entourant la mosquée.

La police a chargé les manifestants et des dizaines d'arrestations ont eu lieu, y compris au moins 40 membres du parti d'opposition des Frères Musulmans qui préparaient les manifestations de vendredi.

Les manifestations ne se sont pas limitées au Caire, la capitale, mais ont eu lieu dans toute l'Égypte, d'Alexandrie à Al Minya, Assiout, Sohag, Fayoum, Suez, Dakahleya, Qalyub, Port Saïd, Kafr El Cheikh, Assouan, Munufeya et El Arish. Les forces de sécurité égyptiennes ont aussi visé les journalistes alors que les manifestations se sont poursuivies sans faiblir depuis le début de l'attaque israélienne. Environ 200 journalistes et activistes ont été à ce jour arrêtés alors qu'ils couvraient ces manifestations massives.

Les manifestations ne se sont de même pas limitées aux artistes ou à des activistes éminents ou au parti des Frères Musulmans, mais partout la colère des étudiants et des enseignants a éclaté. Salma poursuit :

Des manifestations d'étudiants ont également eu lieu sur les campus de toute l'Égypte. Des syndicalistes, des enseignants et des étudiants ont manifesté massivement pour condamner “la machine de guerre israélienne” et “le silence des états arabes”.

Une série de manifestations se sont tenues à l'Université du Caire, mais la présence policière a été importante, avec un pouvoir égyptien inquiet que les étudiants puisse s'en prendre à l'ambassade israélienne voisine.

Environ 800 étudiants Frères Musulmans de l'université Helwan ont organisé une manifestation continue de solidarité avec Gaza, et à l'université Al Azhar plus de 4 000 étudiants ont protesté tout au long de la semaine dernière malgré une forte présence policière qui les a empêchés de ganer les rues.

L'université Aïn Shams a également été le théatre de deux manifestations la semaine dernière, l'une menée par le Dr. Ahmed Zaki Badr, Président de l'Université, et l'autre par l'association des étudiants Frères Musulmans.

Elle conclut enfin son article par un aperçu des autres réactions citoyennes :

Comme les protestations à travers le monde arabe, les manifestations ont été diverses en Égypte, avec des participants de diverses origines, laïcs, islamistes, gauchistes, étudiants, journalistes et autres.

Des centaines d'artistes, d'acteurs et d'écrivains ont organisé une manifestation à Gizeh la semaine dernière condamnant l'agression israélienne. Les manifestants ont demandé l'arrêt immédiat de l'exportation du gaz égyptien vers Israël et l'expulsion de l'ambassadeur israélien. L'acteur Khaled Elsawy [en anglais], l'écrivain Fathia Elassal et le Professeur Ahmed Sakhsookh sont quelques uns des artistes qui ont participé à cette action de protestation.

Le Barreau et l'Ordre des Médecins ont également organisé des manifestations, et le Comité Populaire Égyptien pour la Solidarité a signé une pétition demandant que le gouvernement égyptien ouvre le passage de Rafah et l'expulsion de l'Ambassadeur d'Israël.

Ce groupe a aussi appelé à la cessation de toute forme de normalisation avec Israël, et il a annoncé qu'il organiserait un convoi d'aide pour Gaza.

Per Bjorklund, [en anglais] un activiste suédois qui vit en Égypte, a participé à un convoi de solidarité pour Rafah, avec une centaine d'activistes égyptiens et étrangers. Il était organisé par le Comité Populaire Égyptien pour la Solidarité avec le Peuple Palestinien [en arabe], dans le but de demander l'ouverture complète de la frontière entre l'Égypte et Gaza. Bien que le convoi n'ait pas atteint la frontière, en utilisant avec intelligence la désobéissance civile la caravane a presque atteint El Arish avant d'être obligée de faire demi-tour. Selon les organisateurs c'est le premier convoi de cette importance à avoir réussi à s'approcher autant de Rafah depuis 2004.

Il explique cette action :

Le groupe d'activistes a réussi à forcer trois points de contrôle en faisant des sit-ins dans la rue, en bloquant pour de bon la circulation et en provoquant la panique parmi les policiers alors que les semi-remorques et les minibus commençaient à faire la queue des deux côtés. Mais au quatrième point de contrôle, à peu près à mi-chemin du canal de Suez et de El Arish, il y avait des agents de la sécurité d'état. Après avoir obligé les reporters de deux chaînes de télévision à retourner au Caire, pour une raison qu'on n'allait pas tarder à comprendre, ils ont autorisé le convoi à poursuivre sa route avec une escorte policière. Alors que beaucoup d'activistes pensaient à ce moment avoir gagné et être sur le point d'arriver à El Arish, cela n'a pas tardé à se révéler être un piège.

10 à 20 kilomètres avant El Arish, au milieu du désert, la route était bloquée par 4 camions de la sécurité centrale et une petite armée de policiers avec l'équipement anti-émeutes complet, y compris des policiers armés de fusils probablement chargés avec des balles en caoutchouc ou des grenades lacrymogènes. En l'absence de caméras ou de témoins, les activistes ont craint (avec raison) d'être chargés dès qu'ils seraient descendus du bus. Certains voulaient sortir malgré tout, mais le chauffeur du bus a refusé de s'arrêter ou d'ouvrir la porte. En criant “je ne peux pas, je ne peux pas”, il a fait demi-tour, clairement terrifié par le spectacle et sachant qu'il risquait autant que les activistes, ou pire, bien qu'il n'avait rien à voir avec le convoi.

Alors que la plupart des participants s'attendaient à être raccompagnés par la police et que plusieurs avaient déjà été arrêtés plein de fois lors de manifestations, beaucoup ont été bouleversés par cette démonstration de force, et terrifiés par l'idée d'être encerclés par la police anti-émeutes toute équipée au milieu du désert. Et même ceux qui auraient préféré d'essayer au moins un rassemblement symbolique devant le bus craignaient que cela ne mène finalement qu'à la perte de toutes les photos et images prises depuis le début de l'expédition.

À la fin de cette action, les participants avaient des sentiments variés, que rapporte Per Bjorklund :

Sur le chemin du retour pour Le Caire l'humeur dans le bus était partagée entre satisfaction, d'avoir réussi à aller plus loin que les autres convois, et colère et frustration.

“La chose qui me met le plus en colère”, explique le blogueur gauchiste et artiste digital Mohamed Gaber [en arabe], “c'est le fait que nous fêtions la récupération du Sinaï [après la guerre d'octobre 1973] comme une grande victoire, mais il n'appartient pas encore au peuple”.

Pour finir, dans son dernier billet, Egy Diva [en anglais] résume ses sentiments sur la situation actuelle en Égypte :

Et quand je lis que des milliers de manifestants défilent dans toute l'Égypte, se répandant en dehors du Caire, de Damiette à Sohag et à Alexandrie, je suis impressionnée et je pense que je me demande si je ne suis pas remplie d'espoir. Mais quand je lis que la police égyptienne a dispersé ces manifestations avec des gaz lacrymogènes et des matraques électriques, qu'elle disperse les manifestants en les frappant, je ne pense pas à Gaza. Je pense qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Et je pense est-ce que quelqu'un l'a même remarqué ? Et je pense qu'il devrait y avoir un article là-dessus, que tous les articles dans tous les journaux nationaux devraient en parler. Je pense que non, dans ce débat agité, la brutalité égyptienne de la répression des manifestations au sujet de Gaza ne devrait pas être enfouie dans un papier à propos de Gaza, et à nouveau je me sens obligée de penser : et alors au sujet de Gaza…. Et ça continue. Ça s'enchaîne, ça s'emballe.

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