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Blogs de Gaza : “Ils se sont soulagés sur nos vêtements” (dimanche 1er février)

Sur la bande de Gaza, des blogueurs recueillent actuellement des informations sur ce qui s'est passé pendant l'offensive israélienne de décembre et janvier 2009 [voir nos précédentes éditions]. Dans ce billet, nous rencontrons des familles de Gaza dont les maisons ont été pillées et abandonnées pleines d'excréments par les soldats israéliens, nous apprenons quelles sont les conséquences des armes DIME, et l'histoire d'un père dont la petite fille a été blessée par balles au ventre, et que sa femme a allaité tandis que le bébé se vidait de son sang.

Eva Bartlett, activiste canadienne [présente à Gaza durant la guerre, voir nos précédentes éditions] publie un billet (daté du 27 janvier 2009) sur le blog In Gaza [en anglais], dans lequel elle décrit sa visite à Ezbet Abbed Rabbo, à l'est de Jabaliya, une zone qui a été envahie par les soldats israéliens et où beaucoup de logements privés ont été occupés:

La première maison que j'ai visitée a été celle de mes chers amis, chez qui nous étions les soirs précédant le début de l'offensive terrestre. […] Le logement en haut des escaliers. Désordre total. Des excréments sur le sol. Tout cassé. Des boîtes de nourriture de l'armée israélienne ouvertes. Des murs troués par les balles. La puanteur. À l'étage au dessus, deux autres appartements, où vivent les fils, et leurs épouses et leurs enfants, la famille au sens large. Encore plus de désordre, une plus grande puanteur. C'était apparemment leur base principale, à en juger par les cartons de nourriture, repas préemballés, nouilles, boîtes de chocolat,  sandwiches enveloppés dans du plastique, et les vêtements abandonnés par les soldats israéliens. Une paire de pantalons dans la douche, maculée de merde.
F. me dit : “L'odeur était affreuse. Il y avait de la nourriture partout. Une odeur absolument dégoûtante. Ils ont mis de la merde dans les éviers, de la merde partout. Nos vêtements étaient dispersés partout. La dernière fois qu'ils nous ont envahis (en mars 2008), c'était simple. Ils ont tout cassé et nous avons réparé. Mais cette fois-ci, ils ont mis de la merde partout : dans les placards, sur les lits, mon lit est plein de merde”.
Elle est forte et a fait face aux invasions auparavant, mais cette profanation de sa maison l'a démoralisée.
Il y a une minute, Sabreen a ouvert sa penderie : il y avait une cuvette de merde dedans ! Ils se sont soulagés sur nos vêtements. Ils ont cassé la porte des toilettes et l'ont mise dans notre chambre. Je ne sais pas pourquoi”.
[…] Deux jours plus tard, je suis revenue, la maison était beaucoup plus propre, mais la puanteur tenace rappelait toujours le passage des soldats. “Nous avons nettoyé autant que nous l'avons pu, mais c'est tellement difficile. Nous n'avons toujours pas d'eau courante, nous devons remplir des récipients au ravitaillement en eau de la ville”. Je venais de grimper à pieds par la piste sablonneuse, et je sais comme c'est difficile d'y marcher, même les mains vides, alors chargé avec des récipients pesants, ou en essayant de faire rouler des sortes de charrette pour transporter de grandes quantités d'eau. La piste ressemblait à un chemin de terre convenable, avant. Avant qu'il ne soit défoncé, ainsi que la terre autour, par les tanks et les bulldozers israéliens.

Voici quelques photos des abris de fortune dans lesquels sont contraints de trouver refuge beaucoup d'habitants de Jabaliya.

Dans un autre billet (du 29 janvier 2009) Eva Bartlett décrit [en anglais] ce qu'a subi Yousef Shrater, un père de quatre enfants dont la maison a également été occupée :

Youssef Shrater explique de quelle façon les soldats israéliens ont forcé l'entrée de sa maison et donné l'ordre de sortir aux membres de sa famille, en séparant les hommes des femmes et en les enfermant dans une maison voisine, avec d'autres personnes du voisinage. Son père et sa mère, qui vivaient dans un petite baraque à proximité, les ont bientôt rejoints. Les soldats ont alors occupé sa maison pendant toute la durée de l'invasion terrestre, comme le faisaient les soldats israéliens dans tout le secteur de Abed Rabbo, comme dans tout Gaza. Et comme dans les autres maisons occupées, les habitants qui sont retournés dans leurs maisons encore debout ont découvert un vrai désastre de détritus, de vandalisme, de destruction, de déchets d'origine humaine, et beaucoup de biens de valeur volés, y compris les téléphones portables, les bijoux en or, des dollars et des dinars jordaniens, et dans certains cas même des meubles et des téléviseurs, utilisés et abandonnés dans les campements établis par les soldats à l'extérieur des zones occupées. Yousef Shrater dit que les soldats lui ont volé environ 1 000 dollars US, et plus 2 000 dinars jordaniens (environ 2 200 euros) en chaines en or. De retour dans la pièce d'angle, orientée à l'est, Yousef Shrater fait le tour d'un trou d'environ 1,5 m sur 1,5 m dans le sol, d'où le carrelage a été enlevé, et où on a creusé jusqu'à la couche de fondation pour en récupérer le sable. “Ils ont fait des sacs de sable qu'ils ont posé près de la fenêtre, pour faire un poste de tir”. Les sacs sont encore là, remplis de vêtements et de sable. “Ils ont utilisé les vêtements de mes enfants pour les sacs de leur banquette de tir”, se désole Yousef Shrater, qui ajoute : “Et les vêtements qu'ils n'ont pas mis dans les sacs de sable, ils les ont jetés dans les toilettes”.

Le père de Yousef Shrater a été également chassé de sa maison et retenu par les soldats israéliens pendant l'offensive terrestre :

Depuis le toit, nous apercevons mieux le secteur environnant où les chars d'assaut étaient positionnés, les innombrables maisons, ou autres bâtiments, détruites ou endommagées, et des éclats des projectiles tirés par les chars. Le père de Yousef Shrater, qui a 70 ans, est sur le toit, et il commence à raconter comment il a été fait prisonnier et enfermé avec sa femme et d'autres personnes pendant 4 jours. “Ils sont venus dans notre maison là–bas”, dit-il en montrant la maison de plain-pied qui l'abritait, lui, sa femme, et leurs moutons et chèvres. “Les soldats israéliens sont venus à notre porte, nous ont hurlé de sortir, et ont tiré à côté de nos pieds. Ma femme était terrifiée. Ils ont pris tout notre argent, puis nous ont menottés. Avant de nous bander les yeux, ils ont fait sortir les chèvres et les moutons de leurs enclos et leur ont tiré dessus. Ils en ont tué 8 devant nous”. On a alors bandé les yeux du vieux Yousef Shrater et de sa femme et on les a emmenés dans une autre maison où pendant les 4 jours suivants les soldats israéliens ne lui ont pas permis d'avoir son inhalateur pour son asthme, ni les médicaments contre le diabète de sa femme. La nourriture et l'eau étaient hors de question, et le père de Yousef Shrater raconte que leurs requêtes pour en obtenir ne provoquaient que des “Non, pas de nourriture ; si vous nous donnez du Hamas, je vous donnerai de la nourriture” comme répliques.

Toujours sur le blog Tales to Tell, l'activiste australienne Sharyn Lock a publié un billet [en anglais], daté du 26 janvier 2009, où elle raconte la conversation qu'elle a eu avec un médecin :

Quand j'ai rencontré le Dr Halid l'autre jour, à la demande d'un journaliste, je lui ai demandé s'il y avait des preuves de l'emploi d'une bombe appelée GBU-39 ou DIME (Dense Inert Metal Explosive). On croit qu'elle a été utilisée par Israël pour la première fois au Liban en 2006, et de nouveau à Gaza, cette fois-ci. Le Dr Halid a dit que les médecins de l'Unité de Soins Intensifs avaient vu quelque chose de nouveau pour eux : ce qui semblait être des blessures externes légères par éclats, associées à des dommages internes massifs, disproportionnés.
“Il peut y avoir des petites blessures sur le torse, mais les poumons sont détruits. Ou des entrées de blessures abdominales mineures, mais les reins et le foie sont détruits”. On m'a dit aujourd'hui qu'il semble que les éclats de métal dense se brisent en petites particules en entrant dans le corps, qui sont ensuite transportées par le flux sanguin, déchirant rapidement tout ce qu'elles atteignent. L'état de beaucoup de patients semble se stabiliser, puis ils meurent peu de temps après. Comme si ce n'était pas suffisant, l'exemple libanais indique que ceux qui survivent sont rapidement victimes d'un début de cancer. Quel genre de cerveau a inventé ce truc ?

Dans un autre billet (daté du 22 janvier 2009), Sharyn raconte [en anglais] l'histoire d'Amer :

Amer a 29 ans. Quatorze personnes de sa famille étaient dans la maison ce soir-là, et tout le monde essayait de dormir sous les escaliers, pour tenter de s'abriter. Même si les escaliers étaient en partie ouverts sur l'arrière-cour, les attaques des F 16 sur la maison faisaient paraître l'abri des escaliers comme l'endroit le plus sûr. […] Amer ne le savait pas encore, mais son frère Mohammed avait été tué ailleurs ce même jour, touché par des roquettes tirées par des drones.
Les soldats israéliens sont arrivés à leur maison vers 5 h 30, après que leur maison ait été bombardée pendant 15 heures, et ils ont immédiatement ouvert le feu sur la famille, tuant le père d'Amer de trois balles. Ils ont alors demandé à la famille de partir. Amer avait appelé une ambulance (qui a dû rebrousser chemin après s'être fait tirer dessus) et refusait d'abandonner le corps de son père, mais les soldats lui ont dit qu'ils le tueraient s'il restait, alors, ils ont remonté le chemin de terre derrière leur maison sur 300 mètres, et là, un autre groupe de soldats leur a à nouveau tiré dessus. Cette fois-ci, le frère d'Amer, Abdullah, a été touché, la fille de 6 ans d'Amer et de Shireen, Saja, a été touché au bras, et leur fille de 1 an, Farah, a été touchée au ventre. Ils ont passé les 14 heures suivantes à s'abriter derrière un petit monticule de terre, tandis que les blessés perdaient leur sang, et on ne leur a pas permis de recevoir de l'aide, alors que les soldats savaient qu'ils étaient blessés. N'ayant pas d'autre moyen de soulager sa petite fille, dont les intestins sortaient de son ventre, Shireen a donné le sein à Farah tandis que la petite fille s'éteignait en perdant tout son sang.
Au bout de 14 heures, à environ 20 h, les soldats ont envoyé des chiens pour les faire sortir de leur abri et ont lancé des bombes au phosphore près d'eux, mais à cause des blessés, et pieds nus dans une zone couverte de verre brisé et de décombres, la fuite était difficile. Les soldats ont pris les trois blessés et les ont placés derrière les tanks, et ils ont capturé Amer, mais le reste de la famille a réussi à s'échapper et à appeler le Croissant Rouge. L'ambulance est finalement parvenue jusqu'aux blessés 7 heures plus tard (conduite par mon ami le secouriste S.), elle avait mis une heure pour les trouver, et à ce moment, Farah était morte. […] Amer est resté détenu par l'armée israélienne pendant 5 jours (sans accès à de la nourriture, de l'eau, ou aux toilettes pendant les 3 premiers jours), frappé et torturé, et interrogé sur les activités de la Résistance, dont il ne savait rien. Quand il a finalement été relâché à la frontière, l'armée a envoyé deux collaborateurs connus l'accompagner, pour le faire passer lui-même pour un collaborateur aux yeux des combattants de la Résistance. Mais les combattants savaient qui il était et qu'il n'était pas un collaborateur. Il nous dit :
“J'ai eu mes quatre enfants jeune, et ils m'ont apporté le plus grand bonheur dans ma vie. Je me suis si bien occupé d'eux. […] À présent, les enfants qu'il me reste ne veulent plus dormir sans leurs chaussures, parce qu'ils croient que nous devrons à nouveau courir pour sauver nos vies”.

Mohammed Ali, qui travaille pour l'ONG Oxfam, écrit [en anglais] sur le blog de l'association à propos des enfants de sa sœur  (20 janvier 2009) :

Ma sœur ne quitte pas sa maison ; elle a encore peur que quelque chose de terrible puisse arriver si elle met un pied à l'extérieur de sa porte. Depuis le début du cessez-le-feu, elle demande à ses enfants de retourner dormir dans leur lit. En se levant ce matin, elle a trouvé ses enfants blottis les uns contre les autres au centre du salon, comme ils l'ont fait ces trois dernières semaines. Il leur faudra des semaines, des mois, si ce n'est des années, pour que les blessures causées par la guerre cicatrisent.

Natalie Abou Shakra, une activiste libanaise qui vit à Gaza, décrit sur le blog Moments of Gaza [en anglais], dans un billet publié le 20 janvier 2009, sa rencontre avec le Dr Imad, professeur de microbiologie :

Au moment où je suis entrée dans le salon d'Imad, j'ai aperçu une peinture représentant une femme, en habit traditionnel palestinien, rose (se rappeler que la couleur rose est visée par l'armée d'occupation israélienne… les pyjamas roses… surtout les enfants en pyjamas roses)… le tableau était par terre, et il y avait un trou dans le mur là où il était accroché… c'était un beau tableau… coloré et plein de vie… c'est peut être pour ça qu'il a été visé. Sur un autre mur, il y avait une photo d'un homme et d'une femme s'embrassant dans un moment d'intimité… Je suis restée en face d'elle. N'avons-nous pas aussi le droit à l'amour et à l'intimité ? Nous voulons aussi le droit à l'amour et à l'intimité… Ils ont tiré sur deux chambres à coucher, et les trous des impacts étaient juste au-dessus des lits… il y avait des gravats partout sur le lit. Intimité… “amour”… sexe… détruits. Une société dont le droit à se développer [a été] gêné, entravé.

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