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Israël : Des voix contre la violence

La blogosphère en hébreu est actuellement en plein conflit entre le “bien” et le “mal”, le soutien ou l'opposition, et sur ce que cela signifie d'être patriote en Israël, tout en condamnant ses actions. Dans ce billet, le blogueur israélien Gilad a traduit de l'hébreu quatre articles différents de la blogosphère israélienne, qui font ressortir comment leurs auteurs se débattent avec les graves dilemmes d'une guerre. Une guerre où les informations sont biaisées ; où un côté est considérablement  plus puissant que l'autre ; où des civils innocents sont utilisés comme boucliers humains et où le bilan des morts est élevé.

Dans le premier billet, Raviv Drucker réagit [en hébreu] à la pétition en ligne contre la présentatrice de télévision Yonit Levi  (en français) en riposte au fait qu'elle ait exprimé une opinion personnelle en présentant les informations :

La pétition contre Yonit Levi est laide et répugnante. Chaque round fait étalage d'un étrange sens du «patriotisme». Pendant la seconde Intifada, Ariel Sharon avait refusé de continuer, parce que cela rendait possible la diffusion d'un entretien avec Yasser Arafat sur la 1ère chaîne nationale. L'interview a d'ailleurs causé un immense dommage à l'image d'Arafat, qui avait l'air d'un homme sonné. Ce que nous retiendrons probablement du présent épisode, c'est cette pétition. Ses signataires écrivent, hypocritement, que ceci n'est pas une question de gauche ou de droite. Qu'elle ne peut pas faire état de ses opinions (évidemment, elle le peut seulement si elles correspondent aux opinions des auteurs de la pétition) et qu'elle a exprimé de la compassion pour les Palestiniens. Grand Dieu ! N'a-t-elle pas de coeur ? Comment peut-elle penser à un autre peuple quand nous souffrons autant ? Même si des centaines de civils ont été tués là-bas.

Dans une telle période, les gens s'attendent à ce que vous considériez les communiqués des Forces de Défense Israéliennes (IDF) comme dignes de confiance, ou du moins, plus crédibles que la version palestinienne. Nous avons tous vécu de nombreux événements au cours desquels nous l'avons cru, et continué à le croire, jusqu'à ce qu'il devienne évident qu'on nous a trompés. Parfois par négligence. Une fois, la roquette qassam qui était photographiée sur une ambulance s'est révélée être un brancard. Une autre fois, les maisons que les IDF (forces de défense israéliennes) avaient promis de ne pas détruire à Rafah, ont été détruites. Une troisième fois, un journaliste a été tué, dans des circonstances différentes de celles expliquées par les IDF. Il y a eu quelques autres incidents, qui ont gravé un élément de scepticisme dans ma conscience vis à vis du porte-parole des IDF. Cette opération elle aussi ne manque pas de soulever des doutes. Le camion qui a été bombardé, dont on croyait qu'il transportait des missiles Grad, transportait en réalité des réservoirs d'oxygène. Une école a été bombardée parce que des missiles avaient été tirés à partir de là, et ceux qui lançaient les missiles, selon le porte-parole des IDF, ont été tués par les bombes et cachés par les Palestiniens. Je voulais vraiment croire cela, parce que les civils qui y sont morts pesaient lourdement sur ma conscience. Hier , il y a eu un petit avis (je crois dans le quotidien Haaretz) disant que l'enquête des IDF a découvert que ceux qui tiraient les missiles se trouvaient dans un rue adjacente à l'école. Le bombardement des IDF en riposte au tir de missile a pris en considération une possibilité de déviation à partir de la cible. Je pense qu'il y a eu quelqu'un qui n'a pas voulu tirer, mais l'a quand même fait, et a touché l'école. Les IDF affirment qu'il y a eu 7 morts. Les Palestiniens disent 40. Je voudrais être en mesure de croire les IDF.

Yoav Karni souligne [en hébreu] comment, à ses yeux, les politiciens israéliens réussissent très mal à justifier leurs actions auprès du reste du monde :

La brutalité, la défensive et l'insensibilité ont toujours caractérisé les orateurs israéliens. On peut comprendre pourquoi. Ils rencontrent des murs d'incompréhension et de haine. Il leur semble tellement évident que leurs auditeurs ne comprennent rien. Tzipi Livni s'est plainte cette semaine dans un entretien avec un journaliste hostile de la BBC de «la différence entre l'impression de ce que nous sommes réellement et la manière dont on nous sommes présentés».

Elle se trompait. Les gens n'aiment pas écouter s'apitoyer sur lui-même un pays qui déverse cent tonnes de bombes par jour sur une ville densément peuplée. Les gens ont tendance à douter de la bonne conscience. Madame Livni ne devrait pas continuer à vanter nos «valeurs». Nous savons tous ce qu'elle veut dire, mais en ce moment, on n'accepte pas l'auto-satisfaction sur les valeurs des IDF.

Pas quand cinq jeunes soeurs palestiniennes mortes s'étalent à la une. Pas quand de jeunes parents angoissés sortent des bébés des décombres fumants (d'ailleurs, c'était sans doute la photo la plus célèbre dans le monde pendant les premières 48 heures de l'opération «plomb durci»).

Pas quand les journalistes continuent à souligner la «disproportion». Le Guardian britannique, un de nos plus grands ennemis journalistiques du monde occidental, a compté cette semaine les pertes palestiniennes, morts et blessés, et a affirmé : «Ceci est une réaction aux centaines de roquettes tirées par les militants du Hamas, qui ont tué un Israélien durant les six derniers mois.» Mais les équations sont toujours dans ce sens.

Toujours dans ce sens.

Ce qui, à l'évidence soulève cette question : combien d'Israéliens devront-ils mourir pour que les journalistes du Guardian reconnaissent le droit d'Israël à protéger ses citoyens ?

Eyal Gross décrit [en hébreu] comment on peut encore être patriote et être opposé à la guerre :

Etre opposé à la guerre ne veut pas dire qu'on ne reconnaît pas le fait que lancer des missiles qassam sur des Israéliens est un acte terrible, atroce et méprisable.

Etre opposé à la guerre ne veut pas dire qu'il faut ignorer la souffrance des habitants de Sdérot et du reste du Sud, qui ont supporté les fusées qassam. Je dis le contraire.

S'opposer à la guerre découle de la conviction que les combats et la violence ne résoudront pas le problème des qassam, ni ne règleront nos relations avec le Hamas. De la même façon que les missiles pendant la deuxième guerre du Liban et les missiles scud irakiens de 1991 n'ont pu être arrêtés que par un accord de cessez-le-feu.

S'opposer à la guerre résulte de la compréhension du fait que, puisqu'à la fin il y aura de toute façon un accord de cessez-le-feu, nous retournerons au point de départ, avec seulement plus de mort, de blessures et de haine de part et d'autre.

S'opposer à la guerre vient de l'idée que nous devons essayer d'autres voies.

S'opposer à la guerre signifie ouvrir les yeux et comprendre combien de civils palestiniens innocents nous sommes en train de tuer. Regardez le texte des droits de l'Homme parlant des élèves tués dans l'établissement de l'ONU, et des enfants tués. Je crois que ces tueries sont moralement mauvaises, et qu'elles vont créer une haine telle qu'elle ne fera qu'accroître la violence contre Israël.

Je crois qu'il y a une explication simple. Quand un qassam est tiré sur Sdérot, chacun en Israël convient que cet acte est mauvais, honteux et atroce. C'est aussi le cas lorsqu'un civil israélien innocent est blessé. Toutefois, il y a un large consensus en Israël pour dire qu'attaquer Gaza est bien, et quand nous tuons des Palestiniens, si vraiment on en parle, c'est habituellement considéré comme légitime. D'habitude, il n'y a pas besoin d'écrire l'évidence, c'est-à-dire «Je suis moi aussi contre les missiles qassam» – bien sûr que je suis contre, comme tous les Israéliens que je connais. Il faut que nous exprimions les opinions moins évidentes parmi celles qu'on ne mentionne pas.

Et pour conclure, Mishka réagit [en hébreu] au nombre brutal de morts annoncés à Gaza :

Le ratio entre civils et miliciens armés du Hamas est sévère, même selon les communiqués des IDF. Oui, je sais très bien que le Hamas utilise cyniquement et délibérément des enfants et des civils comme boucliers humains. Et oui, je sais que pendant une guerre, les civils sont atteints. Mais quand le feu s'arrêtera, et que la fumée noire se dissipera au-dessus de la bande de Gaza, nous resterons avec notre conscience; avec des images de destruction et de mort.

Note: L'auteur du billet traduit ici, Gilad, prie les lecteurs de Global Voices de l'excuser de ne pas avoir publié de points de vue israéliens pendant les deux dernières semaines. Il était absent d'Israël et vient seulement de rentrer. Tandis qu'il passe au crible la blogosphère en hébreu, il vous invite à lui envoyer des liens URL de billets qui vous paraissent dignes d'intérêt.

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