USA – Russie : “Peregrouzka” ou “perezagrouzka” ?

Le 6 mars, à Genève, la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton a remis au Ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov une petite boîte contenant un bouton «redémarrer» avec le mot russe peregrouzka écrit dessus, dans l'intention de symboliser de meilleures relations entre les Etats-Unis et la Russie. Mais le mot russe pour «redémarrer» est perezagrouzka, tandis que peregrouzka signifie «surcharge», et M. Lavrov n'a pas manqué de souligner l'erreur.

Voici une sélection de réflexions de blogueurs (anglophones) sur le langage et la politique.

Sean Guillory de Sean's Russia Blog a écrit ceci dans un billet intitulé «Boutons surchargés» [en anglais, comme tous les liens de ce billet] :

[…] Nous savons tous que l'administration Obama fait des efforts pour restaurer les relations avec la Russie. Le premier signe s'est manifesté avec l'expression de Joe Biden en février, «presser le bouton ‘redémarrer’». […]

Eh bien, la doctrine du bouton redémarrer semble en marche, bien que le premier problème s'avère, non pas de redémarrer les relations, mais de trouver le mot russe juste pour «redémarrer». […]

[…] Vous me direz que l'équipe Clinton a dû «travailler dur» pour trouver l'équivalent exact de «redémarrer» et qu'ils l'ont quand même loupé ? Mme Clinton devrait peut-être presser le bouton «redémarrer» pour son staff. […]

Voici deux commentaires sur les quelques 50 suscités par ce billet.

Lyndon de  Scraps of Moscow :

Le fait est que perezagrouzka ou perezagrouzit’ a été utilisé dans la presse russe (dans des articles «de fond») depuis plusieurs années au sens de «relancer» une relation ou (pour utiliser une métaphore de médias coupeurs d'arbres) de tourner la page. Je n'ai jamais vu «sbros» ou aucun autre mot utilisé dans ce contexte. Ainsi, il y avait un seul mot juste – perezagrouzka – et ils l'ont foiré. C'est très décevant, et il n'y a aucune autre excuse ou explication à cela, hormis l'incompétence flagrante. Il y a assez de gens à travers le monde qui (n'ayant jamais été en contact avec de vrais Américains) croient au stéréotype des «tupye amerikantsy» sans leur donner des munitions supplémentaires de cette façon.

Buster, de Moscow Through Brown Eyes

Lyndon, j'ai d'abord partagé ta réaction à la bévue linguistique. Mais il y a, à mon avis, un problème plus profond.

Comment avoir l'air d'un diplomate sérieux essayant d'entrer dans une importante renégociation des relations bilatérales en apportant un JOUET pour commencer l'opération ?

Je ne peux qu'imaginer ce qu'ont pu penser les Russes de ce gadget. La question de la traduction ne fait que masquer à quel point ce moment a été idiot et ridicule. Tu dis stéréotype, eux disent généralisation.

Dans un billet ultérieur, Sean a écrit, entre autres :

[…] Au moins, les Américains peuvent ajouter peregrouzka et perezagrouzka à tovarich, bosch, vodka, glasnost, perestroïka, da et niet dans leur lexique russe. […]

Leopolis a écrit ceci, à propos de la «diplomatie du cadeau-gag» des Etats-Unis :

Le Washington Times d'aujourd'hui demande finalement  : «A quoi pensait le [Département d’]Etat !» à propos de leur négligence pire que gênante, handicapante, dans la traduction correcte de «redémarrer» pour le bouton- farce que Mme Clinton a offert à M. Lavrov à Genève vendredi. L'article n'a pas évoqué la question plus importante de savoir si les Etats-Unis vont finalement recourir à l'utilisation de farces et attrapes dans nos relations diplomatiques avec l'autre super-puissance nucléaire de la planète (à qui le tour : des dindes (note de la traductrice : «turkeys» en anglais) en caoutchouc pour Erdoğan ?). Le «bouton redémarrer» en question n'est même pas une commande, mais un bouton de porte en caoutchouc – mais je m'égare. Maintenant que cet incident a prouvé aux Russes que l'équipe Clinton a besoin de rafraîchir ses connaissances en russe, M. Lavrov s'occupe à Moscou d'évaluer si le [Département d’]Etat est plein d'une bande d'amateurs (pas le moindre russophone de langue maternelle à consulter ?)  […]

Transatlantic Politics a écrit :

[…] Avec un peu de chance, cette bévue sonnera la fin de cette diplomatie du gadget. Que devait signifier exactement ce bouton ? Un nouveau départ avec la Russie, basé sur quoi ? Au quartier général de l'OTAN à Bruxelles, Hillary n'a pas parlé si différemment de Condi. Bon Dieu, elle a même qualifié la Pologne et le République Tchèque de «visionnaires» pour s'être engagées dans la défense anti-missiles, un projet qui emmerde vraiment la Russie.

Certes, son discours de faucon a pu n'être qu'un moyen d'apaiser les craintes en Europe après la lettre du président Obama proposant de mettre au rebut la défense anti-missile en échange d'une véritable aide russe contre l'Iran. Mais on se demande ce qui est le plus naïf : croire que ce marchandage pourrait vraiment fonctionner ou croire que le Kremlin marcherait dans ce truc de «nouveau départ» basé sur un gadget qui n'était même pas formulé correctement.

Mais le bouton ‘redémarrer’ n'a pas été la seule gaffe. A Bruxelles, Hillary a aussi réussi à déformer les noms de deux de ses interlocuteurs pendant une conférence de presse : elle a appelé le diplomate en chef de l'UE Javier Solana, du nom d'un bonbon (‘Solano’), et la commissaire européenne aux relations extérieures ‘Benina’ au lieu de Benita. Tous deux se tenaient juste à côté d'elle et levaient les yeux au ciel en pensant «ah zut, pourquoi les Américains sont-ils incapables de retenir les noms des gens à qui ils parlent ?» […]

Eternal Remont a écrit ceci, dans un billet intitulé «La diplomatie des grands sourires» :

[…] Apparemment, voilà à quoi nous pouvons nous attendre de notre nouvelle secrétaire d'Etat, qui doit à présent renégocier un traité-clé de désarmement avec M. Lavrov, l'amener à éliminer le programme d'armement nucléaire iranien destiné à raser Israël, tout en restaurant dans le même temps la confiance parmi des alliés qui se demandent avec appréhension quand Washington va les trahir.

Comment y arriver ? Avec des poussins en caoutchouc et des boutons-sonnettes, apparemment. Pourquoi pas des coussins péteurs ? Ça vous vaudra vraiment le respect à la table des négociations. […]

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