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Martinique : Amertume après la diffusion du documentaire “Les derniers maîtres” sur Canal+

Depuis la diffusion le 6 février dernier du documentaire sur les Békés, Les derniers maîtres de Martinique, les Antilles françaises ont été comme traversées par un raz-de-marée sociologique.

Des intellectuels locaux tels Raphaël Confiant, sur le site communautaire Montray Kréyol, des hommes politiques et des journalistes comme Gilles Dégras, sur le site Bondamanjak, ont publié des lettres ouvertes exprimant le choc, la tristesse et l'humiliation ressentis par de nombreux Martiniquais non-Békés après avoir vu le documentaire. Gilles Dégras conclut son texte en insistant sur l'attente d'excuses :

Aujourd'hui, Monsieur Despointes, vous avez l'occasion de désamorcer cette bombe que vous décrivez comme étant plus forte qu’ “Hiroshima”. Eh oui, cette bombe est mentale, c'est du napalm structurel. […] je vous demande simplement, au nom de la caste béké, de présenter au peuple martiniquais et plus particulièrement aux descendants d'esclaves, vos plus plates excuses.

Il est intéressant de noter, comme le fait Bondamanjak, que même des membres de la communauté Béké ont voulu prendre leur distances vis-à-vis des propos tenus par Despointe. 

Quoiqu'il en soit, la population martiniquaise réclame davantage que des excuses et contre-attaque selon trois principaux axes:

1. Le droit

Alain Huyghes Despointes, auteur des paroles qui prêtent à la controverse, est présenté ici avec fierté par l'Association martiniquaise pour la promotion de l'industrie: 

Monsieur Alain HUYGHUES DESPOINTES, pionnier de l'industrie à la Martinique a été promu au rang de Chevalier de la Légion d'Honneur par décret du Président de la République français le 13 juillet 2005.

Né en 1926 à Fort de France, ce père de 5 enfants, autodidacte, est aujourd'hui à la tête d'un groupe de huit entreprises aux Antilles Guyane employant près de 550 personnes.

Cette décoration octroyée par la République française est un sujet de mécontentement pour la majorité des Martiniquais, qui considèrent cette récompense totalement incompatible avec les positions de Despointes sur les questions ethnique et de l'esclavage. En 2001, la France a à ce sujet assimilé l'esclavage à un crime contre l'humanité en adoptant une loi portant le nom d'une député guyanaise: la loi Taubira.

La semaine dernière, un avocat martiniquais, appuyé par le proccureur, a décidé d'engager des poursuites à l'encontre de Monsieur Despointes pour ses propos, pouvant être interprétés comme racistes et pro-esclavagistes. Il a engagé la population à suivre son exemple. Les sites Montray Kréyol et Bondamanjak expliquent quelles sont les procédures à suivre pour faire traduire l'homme en justice.

2. L'économie

Certains ont opté pour un autre mode de protestation, devenu plutôt populaire ces derniers temps aux Antilles françaises : il s'agit du boycott économique. Un collectif sur le site Vmaker, Maracudja sur le site Le Post et Marie-Josée Tirolien-Pharaon sur le blog Le petit lexique colonial, tous appelle au boycott de l'ensemble des industries dirigées par Monsieur Despointes.

3. Présence physique

Depuis l'abolition de l'esclavage en 1848, les Békés ont vécu coupés du reste de la Martinique autour d'un lagon isolé appelé Cap-Est, connu également sous le nom de “pays Béké”. Le site Bondamanjak a mis en ligne une vidéo intitulée Bienvenue à Cap-Est, parodie du maintenant célèbre documentaire Les derniers maîtres de Martinique, avec en musique de fond Welcome to Jamrock [en anglais] de Damian Marley. La chanson suggère la frustration ressentie par les Martiniquais à la vue des luxueuses demeures, voitures et bateaux de Cap-Est, qui sont autant de symbloles de la richesse des Békés. La communauté Béké semble être tout à fait consciente voire même inquiète de la tournure que prennent les événements. Un récent billet mis en ligne sur Bondamanjak indique que les Békés ont demandé une surveillance policière de leur quartier.

2 commentaires

  • Samuel

    Je trouve que le qualificatif d'”Intellectuel local” (employé ici) sied particulièrement à Monsieur Raphaël Confiant. Le contraire, en somme, de l’intellectuel mondial qu’était Aimé Césaire.

  • cyclomal

    Le nom d’Aimé Césaire devrait être invoqué avec moins d’incontinence, par respect pour ce qu’il a personnalisé et dont la lutte actuelle peut se revendiquer. Le poète n’aurait surement pas goûté la flatterie dirigée contre ceux qui restent. Qui peut croire qu’il aurait apprécié de devenir un argument, même faible, au service de la rente coloniale ou de quelque racisme que ce soit?

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