Moyen-Orient : Hillary Clinton passe son examen d'entrée

Hillary Clinton a conclu sa première visite de Secrétaire d'Etat américaine au Moyen-Orient par des étapes à Charm El Cheikh, en Israël, en Cisjordanie et en Turquie [en anglais, comme les liens suivants].

En Egypte, elle a assisté à une conférence d'aide pour la reconstruction de Gaza, à l'occasion de laquelle elle a également rencontré les dirigeants arabes. En Cisjordanie, elle a exprimé son soutien au président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas, s'en est prise à l’Iran pour sa «promotion du terrorisme» et à Israël pour ses projets «qui n'aident en rien»  de démolition de maisons palestiniennes à Jérusalem. Et en Israël, elle a à nouveau assuré aux Israéliens qu'ils n'ont pas de plus grand allié que les Etats-Unis. Elle a aussi courtisé la Syrie  en y envoyant deux émissaires, et s'est rendue en Turquie.

Les blogueurs de la région analysent dans ce billet la visite de Mme Clinton.

Kalash, qui écrit sur le blog Looking for Change, ne mâche pas ses mots pour décrire la visite d'Hillary Clinton :

Je peux le dire en un mot comme en mille : Barack Obama n'aurait pas pu faire un pire choix que Hillary Clinton pour être sa Secrétaire d'Etat. Lors de son premier voyage officiel au Moyen-Orient, la femme de Bill s'est révélée telle qu'elle est vraiment en parlant de Gaza et du Hamas. Comme son patron, elle a continué à cracher sans vergogne les thèmes de l'ère Bush. Elle a parlé aux journalistes lundi, après une conférence de «reconstruction» de Gaza à Charm El Cheikh. Son attitude était déplaisante, comme d'habitude.

Le blogueur ajoute plus loin :

Hillary Clinton est depuis longtemps une «amie» d'Israël, aussi personne ne devrait s'attendre à la moindre surprise de sa part. Si Barack Obama se propose d'améliorer les choses (il n'en est rien), il la renverra (il ne le fera pas). Hélas, il n'y a guère d'espoir de progrès avec «Hill-dog» en charge de la diplomatie (note de la traductrice : surnom qui lui était donné par des journalistes «pro-Obama» pendant la campagne des primaires). Elle fera tout ce qu'elle pourra pour tuer dans l'oeuf toute négociation significative en faisant en sorte que les intérêts israéliens ne soient jamais compromis.

Alors que le président Obama fait au mois semblant de faire un pas vers l'Iran, sa Secrétaire d'Etat laisse déjà entendre que de tels efforts seront vains. Etonnamment, elle a réussi à serrer la main du ministre syrien des affaires étrangères Walid Mouallem… dommage qu'il ne lui ait pas tordu le bras.

Turkey Talk analyse la visite de Mme Clinton en Turquie, et dit :

Au cours de sa tournée au Moyen-Orient, qui sera suivie d'une visite à Bruxelles et à l'OTAN, la nouvelle Secrétaire d'Etat Hillary Clinton va faire étape en Turquie. Très probalement pour assurer le gouvernement turc inquiet que les Etats-Unis poursuivront leur politique de traitement de faveur vis-à-vis de la Turquie.

Je suis sûr qu'elle dira à la Turquie ce que celle-ci souhaite entendre : que la Turquie a toujours une importance stratégique, qu'il faut qu'elle intègre l'Union Européenne, et qu'elle est une grande démocratie musulmane dont les pays de la région devraient s'inspirer.

De très belles paroles. Avec sans doute de très bonnes intentions. Mais pas parce que le (gouvernement) américain les approuve réellement pour les raisons imaginées par la Turquie. Tout cela avec la sincérité du prédateur qu'on voit jouer avec sa proie en attendant le bon moment pour agir selon ses instincts irrésistibles.

Le gouvernement américain ne veut toujours pas avoir à faire avec une Turquie qui n'est pas prête pour passer l'épreuve des faits. Mais les Etats-Unis ne sont pas prêts non plus à l'exiger.

Will, de l'autre côté sur KABOBfest, n'est pas d'accord avec le fait de singulariser l'Iran pour ses interférences en Palestine. Le blogueur palestinien-américain note :

La Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton et le patron de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas ont répété la même chose : l'Iran devrait cesser d'interférer dans les affaires palestiniennes. Ceci après que l'Ayatollah Ali Khamenei a appelé à la «résistance» contre Israël.

Je ne crois pas me souvenir qu'Abou Mazen ait dit aux Etats-Unis ou à Israël de rester à l'écart des affaires palestiniennes – peut-être parce que leurs interventions lui ont toujours profité et ont maintenu à flot son projet politique en faillite, même alors qu'Israël se positionnait comme son ennemi.

Cela ne veut pas dire que la Palestine est un problème iranien légitime, ou qu'il [l'Iran] cherche réellement à défendre les droits des Palestiniens. Les Palestiniens sont le plus souvent utilisés comme pions politiques par les puissances de la région, y compris les Etats-Unis. Dire qu'Israël les utilise comme tels est une litote. Les Palestiniens sont le stimulateur cardiaque de l'existence d'Israël.

Pendant ce temps, en Israël, Yisrael Medad prend note des nouveaux mots fétiches de Mme Clinton pour le conflit arabo-israélien. Il écrit :

Alors, «vigoureux» sera-t-il le mot clé – mot fétiche de Hillary Clinton pour le conflit arabo-israélien ?
Ou est-ce «engagé» ?
Avec Condi, c'était «robuste».

Quant à Yael, elle est contente qu'une proposition soit sur la table au Congrès américain, pour conditionner les 900 millions de dollars promis à Gaza à la libération du soldat israélien Gilad Shalit, enlevé il y a trois ans. Elle écrit :

J'envoie un cordial remerciement personnel au représentant Shelley Berkley du Nevada qui a rédigé une pétition à la Secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, exigeant que l'aide financière soit suspendue aussi longtemps que les tirs de roquettes cotinueront et que Gilad restera en captivité.
Nous ne devrions pas être les seuls à mettre la pression sur le Hamas. Le monde ne devrait pas accepter de détourner les yeux quand les fusées tombent quotidiennement, et de nombreuses fois , sur nos civils et que Shalit reste en captivité, et récompenser une région terroriste et leur permettre d'agir en toute impunité.

Et pour conclure, James Buck souligne que tout l'argent n'ira pas à Gaza :

Il s'avère que, alors que ‘900 millions de dollars d'aide à Gaza’ est le chiffre et la phrase qu'on brandit alentour, seuls 300 sont réellement destinés à Gaza; 600 iront à la Cisjordanie.

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