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Pakistan : La Cour suprême prononce la déchéance politique des frères Sharif

La Cour Suprême pakistanaise, après un examen prolongé du procès en inéligibilité des frères Sharif, a finalement jugé que les deux chefs du parti politique le plus important du Pakistan, la Ligue musulmane du Pakistan – groupe Nawaz (PML-N) [actuellement dans l'opposition, note de la traductrice], ont perdu leur éligibilité pour avoir contesté les résultats des élections du 18 février 2008, il y a juste un an. Bien qu'il soit à noter que le mérite de cette décision doive être attribué à une certaine affaire, dans laquelle Nawaz Sharif a été inculpé pour un crime de 1999, le tristement célèbre détournement d'avion, par lequel Nawaz Sharif, alors Premier ministre du Pakistan, n'a pas autorisé l'avion du chef d'état major de l'armée de l'époque, le général Pervez Musharraf, à se poser au Pakistan. C'est à la suite de cette empoignade que l'armée pakistanaise s'est emparée du pouvoir sur l'ordre de Pervez Musharraf et a renversé le gouvernement élu de Nawaz Sharif tout en imposant la loi martiale au pays.

La population pakistanaise a aussitôt réagi avec véhémence au verdict de la Cour suprême et a manifesté avec violence dans les rues, surtout dans la province du Pendjab. Le ministre en chef actuel [de la province], Mian Shabhaz Sharif [anglais], étant de fait dans l'incapacité d'exercer ses fonctions, celles-ci ont été transférées pour deux mois au gouverneur, donnant à Salman Taseer [anglais, comme tous les liens suivants] les pleins pouvoirs sur la province.

Même si la justice doit être la même pour tous et qu'on ne peut pas demander aux magistrats d'être sélectifs, si les frères Nawaz sont coupables, alors M. Asif Ali Zardari doit lui aussi se soumettre au bistouri et ouvrir ses affaires de corruption, qui pèsent des milliards de dollars, ou même le simple fait que tous les parlementaires élus au Pakistan doivent être titulaires au moins d'une licence d'enseignement supérieur, alors que M. Zardari ne peut même pas se prévaloir d'un diplôme et se contente de laisser entendre qu'il a étudié dans une ‘business school à Londres’.

Farhan, sur le Guppu Blog, lance la discussion en disant :

Ne serait-ce que pour les vengeances politiques , ils gardent sous le coude une affaire particulière, afin d'être en mesure de l'utiliser comme arme contre quelqu'un en cas de besoin. Je pose une question simple : pourquoi la Cour suprême a-t-elle mis si longtemps à prononcer son verdict ? La réponse est tout aussi simple : la Cour suprême a prolongé l'audience et a prononcé la décision quand Zardari le lui a demandé.

DeadPan Thoughts estime que la justice doit être la même pour tous :

Personnellement, je suis d'accord que les gens qui ont un passé marqué et trouble ne devraient de toute façon pas être admis dans notre vie politique, mais si c'est comme ça, pourquoi ont-ils été autorisés à se présenter aux dernières élections ? Pourquoi ont-ils été acceptés comme «Ministre en Chef du Pendjab» et pourquoi certains politiciens sont-ils déclarés «inaptes», alors que d'autres jouissent de la protection de divers arrangements négociés hors du Pakistan ?

Omar Azam, sur le blog Pak Times, explique comment il se fait que Nawaz Sharif ait été disqualifié auparavant, mais que Shahbaz Sharif ait été autorisé à rester Ministre en Chef du Pendjab pendant plus d'une année :

Le 23 juin 2008, la Haute Cour de Lahore en séance plénière a disqualifié le chef du PML-N Mian Nawaz Sharif pour avoir contesté [les résultats des] élections. Toutefois, la cour avait autorisé sous condition le président du PML-N, Mian Shahbaz Sharif, à conserver les fonctions de chef de l'exécutif de la province.

L'analyse du Pakistan Policy Blog cherche de quel côté penche la situation politique dans son ensemble :

Politiquement, les Sharif et leur faction de la Ligue Musulmane (PML-N) sont isolés. Leurs principaux alliés sont en-dehors du parlement : les avocats, le Jamaat-i Islami, et le Tehreek-e Insaaf. Zardari est politiquement assuré. Le président pakistanais dispose des pouvoirs constitutionnels de l'ère Musharraf (l'hyper-présidence), d'un premier ministre docile (bien qu'occasionnellement rétif), d'une coalition vigoureuse au centre, d'une participation dans tous les gouvernements provinciaux, d'une Cour suprême complaisante, d'une armée confinée dans les casernes, et du soutien des principaux gouvernements occidentaux. Un afflux d'aide étrangère pourrait affermir son emprise sur le pouvoir. De plus, le PPP deviendra probablement le parti majoritaire au Sénat après les élections de mars. A condition de passer les bons accords, Zardari pourrait obtenir le vote d'un amendement constitutionnel qui ne ramènerait pas la présidence à son statut honorifique d'origine. Bref, Zardari pourrait avoir le beurre et l'argent du beurre.

Pour sa part, Pro-Pakistan remet en question la décision :

Shahbaz Sharif devra abandonner ses fonctions de Ministre en Chef du Pendjab. Cela va aussi intensifier leur implication dans la toute proche Longue Marche des Avocats, le 16 mars 2009. Cela aura aussi des conséquences majeures sur le scénario politique du pays.

Derwaish de All Things Pakistan exprime sa consternation devant une décision qui pourrait provoquer l'instabilité politique :

Sans entrer dans les mérites de ce verdict, je pense qu'il va générer davantage d'instabilité et d'incertitude politique, ce qui est la dernière chose que nous souhaitons au Pakistan. C'est plutôt malheureux, mais les premières réactions et déclarations laissent entendre que le Pakistan pourrait prendre le chemin des politiques de confrontation et de maquignonnage des années 90.

Yasir Latif Hamdani, du blog Pak Tea House, est abasourdi :

Je croyais que le gouvernement du PPP et le Président Zardari étaient plus malins que ça. En laissant passer ça, ils ont ouvert un boulevard au Mouvement des avocats et cette fois ce sera le tour du gouvernement civil du PPP libéral et démocratique au lieu du régime militaire. Je me demande qui en sortira gagnant.

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