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Timor oriental : Un journaliste utilise des SMS pour dévoiler une affaire de corruption

En octobre dernier, un vétéran du journalisme au Timor oriental, José Antonio Belo, a utilisé le contenu de SMS obtenus grâce à des fuites [en anglais] pour dévoiler une affaire de corruption impliquant la Ministre de la Justice de ce pays. Aujourd'hui, le journaliste doit faire face à des poursuites judiciaires pour diffamation [en anglais].

Dans un article pour le magazine d'information Tempo Semenal [en bahasa], José Belo a publié les détails de transactions présumées entre la Ministre de la justice Lucia Lobato et plusieurs associés d'un projet de reconstruction des murs d'une prison et de fournitures d'uniformes pour les gardiens de prison. Le contrat a été empoché par le mari de la ministre. Le montant du marché était de plus de 1 million de dollars US.

Le texte ci dessous est un message SMS envoyé sur le téléphone de la ministre le 7 août 2008 à 12H25 par un certain JS :

“Ma sœur, je viens juste de finaliser les plans des éléments du marché et je vois que le prix que je vous ai communiqué aujourd'hui est suffisant car cette enceinte fait 10 mètres de haut et est très épaisse sans utiliser de blocs mais seulement un remplissage de ciment (ciment, pierres, et une double couche d'acier) de qualité internationale. La réalisation est la même que pour l'ambassade des USA, sauf que leur mur ne fait que 3 mètres de haut et n'est pas très épais.”

À 12H30, la ministre répondit par SMS :

“Bien. Je verrai ça plus tard.”

On pourrait penser qu'il s'agit d'un échange normal de messages , mais ce n'est que le 25 août 2008 que le Ministre des Finances a publié l'appel d'offre pour la construction d'un nouveau mur d'enceinte pour la prison.

La ministre Lobato a porté plainte pour violation de sa vie privée [en anglais]. Le journaliste a répondu qu'il n'avait publié que des éléments sur l'activité de la ministre en tant que personnalité officielle, et non sur sa vie privée. Le tribunal a décidé de mettre le journaliste en examen pour diffamation. S'il est reconnu coupable, José Belo encourt jusqu'à six ans de prison.

Plusieurs groupes et individus ont exprimé leur soutien au journaliste. Le Pacific Freedom Forum renvoie à un billet de Cafe Pacific [en anglais] qui déclare que les poursuites vont provoquer “un effet tétanisant [en anglais] sur la liberté d'expression des plus jeunes médias au Timor oriental et dans la région”. Il ajoute :

Pour le gouvernement du Timor oriental, se cacher derrière les mêmes lois coloniales utilisées par l'Indonésie pour réprimer et intimider les efforts sincères vers la démocratie, c'est ignorer le sacrifice de milliers de ses propres citoyens lors du combat pour la liberté.

Photo du magazine Tempo Semenal

Photo du magazine Tempo Semenal

Les “plus jeunes médias de la région” ne sont représentés que par une chaîne de télévision nationale et quelques stations de radio. Seulement 0.1 % de la population a accès à Internet [en anglais] ce qui fait des magazines d'information comme Tempo Semenal (le journal où écrit José Belo) la principale source d'information du pays.

La'o Hamutuk, une organisation de la société civile, a déclaré [en anglais] que les accusations portées contre le journaliste

créent une image détestable qui peut tuer la liberté d'une presse indépendante et impartiale. Les médias vont rechigner à diffuser des information claires et précises s'ils savent que de telles informations provoqueront des menaces à leur égard.

Plutôt que de punir le journaliste, le groupe souhaite que le gouvernement enquête sur les allégations de corruption de la ministre :

Les informations publiées par Tempo Setimanal sont des preuves que le procureur général devrait utiliser pour ouvrir une enquête sur une possible affaire de corruption au ministère de la Justice.  Mais en fait, le procureur enquête sur Jose Belo, accusé de diffamation. La'o Hamutuk considère ce contresens comme comme une criminalisation de la presse libre, qui diffuse des informations honnêtes et factuelles au public.

Carmel Budiardjo du TAPOL, une organisation de défense des droits humains, est déçue [en anglais] que la même loi qu'appliquaient les Indonésiens pour supprimer la liberté de la presse dans le pays soit maintenant utilisée contre José Belo, un défenseur acharné de la liberté de la presse :

Nous connaissons bien le courage qu'a eu José Belo pendant plus de deux décennies d'occupation indonésienne et nous sommes atterrés qu'une loi introduite par les Indonésiens soit maintenant utilisée pour réprimer les activités légitimes de la presse dans un pays qui se targue d'être une démocratie. La Ministre de la Justice Lucia Lobato devrait retirer sa plainte pour montrer son engagement en faveur de la liberté de la presse. Les journaliste du Timor oriental ne devraient pas avoir à vivre dans la crainte de charges qui pourraient les mener en prison simplement parce qu'ils font ce que l'on attend de n'importe quel journaliste lorsqu'il découvre des preuves d'une possible corruption d'un membre du gouvernement.

Il existe une pétition en ligne [en anglais] demandant au gouvernement du Timor oriental de cesser de harceler José Belo.

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