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Cambodge : La démolition de Dey Krahorm

Samedi 24 janvier 2009, Jinja [en anglais] a reçu ces messages :

02:45 : Toutes les routes ont été coupées. À peu près 70 policiers et une centaine de démolisseurs. Des policiers sur le toit des bâtiments et encerclant le “Groupe 78″ [nom du quartier en question]. Autour vingt observateurs et des médias à l'intérieur. Deux heures et demie avant le lever du jour. SVP, envoyez vos messages sur le goupe Facebook [en anglais].

LICADHO : De collègues qui viennent juste d'arriver à DK : il y a environ 250 policiers diversement équipés, y compris des policiers anti-émeutes, deux canons à eau, plus de 250 ouvriers en tenue bleue ou blanche avec des barres, des masses, des haches et plusieurs camions.
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Bridges Across Borders : Dey Krahom est en train d'être évacué par la force. Venez s'il vous plaît si vous le pouvez et faites passer cette info à tous ceux que vous connaissez.

Le bidonville de Dey Krahorm à Phnom Penh a été détruit [en anglais]. On estimait que 800 à 1 400 personnes y habitaient en 2005. La Ville a estimé qu'il n'y restait que 90 familles.

En plus de la violence qui a accompagné l'éviction de ses habitants, la démolition de Dey Krahom a attiré l'attention des médias parce que c'est “l'une des plus grosses opérations immobilières de ces dix dernières années”. Mais les autorités de la Ville ont refusé d'admettre que cette opération était une expulsion [en anglais] :

Le Gouverneur adjoint de Phnom Penh Deputy Mann Chhoeun a déclaré que cette opération n'était pas une expulsion. “La démolition des maisons de Dey Krahorm n'est pas une expulsion, elle a juste pour objectif de dégager des terrains pour des constructions”.

Vidéo montrant la démolition de Dey Krahorm.
Jivy [en anglais] a pu suivre la démolition :

Des forts martellements m'ont réveillée ce matin. Inquiète de la provenance de ces bruits, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu des centaines d'hommes habillés en vert en train de démolir à coups de masse les petites maisons devant l'immeuble où vit toute ma famille. C'était la première fois que je voyais un tel spectacle et j'avais la chair de poule. Il y avait beaucoup de policiers qui bloquaient le chantier et des centaines de spectateurs ont regardé depuis chez eux comment leurs compatriotes Cambodgiens ont détruit en peu de temps les maisons d'autres gens.

Une par une les maisons ont été détruites, j'ai vu de la fumée de loin mais je ne sais pas si c'était des gaz lacrymogènes ou des extincteurs. J'ai vu des habitants qui se tenaient devant les maisons qui criaient de colère contre les démolisseurs, et certains ont même été blessés parce qu'ils ne voulaient pas bouger et ont été obligés de se battre avec les policiers.

Je ne connais pas toute l'histoire derrière ce spectacle horrifiant, je ne sais pas si le terrain appartient à l'état ou à un propriétaire privé. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a des gens dans la rue aujourd'hui qui demandent plus de temps pour discuter de ce sujet avant de démolir. Mais des gens sans cœur n'ont rien voulu entendre.

KI-Media a interrogé des habitants du quartier [en anglais] de Dey Krahorm :

La femme a alors hurlé aux policiers : “Vous êtes Cambodgiens, mais vous voulez tuer des Cambodgiens. Vous avez détruit ma maison. Vous êtes comme les bandits”.

Une habitante de Dey Krahorm reste assise sur les restes de sa maison, en attendant qu'un camion l'emmène à un autre endroit. “Je n'ai pas d'argent”, dit-elle. “Qu'est-ce que je peux faire ? Je ne sais pas où dormir. Je ne peux rien faire car ils ont tout détruit”.

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jinja

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Photos avec l'autorisation de Jinja.

Tripping in Cambodia [en anglais] est en colère contre “le manque total de respect pour les droits des gens et les besoins élémentaires de la vie humaine” :

La semaine dernière, j'ai visité un quartier appelé Dey Krahorm. Aujourd'hui ce quartier n'existe plus. La semaine dernière j'ai remercié des enfants qui jouaient devant leur maison. Aujourd'hui ces enfants n'ont plus de maison. La semaine dernière je suis entré sur leur terrain avec un sourire amical et un mot de soutien. Aujourd'hui, leur terrain a été envahi par des centaines de soldats et de policiers anti-émeutes, avec des gaz lacrymogènes et des bulldozers. Et aujourd'hui ils ne possèdent plus rien.

Ce matin, j'ai regardé avec horreur les centaines de policiers qui encerclaient Dey Krahorm. Plus tard, on m'a raconté les histoires horribles à l'intérieur du quartier. Les bulldozers qui rasaient les maisons alors que leurs habitants, leurs propriétaires légaux, tentaient de récupérer dans les débris leurs biens. 150 familles, dont beaucoup vivent dans le quartier depuis 25 ans, viennent d'être brusquement et brutalement jetées à la rue.

Je suis en colère contre le manque total de respect pour les droits des gens et les besoins élémentaires de la vie humaine, le manque de respect pour des procédures légales en bonne et due forme, parce que ces gens sont pauvres et n'ont aucun pouvoir, alors que la société qui veut acquérir le terrain est riche et puissante.

Samphors, dans un commentaire à un billet sur A Photo Diary [en anglais], défend un point de vue différent :

Je pense qu'on les avait prévenus et bien informés, et qu'ils ont été convenablement indemnisés. Mais c'est plutôt qu'ils ont refusé ce dédommagement et qu'ils demandé plus qu'ils ne méritaient. Par dessus tout, ils ne sont pas propriétaires du terrain. Le propriétaire légitime doit récupérer son bien dans l'intérêt du développement du pays. Je parle avec seulement mon expérience passée de cas similaires. Pardonnez-moi si mon point de vue est différent.

Le groupe Facebook Cambodia Evictions Update [en anglais] compte déjà 246 membres [le 26 janvier 2009]. On peut voir d'autres photos de la démolition sur Flickr et sur la page Multiply de Jivy. La vidéo ci-dessous est un reportage [en anglais] sur des habitants de Dey Krahorm.


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