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Jamaïque : Les chansons Dancehall trop “sexe” pour les ondes

L'éternelle polémique, selon laquelle les paroles de certaines chansons ne sont pas suffisamment correctes pour être diffusées sur les ondes, pointe de nouveau le bout de son nez en Jamaïque. La Commission jamaïcaine de Diffusion Audiovisuelle [en anglais] a officiellement annoncé l’interdiction de toutes chansons au contenu jugé trop explicite sur les ondes [en anglais], après le tollé créé par la sortie récente d'une chanson de Vybz Kartel et Spice [en anglais]. La chanson intitulée “Rampin’ Shop” (argot jamaïcain pour une relation sexuelle) se distingue par des paroles dont le contenu est particulièrement explicite. Cette interdiction est effective depuis le 6 février 2009 et concerne toutes les chansons qui font la promotion du “daggering” [en anglais] (acte sexuel violent ou danse à caractère sexuel), ainsi que les chansons qui auraient subi des modifications techniques afin d'effacer les “obscénités” et autre contenu sexuel.

La blogueuse jamaïcaine, Girl with a Purpose pense [en anglais] qu'en dépit de la réduction effective des chansons à caractère sexuel diffusées “à peu près 50% du temps…à la radio et à la télévision”, une grande partie de la responsabilité incombe aux adultes de la société, spécifiquement aux parents qui doivent eux-même s'auto-censurer et comprendre que :

Il est mauvais d'exposer leurs jeunes enfants à une musique au contenu explicite et obscène qui les rend prématurément mûrs sexuellement et au fait d'actes violents.

Hormis le dancehall, d'autres genres musicaux sont au centre du débat tels que la soca, le calypso, le hip hop, et le rap…), surtout en cette période de carnaval en Jamaïque, où la soca venue de Trinité-et-Tobago occupe le devant de la scène sur l'île. Dans un contexte où les artistes jamaïcains dénoncent l'hypocrisie de  la condamnation du dancehall uniquement, le blogueur jamaïcain MadBull [en anglais] résidant aux îles Caïmanesdit soutenir pleinement l'interdiction [en anglais] et ajoute qu'il faudrait l'appliquer à tous les genres musicaux susceptibles d'être diffusés sur les ondes. Sur son blog, il s'exclame:

Que fait-on contre la soca, le hip-hop et les autres ? Peu m'importe le genre! Si les paroles ne sont pas correctes, il faut les interdire! C'est mon avis sur la question! 

Le très direct blogueur jamaïcain Agostinho [en anglais] a diffusé sur son blog une lettre qu'il a envoyée aux rédacteurs de divers médias locaux [en anglais] dans laquelle il insiste sur la nécessité pour le dancehall de se refaire une image. Bien qu'il reconnaisse l'importance du dancehall dans la société jamaïcaine et dans la culture populaire, le blogueur pense que cette musique a le devoir de réformer son image, pour le bien de la société qui l'a vue naître …

ce n'est pas juste au nom de la fonctionnalité, vu son influence croissante dans la société actuelle, mais surtout pour démontrer la diversité et la créativité qui lui sont propres. Nous le savons, cette dernière dépasse une certaine forme d'obsession pour le sexe et la violence. Le fait que beaucoup de producteurs et d'artistes ne cessent d'excuser ces abus, en les mettant sur le compte d'un manque d'éducation, insulte la diversité intellectuelle et la profondeur artistique dans l'industrie et la culture. Ces excuses doivent céder devant les exigences pressantes de développement national, de fierté culturelle et de progrès significatif. 

Stunner's Afflictions présente lui aussi son opinion sur cette interdiction [en anglais]. Il soutient pleinement la décision de la Commission de Diffusion mais insiste sur le fait que celle-ci était attendue depuis très longtemps :

Il leur appartient de faire respecter les prescriptions de la Réglementation de Diffusion Audiovisuelle, en matière de diffusion publique sur les ondes. Alors pourquoi ont-ils attendu la levée de bouclier et la pression du public pour procéder à cette interdiction? Qu'ont-il déjà fait et que font-ils maintenant, pour moi, contribuable, qui paye mes impôts à la sueur de mon front ? Il faut que la Commission de Diffusion se retrousse les manches, comme le démontre clairement cette affaire.

Sur son blog, le billet suivant qui concerne la Saint-Valentin [en anglais] a pour but de rappeler aux lecteurs un aspect important de la question : 

Toutes nos chansons Dancehall/Reggae ne sont pas à condamnables. Parmi celles qui sont diffusées sur nos ondes, certaines sont encore excellentes.

Il poursuit en proposant un exemple de chanson en vidéo: “Love Reigns” (l'Amour règne) chantée par Tarrus Riley et Bugle, deux révélations jamaïcaines [en anglais].

Depuis l'interdiction publique des chansons au contenu explicite, on entend ça et là, des appels pour que le monde artistique jamaïcain produisent des oeuvres plus constructives. Le magazine YardFlex, qui se décrit comme “le Magazine Suprême du Divertissement”, a récemment parlé [en anglais] de Tychicus, guérisseur et prophète auto-proclamé, qui avait mené une manifestation en solo contre le “daggering” [en anglais]. Depuis l'interdiction, il suggère à ses compatriotes des pas de danse irréprochables, dont il dit qu'ils sont “inspirés par Dieu”. 

Cette discussion ne fait que commencer, puisque l'interdiction ne date que de dix jours et que l'on attend encore sa complète application et ses résultats. Les blogueurs jamaïcains sont unanimement d'accord avec l'interdiction et la voit comme une occasion pour les artistes jamaïcains de se mettre en avant et montrer au monde leur créativité.

1 commentaire

  • Je sais si une interdiction pure et simple est la meilleure solution. Je serai plutot partisan d’ une éducation revue ( vraiement expliquer aux jeunes les conséquences de leurs actes ) Il est vrai que c’ est beaucoup plus long a mettre en place.

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