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Monde arabe : Réactions à l'interview d'Obama sur Al Arabiya TV

Que le nouveau Président des États-Unis Barack Obama accorde son premier entretien, le 26 janvier 2009, à une chaîne de télévision arabe a été une surprise pour beaucoup. Certains sont plus optimistes après avoir entendu Barack Obama, d'autres ont été déçus. Par contre, presque tout le monde s'est posé des questions sur le choix de la chaîne Al Arabiya pour cet entretien.

Dubai Guy [en anglais] cite un extrait de ce qu'a déclaré Barack Obama, et partage son enthousiasme à propos de cet entretien :

Avoir regardé l'interview d’Obama m'a redonné un peu de l'optimisme que j'avais perdu. Qu'il ait donné sa première interview officielle à une chaîne arabe en dit beaucoup. Comme le fait qu'il prévoit de s'adresser au monde musulman pendant ses 100 premiers jours depuis une capitale musulmane renforce ma conviction qu'il est sérieux.

Zeinobia [en anglais], une Égyptienne, a intulé le billet qu'elle a écrit à ce sujet “Bon moment, mais mauvais choix de la chaîne”, en se demandant si c'était une bonne idée de faire diffuser cette interview par Al Arabiya, qui n'est pas la chaîne favorite de la majorité des Arabes. Elle aurait préféré la BBC en arabe.

Rob [en anglais] ne partage pas cette dernière option et pense qu'il aurait mieux valu que Barack Obama accorde l'entretien à Al Jazeera :

Pourquoi ne pas avoir choisi Al Jazeera, qui est bien plus populaire et opposée à la politique étrangère des États-Unis ? Al Arabiya est perçue par beaucoup de gens au Moyen-Orient comme une officine de propagande en faveur des régimes conservateurs alliés des États-Unis. Pourquoi n'avoir pas laissé quelqu'un comme Ahmed Mansour [en anglais] conduire l'interview ? Cela aurait fait vraiment forte impression sur le public visé. Bon, si ce n'est pas le Président, qu'au moins quelqu'un d'important, disons Hillary Clinton, se retrouve face à face avec Ahmed Mansour. Si cela se produisait, je pense que des sceptiques comme Ibrahim Eissa ou Fahmi Howeidi reconnaîtraient au moins le geste.

The Arabist [en anglais], dans un billet intitulé “Le passage d'Obama à la télé” répond à Zeinobia et à Rob :

- Le choix de Al Arabiya a été très probablement un geste en faveur des Saoudiens, et Obama a souligné l'importance de leur Initiative Arabe, qui avait été rejetée par Israël et par les États-Unis sous Bush.
– Cependant le choix d’Al Arabiya pose problème, c'est la chaîne surnommée Al Hibriya (la Juive [par opposition à Al Arabiya, qui veut dire l'Arabe] ), à cause de sa couverture de la crise de Gaza et parce qu'elle défend en général le point de vue de Riyad, du Caire et d'autres alliés des États-Unis posant problème. Cela confirme que Obama ne critiquera pas, comme Bush depuis 2006, les problèmes intérieurs de l'Égypte et de l'Arabie Saoudite, et qu'il n'y aura pas une redéfinition des relations des États-Unis avec ces états. Mais si vous pensiez que cela allait arriver, vous êtes stupides.
Obama aurait-il dû choisir Al Jazeera à la place ? Sans doute pas, à la fois pour des raisons intérieures (il se serait exposé à la critique, même si ce n'est pas certain) et parce que les États-Unis se plaignent vraiment de Al Jazeera. Mais il devra passer à un certain moment sur Al Jazeera, en particulier s'il est sur le point de lancer une initiative majeure en vue de la résolution du conflit dans la région. Et puis, malgré son manque d'objectivité, Al Arabiya est la deuxième des chaînes pan-arabes (Dans beaucoup de pays, comme ailleurs dans le monde, les Arabes regardent surtout leurs chaînes nationales).
– Le prochain geste d'Obama devrait être de fermer Al-Hurra. C'est un gaspillage d'argent sans aucune utilité.

Le blog syrien the damascene blog [en anglais] est très sceptique. Il exprime en outre sa déception, à cause de l'utilisation par Obama de l'expression de l'ancien Président des États-Unis George W. Bush d'un “partenariat sérieux” :

Ce qui m'a déçu dans l'interview n'a pas été l'engagement sans surprise d’Obama en faveur de la sécurité d'Israël, et de l'alliance entre les États-Unis et Israël, mais son adoption inattendue d'une expression idiote de Bush :

“Je crois également qu'il y a des Israéliens qui pensent qu'il est important d'aboutir à la paix. Il seront prêts à faire des sacrifices si le moment est approprié et s'il existe un partenariat sérieux de l'autre côté”.

Un moment approprié  ? Un partenariat sérieux ? N'est-ce pas les mêmes idioties que Bush ? N'est-ce pas ce que le duo Sharon-Bush a trouvé pendant la seconde Intifada ? Sharon a alors envahi la Cisjordanie et déclaré que Yasser Arafat n'était plus un partenaire pour la paix. Le processus de paix a été bloqué pendant des années parce qu'il n'y avait pas de “partenaire sérieux de l'autre côté de la table”, tandis que “l'homme de paix” de Bush continuait de faire souffrir le peuple palestinien. Pour trouver ce “partenaire sérieux”, Arafat a été mis sur la touche et obligé de nommer Abbas comme Premier Ministre. Et puis Abbas a été obligé d'organiser des élections “démocratiques”, et alors il n'y a eu une fois encore plus de partenaire.
Les Arabes doivent traiter avec la vermine politique israélienne (Sharon, Olmert et Netanyahou dans quelques semaines) tandis qu'Israël a la possibilité de se choisir un “partenaire sérieux”. Ce qu'ils veulent est un partenaire fantoche. Et alors le moment sera approprié pour une soi-disant paix.
Quel changement.

Kalash [en anglais], un blogueur d'origine palestinienne et libanaise, apporte sur KABOBfest un commentaire approfondi sur l'interview, et, comme The Arabist, il fait allusion à la chaîne américaine Al Hurra :

L’ interview était menée par le responsable du bureau de Al Arabiya à Washington, Hisham Melhem. Ce n'était pas percutant… et l'interminable série de questions était typique des journalistes arabes qui sont plus préoccupés d'apparaître informés que d'obtenir des informations intéressantes des personnes interviewées. Quelle qu'en soit la raison, Melhem a été beaucoup trop gentil.
[…]
D'un point de vue américain, dans le domaine des médias, Al Arabiya représente les modérés et Al Jazeera les radicaux. Bien que de telles généralisations soient inexactes et injustes, il y a des explications à cela. Al Jazeera est bien connue pour avoir une certaine sympathie pour la Résistance palestinienne. Et si l'on regarde les informations sur Al Arabiya, on a souvent l'impression que sa ligne éditoriale n'est pas trop éloignée des projets du gouvernement des États-Unis. Cela soulève la question : pourquoi Washington gaspille des centaines de millions pour Al Hurra et son audience insignifiante ?

Enfin MrEgypt [en anglais] met en ligne un excellent billet, une analyse en profondeur qui souligne l'importance d'une telle interview, et ce à quoi le monde arabe doit à présent porter attention :

Je ne peux trouver qu'une explication à toutes ces histoires sur les propos d’Obama : il succède à Bush. Je n'ai remarqué pratiquement aucune attention portée par les Arabes de la rue à cet entretien, de même que je n'ai trouvé dans les médias arabes que quelques allusions en passant.
[…]
Je pense que le seul problème dans le monde arabe sera de comprendre ce qu’Obama a voulu dire par “tendre la main au monde musulman” ou “reprendre les négociations entre les Palestiniens et les Israéliens”, qui, entre parenthèses, négocient depuis la fondation de l'état d'Israël il y a 60 ans, ou être quelqu'un qui “écoute”. Qui écoute qui ?

MrEgypt commente également la réponse d’Obama à la question “Sera-t-il encore possible de voir un état palestinien ?”, et répète qu'il n'est pas possible d'obtenir la paix dans la région sans un changement de politique qui comprenne le point de vue palestinien :

Ainsi, si l'objectif d’Obama est de “communiquer avec le monde arabe [pour lui faire comprendre] que les États-Unis ne sont pas son ennemi”, cela entraîne une approche totalement différente de celle consistant à “écouter et communiquer” avec le monde arabe. En conclusion, les États-Unis ont une politique et une stratégie dans leur rapport avec le monde arabe et le Moyen-Orient, et seul un changement dans cette politique et cette stratégie pourra mener à un certain rapprochement entre ces deux entités.

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