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Colombie : À nouveau la peur à Medellín

Il y a quelques jours, nous parlions du retour du couvre-feu et des limitations à la circulation des passagers de sexe masculin sur les motos, mesures prises par le gouvernement pour rétablir la sécurité à Medellín, mais à présent, ceux qui répandent la peur dans la ville sont les auteurs anonymes de prospectus glissés sous les portes et circulant de mains en mains qui disent que personne ne doit être dans les rues après 21 ou 22 heures, dans certains quartiers de la ville, afin de la nettoyer d'habitants indésirables.

Tout ceci a eu un écho sur Twitter, sur plusieurs blogs, et sur le fil de commentaires du billet du blog de Juan David Escobar, Bienvenue, à nouveau, dans la ville de la peur [en espagnol], que nous citions la semaine dernière.  Parmi ces commentaires, celui de Programator, qui écrit :

por la casa de una amiga pusieron lo siguiente: “Acueste a sus hijos o nosotros los acostamos”, toque de queda, 10.00pm, Robledo Kennedy. Es absurdo cómo el tiempo no parece pasar, y volvemos a lo mismo, lo mismo de siempre, inseguridad y peligro en las calles. Por mi casa pasan policias cada rato persiguiendo traquetos en motos, una vez tuve que esconderme en casa de unos vecinos cuando venia del trabajo, porque “Por ahí están, venga, venga mientras pasa todo y se queda aquí”. Y esas palabras asustan, bastante. Y más si las cosas pasan cerca a tu casa.

On a écrit sur la maison d'une amie : “Mets tes enfants au lit ou nous les coucherons”, couvre-feu, 22 heures, [quartier] Robledo Kennedy. C'est absurde comme le temps ne semble pas passer, et comme nous retrouvons la même situation, la situation de toujours, l'insécurité et la danger dans les rues. La police passe tout le temps devant ma maison à la poursuite des traquetos [coursiers faisant le lien entre producteurs et trafiquants] à moto, une fois j'ai dû me cacher dans la maison de voisins alors que je rentrais du travail parce que “Ils sont par ici, venez, venez pendant que ça se passe et restez ici”. Et ces mots font peur, plutôt. Et encore plus si les choses se passent près de ta maison.

Solo para mujeres rapporte sur son blog une conversation [en espagnol] qui a probablement eu lieu quelque part en ville :

*Mira pues, a mi casa llego una hoja que dice, que dizque no se puede estar en la calle después de las nueve de la noche porque no responden por su vida.

-¡¡¡Hay que susto!!!… pero yo había escuchado que era que no se podía andar en moto.

*No, no mija es que esa la puso Salazar y la que yo digo no se sabe quien, como aquí hay tanto quien prohíba.

* Écoute, chez moi est arrivée un papier qui dit qu'on ne doit pas être dans la rue après neuf heures du soir parce qu'on ne répond pas de ta vie.

- Qu'est-ce que ça fait peur !!!… mais j'avais compris qu'on ne pouvait pas sortir en moto.

* Non, non ma chère, celle-là c'est celle de Salazar et celle dont je te parle, personne ne sait de qui elle est, il y a tant de gens qui lancent des interdictions.

Les autorités ont minimisé l'importance de ces menaces, selon le journal El Mundo [en espagnol], en affirmant que ces groupes veulent faire peur et que ce qui se passe est une guerre pour le contrôle du territoire. Elles espèrent que les forces de police supplémentaires qui viennent à Medellín pour la réunion de la Banque Interaméricaine de Développement, du 27 au 31 mars 2009, contribueront à désamorcer les tensions.

À propos de cette réunion, El Inspector écrit [en espagnol] à quel point il est nécessaire de présenter une ville moderne, bien organisée et tranquille aux membres de la Banque :

Tenemos la responsabilidad de presentarles una excelente imagen a los ilustres visitantes, para el bien de Colombia. Pero es más grande la obligación con los medellinenses y paisas en general, de asumir con pantalones que hay una creciente sensación de inseguridad y derramamiento de sangre.

No hay que maquillar cifras de criminalidad y eludir el debate sobre la seguridad. Bienvenidos los del BID, pero también bienvenida la sinceridad.

Nous avons la reponsabilité de présenter une excellente image à nos illustres visiteurs, pour le bien de la Colombie. Mais les habitants de Medellín et les paisas [en anglais] en général ont encore plus l'obligation d'accepter courageusement qu'il y a un sentiment croissant d'insécurité et de sang répandu.

Il n'y a pas besoin de maquiller les chiffres de la criminalité et d'éviter le débat sur la sécurité. Bienvenue aux membres de la Banque Interaméricaine de Développement, mais aussi bienvenue à la sincérité.

Sur le site de la radio LaFm [en espagnol], on parle aussi des prospectus qui ont été distribués dans le centre-ville, avec le même résultat, les autorités qui continuent de demander avec insistance aux gens de ne pas s'inquiéter. Mais dans les rues, ça se passe plutôt autrement.

Angelfire a posté ce tweet [en espagnol] :

Tengo muchisimas ganas de una cerveza hoy, pero pongo un pie en la calle y me dejan como un colador a punta de bala <_> :(

J'ai très envie d'une bière ce soir, mais si je mets un pied dans la rue ils me troueront en passoire à coups de balles <_> :(

Dans d'autres tweets, il affirme que des prospectus ont été distribués, et qu'il y a eu 20 tués en 15 jours [en espagnol] et qu'il a même été témoin d'une fusillade [en espagnol], avec des balles ricochant sur un balcon.

Alors, que se passe-t-il ? L’Institut Populaire de Formation émet une hypothèse [en espagnol], après de nombreuses années de travail dans les quartiers marginaux :

“Mientras existió un “patrón” en la ciudad, alguien con quien negociar, la criminalidad disminuyó, pero ahora que no lo hay, sube. El dilema está en si se negocia con un nuevo actor hegemónico o se fortalece la justicia para combatir la delincuencia”, afirmó Balbín.

“Tant qu'il y avait un “patron” dans la ville, quelqu'un avec qui négocier, la criminalité a diminué, mais à présent qu'il n'y en a plus, elle augmente. Le dilemme est entre négocier avec un nouvel acteur hégémonique ou renforcer la justice pour combattre le crime”, a déclaré Balbín.

Sur Twitter, les habitants de Medellín ont des points de vue différents : l'un pense [en espagnol] qu'accorder de l'attention à ces menaces donne du pouvoir à ces criminels et que c'est succomber à la terreur, un autre pense que c'est juste un problème habituel [en espagnol] et que les autorités parviendront à le résoudre [en espagnol] et espère qu'elles ne vont pas défaire ce qui a été fait depuis 10 ans [en termes de pacification], et d'autres, beaucoup plus sombres, pensent que ce qui se passe fait partie d'un processus de nettoyage de la ville [en espagnol] pour la venue des membres de la Banque Interaméricaine de Développement, ou mentionnent des rumeurs faisant état de liens entre le maire et des groupes paramilitaires.

Alors que peut faire la population ? Certains parlent déjà de regrouper les informations et les témoignages, de les géolocaliser sur une carte, de façon à ce que les gens puissent voir quels sont les quartiers menacés, combien de types de lettres différents circulent, et où les incidents violents ont eu lieu.

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