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Corée du sud : Une vie de chômeur

[tous les liens sont en coréen]

Depuis que le ralentissement économique s'est enclenché,  le chômage est un des principaux sujets de conversation des internautes coréens. Comment gèrent-ils cette situation ?

Aspan [en coréen] prend son parti de sa situation de chômeur :

Je suis au chômage depuis deux mois. Le 17 novembre 2008, j'ai démissionné de mon poste dans la société dans laquelle je travaillais depuis 10 ans. La société a quitté ma ville de Daegu pour s'installer à Séoul, mais il m'était impossible de déménager et j'ai donc dû démissionner. Malgré un certain malaise, je me sentais libre. J'ai travaillé dur pendant dix ans et pour me rassurer, je me dis qu'il s'agit d'une année sabbatique comme les professeurs, et donc, j'en profite pour me reposer. Depuis que je ne travaille pas, les rôles ont changé dans la famille et comme vous pouvez l'imaginer, mon épouse a commencé à travailler. Désormais les rôles ont été redistribués. En effet, c'est moi qui suis responsable de la maison et je m'occupe de mes enfants, qui ont 3 et 5 ans. Aujourd'hui, je reconnais qu'il n'est pas de tout repos de s'occuper d'enfants en pleine forme ni de faire l'expérience des “tâches ménagères, un véritable travail pas reconnu en tant que tel”. Je suis comblé(?)!

Ma vie de chômeur a commencé en bataillant avec mes enfants. Je les aime et je suis content de passer plus de temps avec eux. Ainsi, je ne vis pas trop mal mon chômage, même s'il m'est parfois pénible d'avoir perdu mon emploi, à un moment où je ne m'y attendais pas. Beaucoup de chômeurs se sentent humiliés quand ils recoivent les allocations chômage. Ils vivent mal d'aller dans les agences pour l'emploi où ils peuvent recevoir ces allocations. Nous savons tous que nous sommes au chômage mais dans ces agences, on nous le rappelle de manière vraiment cruelle. Nous ne sommes pas des mendiants mais cela nous frustre beaucoup. Pour recevoir nos allocations bi-mensuelles, nous devons nous rendre dans un lieu public à un moment précis et devons justifier les efforts fournis pour trouver du travail durant ces deux semaines, une fois l'entretien réussi, on peut finalement recevoir l'allocation chômage. Quand je quitte l'agence pour l'emploi, j'envie les pays européens, où les gens peuvent faire valoir leur droit aux allocations chômage pendant des années. Je suis particulièrement triste quand je vois le regard des gens, qui se demandent pourquoi celui qui est censé être le soutien de famille reste à la maison. “Puis-je me reposer pour recharger mes batteries ?” Même quand j'essaye d'obtenir une carte de crédit, je me trouve face au refus des mêmes organismes qui me sollicitaient sans cesse auparavant…Notre société n'est pas à l'aise avec le chômage.

Est-ce que je vis des expériences difficiles aujourd'hui ? Oui, mais il y a bien plus que cela. Quand je suis devenu chômeur, j'ai commencé à profiter du temps libre pour faire des choses dont je rêvais avant. J'aimais la randonnée mais je ne pouvais pas la pratiquer à cause du travail. Dès que j'ai perdu mon emploi, je me suis mis à escalader les montagnes autour de ma ville natale chaque semaine. J'ai eu des problèmes de santé à cause du stress dû au travail, pendant les dix dernières années. Aujourd'hui, je suis heureux car je me sens mieux. […]

D'autres chômeurs, bien sûr, ne partagent pas ce sentiment. On trouve même un livre, Escape from Unemployment (Echapper au chômage) qui explique comment vivre le chômage en Corée et comment retrouver du travail. On en dit que c'est “le livre de l'espoir”. Et puis, ce poème

Ecouter la radio dès 4 heures du mat’,
allumer mon ordinateur pour la journée,
et me faire du mauvais sang,
Je deviens idiot en ne pensant à rien.
Il n'y a pas d'espoir. 

On dirait que je deviens fou.
J'ai l'impression que tout est fini.

Sur la route vers un institut, j'ai croisé un vieillard qui mendiait dans le métro.
Avant, j'étais compatissant.
Mais aujourd'hui, c'est différent.
Je me dis que ça pourrait être moi…
Je compatis avec moi-même.
Je crois que même la compassion est un luxe.

Avant, je voulais venir en aide à tout le monde.
Aujourd'hui…j'espère seulement ne
déranger personne.

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