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Timor : Seulement neuf ans d'Internet, un seul fournisseur d'accès, et une fracture digitale encore importante

Neuf ans après l'arrivée d'Internet au Timor oriental, l'important retard qu'accuse ce pays en matière numérique ne s'explique pas seulement par le faible accès au réseau, mais aussi par le manque des capacités nécessaires et des moyens humains permettant d'améliorer la “participation digitale” des citoyens. Le pays ne dispose que d'un accès limité aux Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) et souffre d'un manque de compétences en ce domaine.

Le Timor oriental a subi une longue occupation et a dû se battre pour son indépendance. Les violences qui ont suivi le référendum de 1999 ont dévasté les infrastructures sociales et de communication. Lorsque le pays est devenu le premier nouvel état indépendant du XXIe siècle, il ne possédait quasiment aucune infrastructure technologique.

En résumé,

le premier ordinateur n'est arrivé qu'au début des années 1990 [document au format PDF en anglais].

En 1997, avant l'indépendance, le nom de domaine de premier niveau .tp a été enregistré par Connect-Ireland, en geste de soutien aux dirigeants est-timorais en exil, l'évêque Carlos Ximenes Belo and José Ramos-Horta, qui avaient obtenu le prix Nobel de la Paix en 1996. Martin Maguire, responsable des projets à Connect, a fait la déclaration suivante [en anglais], en 1999, après que la société ait subi une attaque, probablement de la part de hackers indonésiens :

Nous avons remarqué que le nom de domaine pour Timor Est était disponible et nous avons supposé que les Indonésiens ne voulaient pas le faire enregistrer pour des raisons politiques. Nous avons fait une proposition à la Campagne pour Timor Est, qui a été intéressée, et nous avons créé le premier état virtuel sur le Web comme tribune pour les Timorais de l'Est.

Dans une coentreprise, avec l'entreprise australienne Telstra,

la première connexion Internet a été réalisée le 2 février 2000 par UNDP [document au format PDF en anglais].

Cela fait donc neuf ans, au jour de l'écriture de ce billet. Pays le plus pauvre d'Asie [en anglais], avec plus de 40 % de sa population analphabète et au chômage [en anglais], connaissant une instabilité politique chronique, le Timor Oriental a cependant un besoin vital, pour sa reconstruction, des télécommunications.

En 2003, le gouvernement du Timor Oriental créait Timor Telecom (TT) [en anglais], en coentreprise avec Portugal Telecom (qui possède 50,1 % de TT), comme fournisseur de tous les services de télécommunications. En plus de fournir ces services à toute la population, par un monopole qui durera jusqu'en 2017 au moins, TT a aussi la responsabilité de mettre en place (ou de reconstruire) les infrastructures pour la transmission de la voix et des données, et de fournir la connexion à Internet.

En 2004, on estimait à 1 000 le nombre d'ordinateurs possédés par l'état, dont seulement 70 étaient connectés à Internet.

L'utilisation d'Internet n'est pas fréquente, lente et chère, ce qui signifie que des services comme le commerce en ligne, ou même les blogs, n'existent tout simplement pas. Dans un pays où les gens vivent avec moins de 2 $ par jour, le coût de 15 minutes de connexion Internet est de 0,50 $ [en anglais], ce qui est très élevé. Même l'Université Nationale de Timor Est doit fortement restreindre son accès à Internet, car sa connexion, au débit de 256 kb/s lui coûte déjà 3 000 $ par mois pour environ 40 ordinateurs. Comme l'a dit un usager [en portugais] :

A ligação é muito lenta pelo que fica muito caro qualquer consulta na internet.

La connexion est si lente que toute recherche sur Internet est coûteuse.

…à…chaque…fois… que tu…parles, … il y a… du… re… tard….

Luis Ramos, qui a enseigné les TIC à l'Université Nationale, déclarait en 2007 [en portugais] :

Alguém me disse que o governo de Timor Leste tem no total 13Mbps de largura de banda para acesso ao backbone internacional, isto é, a ligação de todo o país à internet é de 13Mbps. Ora, destes 13Mbps: 6Mbps são reservados ao governo e os outros 7 para uso geral, isto é: toda a gente em Timor. Quanto é que se consegue ter numa casa Portuguesa? 4Mbps? Como tenho andado a ensinar aos meus alunos de redes, 13Mbps são pouco mais que 13300 kbps. Na universidade temos uma rede local com cerca de 40 computadores que partilham uma ligação de internet de 256kbps.
No bairro temos uma ligação à internet de 64kbps que é partilhada por todos os professores.
Ora vamos lá falar de Quality of Service (QoS). O QoS é um serviço que ajuda a garantir que todos os utilizadores tenham a largura de banda que subscreveram. Em Timor não deve haver isso. Lembram-se dos modems que se usavam em Portugal há uns anos? Esses modems tinham velocidades de 33kbps e depois de 56kbps, aqui temos um de 64kbps. Como não há QoS (suponho), esta ligação aqui em Timor é mais lenta que esses modems em Portugal. 13Mbps dá para 200 ligações de 64, e 5 eu já as conheço.

  • gmail.com ao meio-dia: 30 segundos para poder por a password.
  • google.com? 10 segundos para carregar!
Quelqu'un m'a dit que l'état Est-Timorais avait, au total, 13 Mb/s de bande passante pour l'accès à la dorsale internationale, ce qui veut dire que la capacité de connexion du pays tout entier est de 13 Mb/s. Sur ces 13 Mb/s, 6 Mb/s sont réservés à l'administration, et les 7 Mb/s restants sont pour l'utilisation générale, ce qui veut dire, pour tout le monde à Timor. Combien arrive-t-on à avoir chez un particulier au Portugal ? 4 Mb/s ? Comme je l'enseigne à mes étudiant du Cours sur les Réseaux, 13 Mb/s, ça ne fait pas plus que 13 300 Kb/s. À l'Université, nous avons un réseau local d'environ 40 ordinateurs qui se partagent une connexion Internet de 256 kb/s.
Chez nous, nous avons une connexion Internet de 64 kb/s que se partagent tous les enseignants. Maintenant parlons de la Qualité du Service (QoS). La Qualité du Service est un service qui contribue à assurer à tous les utilisateurs la bande passante à laquelle ils ont souscrit. Ça ne doit pas exister au Timor. Vous vous rappelez des modems qu'on utilisait au Portugal il y a quelques années ? Ces modems avaient un débit de 33 kb/s et ensuite de 56 kb/s, ici nous en avons un de 64 kb/s. Comme il n'y a pas de Qualité de Service (c'est ce que je suppose), cette connexion ici au Timor est plus lente que ces modems au Portugal. 13 Mb/s, c'est suffisant pour 200 connexions de 64, et j'en connais déjà 5.

  • Gmail.com à midi : 30 secondes pour entrer mon mot de passe.
  • Google.com ? 10 secondes pour se charger !

D'une part, un important effort est nécessaire pour reconstruire l'infrastructure des télécommunications, mais d'autre part, les bénéfices de Timor Telecom sont réputés être élevés, comme Hilario Nolasco, un employé timorais de Timor Telecom, s'en plaint [en tétoum] :

Hau mak kiik liu compara ho trabalhador tomak TT nian iha tinan 2007 no 2008, colega balun bolu hau putu, balun dehan hau labarik maibe ida nee la iha diferencia iha servicu laran, hau gosta servico iha TT tamba iha ambiente nebe diak excepto valorizacao ba hau nia servico quando compara ho rendimento empresa nian ………..iha exploracao nebe bot la halimar!.

Je suis le plus jeune employé de TT en 2007 et 2008. Certains collègues m'appellent “gamin”, d'autres disent que je suis un enfant, mais ça ne fait aucune différence en ce qui concerne mon travail. J'aime travailler pour TT parce qu'il y a une bonne ambiance, bien que mon travail ne soit pas rémunéré à la hauteur de ce que gagne la société… Il y a beaucoup d'exploitation, sérieusement !

Le même blogueur répond par un commentaire, à la question (vidéo) d'une femme sur un groupe Facebook des lecteurs de Tempo Semanal (Timor Telecom Vox Pop n° 5) [en tétoum] qui demande : “Timor Telecom, c'est bon ou pas ?”, en soulignant la nécessité de tenir compte des infrastructures de télécommunications lorsqu'on parle de la reconstruction du pays :

Ne'e Maluk Timor oan sira temke akompanha mos prosesu dezemvolvimento iha mos rai seluk para ita Timor Ne'e Lebele Ketingalan Imformasi…Labele Hare deit Parte ida maibe temke hare mos parte seluk….Obrigado…

Nous devons réaliser un processus de développement, comme le font d'autres peuples, afin que Timor n'ait pas à souffrir d'une fracture numérique. Nous ne pouvons pas nous intéresser qu'à une partie du problème, mais à toutes.

Toutefois certains usagers font entendre, avec humour, leur mécontentement contre le monopole de TT, comme kmfw72 qui a diffuse sur YouTube sa vidéo “Timor Telecom you're a joke” [en anglais] (Timor Telecom, c'est une plaisanterie), où il chante ce qu'il pense des tarifs ruineux, pour un service de piètre qualité, auxquels sont confrontés les usagers des télécommunications dans son pays.

Jeremy Wagstaff exprimait ses regrets [en anglais] à propos de la fracture numérique qui s'est creusée lors de la crise de 2006 [en anglais] au Timor Oriental. À ce moment, seul un site timorais donnait des informations sur le soulèvement, le Suara Timor Lorosae [en tétoum], qui était auparavant la première source d'informations du pays (ce site a eu une activité irrégulière) :

Je ne peux trouver aucun site sur Timor Est, fonctionnant depuis Timor Est, qui donne la moindre information sur le soulèvement, l'événement le plus important de l'histoire récente du pays. Je sais, il n'y a pas beaucoup de Timorais qui ont un accès Internet, mais c'est un lien vital avec le monde extérieur, une chance pour les Timorais de communiquer ce qui se passe aux gouvernements, aux Timorais expatriés, aux lecteurs intéressés et aux autres. À présent, dans cette violence affreuse, avec l'humiliation de devoir demander une intervention militaire extérieure, il n'y a à nouveau pas de médias nationaux pour transmettre les informations au plus important moyen de communication du monde.

L'ONU a publié un rapport spécial d'enquête sur cette crise, dans lequel s'expriment également des opinions importantes émises par des Timorais. Ce rapport a été publié sur un groupe Yahoo consacré au Timor Oriental [en anglais]

Même si le nombre d’internautes [en anglais] n'était estimé en 2006 qu'à 1 200, le nombre de sites web mis en ligne par des Timorais, en tétoum, a augmenté. On peut souligner les exemples [en tétoum] de la version en cete langue de Wikipedia, et de sites d'information comme Tempo Semanal et Kla'ak Semanal. Neuf ans après la première connexion du pays, à la date du 2 février 2009, TT [en anglais] ne propose que des connexions internet analogiques et 285 hôtes Internet.

…et nous attendons toujours le haut débit, aussi !

Le prochain article de cette série vous permettra de faire la connaissance de Jen Hughes [en anglais], fondateur de Suai Media Space [en anglais], un projet de média social pour connecter la population de Suai [en anglais] à la communauté mondiale, et dont le rêve est : “De faire entendre les voix des jeunes de Suai à travers le monde”. La documentariste australienne racontera son expérience, lorsqu'elle a tenté d'apporter cette technologie à Suai, au sud du Timor Oriental.

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