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Israël : Deux partis arabes israéliens interdits d'élection

Des élections auront lieu en Israël le 10 février 2009. La Commission électorale centrale d'Israël a décidé d'interdire à deux partis politiques palestiniens arabes d'y participer. Dans ce billet, nous lirons les réactions des blogueurs d'Israël et d'ailleurs.
Les citoyens palestiniens d'Israël, appelés aussi arabes-israéliens, représentent près de 20 pour cent de la population israélienne. Sur les 120 sièges de la Knesset (parlement), 12 sont occupés par des députés arabes (MK), dont 7 appartiennent aux partis qui ont été interdits d'élections : le Parti arabe unifié Arab List-Ta'al (UAL-Ta'al) et la Balad… La Commission électorale centrale, composée de représentants des principaux partis politiques, a voté une proposition soumise par deux partis ultranationalistes, basée sur l'accusation que AUAL- Ta'al et le Balad sont responsables d'incitation et d'appui à des groupes terroristes et qu'ils ne reconnaissaient pas le droit à l'existence d'Israël. Ces accusations ont été précédées de dures critiques de ces partis contre les attaques d'Israël sur Gaza et l'arrestation de plusieurs centaines de manifestants palestiniens ces dernières semaines.
Les deux partis concernés veulent contester cette décision auprès de la Cour suprême, et il est fort probable que l'interdiction sera levée. Ce qui n'a pas empêché des blogueurs d'exprimer leur colère.
Yudit Ilany est une Israélienne qui vit à Jaffa, et elle écrit sur OCCUPIED [en anglais, comme tous les blogs cités ensuite] :

Autrefois, Israël était considérée comme un état démocratique. Et il remplissait plus ou moins les critères occidentaux normaux pour être reconnu comme tel. […] Plus jamais.

Elle ajoute :

Il y a une contradiction inhérente au concept «d'état démocratique juif ». En termes plus simples : dans un état démocratique, tous les citoyens sont égaux. Le fait que l'on soit juif, musulman ou chrétien ou sans religion ou d'un quelconque groupe ethnique n'a aucune importance. Si un groupe ethnique devient plus important qu'un autre, cela n'a pas d'importance. […] Il y a eu de larges et francs débats en Israël sur « la question démographique ». Ce qu'on entend par ça : « Qu'adviendra-t-il si, en Israël, il y a plus d'arabes que de juifs ? ». Naturellement, dans un tel cas, il n'y aurait plus un Etat à majorité juive. Et c'est ce qui effraie les gens en Israël. Je peux comprendre ce sentiment de peur. Il est basé sur une longue histoire d'antisémitisme. Mais je ne peux pas justifier les conséquences de cette peur. Si l'état d'Israël veut être une démocratie, il doit prendre en considération son caractère ethnique et multiculturel ainsi que son histoire de colonialisme. Il doit se poser des questions sur le sionisme et la naqba. Il doit se poser des questions sur les droits à l'immigration et les droits civiques des groupes minoritaires. On doit se poser des questions sur les mariages inter-religieux. On doit trouver des solutions. Le résultat du vote d'hier indique clairement qu'Israël n'est pas prêt à faire ça. Je m'attends à ce que la Cour suprême d'Israël annule cette décision honteuse d'hier et que les deux partis participent aux élections et obtiennent des représentants à la Knesset. Cela n'a jamais été aussi clair : il y a une contradiction entre un état basé sur une ethnie et une démocratie.

Nasrawi est basé à Nazareth :

Les partis arabes ont été bavards, comme d'habitude, contre le ciblage de civils par les forces belligérantes, en particulier au cours de cette guerre contre Gaza, et en réponse, ils ont organisé de nombreuses manifestations. En outre, ils souhaitent depuis plusieurs années un “état de tous les citoyens” – ce qui veut dire, pas un état basé sur des particularités ethno-culturelles ou raciales – mais un état démocratique, où tout citoyen jouit des mêmes droits et protections. Ce qui n'est pas le cas de l'état d'Israël. Sa Constitution n'accorde la nationalité qu'aux juifs, excluant 18 pour cent de ses citoyens, les arabes palestiniens. La Commission [électorale centrale] a conclu que ces manifestations et ces appels pour un état de tous les citoyens mettent en péril le droit de l'état d'Israël à exister, constituent un appui à des groupes terroristes ou les incitent au terrorisme ! […] Hassan Jabareen, chef de l'ONG Adalah a relevé que jamais au cours du 20ème siècle un parti politique n'a été interdit de participation sous la bannière « Un état pour tous ses citoyens » à l'exception de l'Afrique du sud, dans les années 60. […] Je pense que le masque est vraiment tombé maintenant. Le “seul état démocratique” du Moyen-Orient est en train de révéler au monde sa vraie nature. La dissidence est absolument interdite. Les dissidents ne seront même pas autorisés à participer aux élections. Venez, venez tous voir – venez voir comme la façade est en train de s'effondrer !

Le blogueur américain Richard Silverstein a écrit sur le blog Tikun Olam  :

Vous devrez m'excuser de demander si la décision de la Commission électorale de la Knesset d'empêcher trois partis politiques arabes de participer aux élections du mois prochain ne rappelle pas l'Iran plutôt que les démocraties occidentales. Les ayatollahs décident qui doit participer aux élections législatives et rejettent les candidats uniquement parce qu'ils ont porté les mauvaises couleurs et d'autres idioties semblables. Je crains qu'Israël ne soit pas trop loin derrière. […] Premièrement, les deux partis juifs qui ont porté plainte eux-mêmes ne croient pas en la démocratie israélienne. Avigdor Liberman, le leader d'un d'entre eux, soutient souvent en public que tous les arabes devraient être pendus aux poteaux électriques et que les avocats des droits humains sont tous des kapos- Intéressant, non ? En plus, le représentant du Parti travailliste dans cette Commission électorale a voté pour l'exclusion de tous les partis arabes ! Si ce n'est pas là un signe indicatif de la ruine de ce parti, je ne sais ce que c'est. Enfin, les arabes israéliens sont accusés de ne pas reconnaître l'état d'Israël alors qu'ils ont des membres élus à la Knesset. […] Et ne vous y trompez pas, le chauvinisme de plusieurs citoyens d'Israël, malgré sa sauvagerie à Gaza c'est ce qui motive ce racisme contre les citoyens arabes israéliens. Les politiciens juifs israéliens ne voient aucun mal à s'attaquer aux droits de la minorité non juive. Après tout, en Israël, c'est la chasse à tout ce qui rappelle même de loin le Hamas. Si vous aimez la démocratie israélienne, voici une situation effrayante, même si la Cour suprême annulait cette comédie.

Un autre blogueur américain, Dennis Fox, écrit :

Un des refrains les plus communs parmi ceux qui regardent Israël à travers des lentilles centrées sur Israël, est que ce pays est « la seule démocratie au Moyen Orient ». […] L'incompatibilité théorique et pratique entre être un Etat juif et une démocratie était au cœur des cours que j'ai enseignés à l'Université Ben Gourion d'Israël en 2006. Si la démocratie est au-delà de la règle de la majorité – si, comme nous le pensons aux Etats-Unis, il y a des droits individuels que même les majorités ne peuvent annuler – alors, la comparaison entre la démocratie israélienne et la théorie et la pratique de celle-ci avec d'autres états démocratiques rend la version israélienne profondément défectueuse.
La Commission électorale centrale a voté à une large majorité l'interdiction aux deux partis politiques arabes de participer aux élections de féévrier. Comme l'explique le Jerusalem Post, citant la Section 7A de la Loi fondamentale d'Israël :« Une liste de candidats » ne participera pas aux élections à la Knesset si ses objectifs ou actions, expressément ou implicitement ,incluent une des clauses suivantes : (1) la négation de l'Etat d'Israël comme un Etat juif et démocratique ; (2) l'incitation au racisme ; (3) l'appui à une lutte armée contre Israël, en aidant un état ennemi ou une organisation terroriste.
Avec tant de citoyens palestiniens israéliens qui protestent contre l'assaut sur Gaza, les dissensions dans la société israélienne sont plus profondes que jamais. Les leaders arabes israéliens sont en train de travailler du mieux qu'ils peuvent pour changer la politique israélienne, qui, je pense, tomberait sous le coup de la troisième clause du paragraphe cité. Mais au cours de ces dernières années, c'est la première clause qui m'a semblé la plus importante. Cette clause exclut tout parti politique souhaitant une totale égalité entre juifs et palestiniens israéliens, dans un état qui ne pratiquerait aucune discrimination entre les deux. Exiger qu'Israël devienne « un état de tous ses citoyens » plutôt que l'«état du peuple juif » viole alors l'exigence que tous les partis acceptent Israël comme un état dans lequel les préoccupations [des Israéliens] juifs comptent le plus. 

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