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Maroc : Rupture des relations diplomatiques avec l'Iran

Le 6 mars, l'annonce a été faite que Rabat avait choisi de rompre ses relations avec Téhéran, après un litige diplomatique opposant le Bahrein et l'Iran, né d'une déclaration d'un dirigeant iranien sur la souveraineté du Bahrein. En outre, le Maroc a accusé l'Iran de vouloir influencer des Marocains en Europe en faveur de l'islam chiite.
Ibn Kafka, qui a aussi traité de cette affaire sur son blog en français, a écrit un article sur le nouveau blog sur le Maghreb, Maghreb Politics Review, analysant la situation [en anglais] et offrant une excellente perspective de la succession des événements :

Le 11 février : M. Nouri a fait un commentaire sur Bahrein, provoquant une réprobation générale – à laquelle s'est joint le Maroc.

Le 20 février : l'Iran convoque le Chargé d'affaires du Maroc à Téhéran, M. Mohamed Darif, pour demander des explications sur “les prises de positions du roi du Maroc”. Dans un message à son homologue bahreini,  le roi Mohamed VI avait qualifié les déclarations de M. Nouri “d'abjectes” et “absurdes” (citation en Français):

«Ces déclarations abjectes à l’endroit d’un pays arabe frère et membre actif dans son environnement régional et au sein de la communauté internationale ont suscité notre fort étonnement et notre profonde inquiétude (…) Nous considérons de même que ces déclarations absurdes sont en contradiction flagrante avec les principes et les règles du droit international, ainsi qu’avec les valeurs de coexistence et de bon voisinage auxquelles incite notre religion islamique tolérante». Le chargé d’affaires marocain aurait adopté un profil bas pendant cette rencontre, en répondant que le “Maroc souhaitait renforcer les relations avec l'Iran, qu'il a qualifiée de puissance régionale ayant une civilisation antique”. Un communiqué de IRNA, l'Agence de presse officielle iranienne, aurait été publié (je ne l'ai pas trouvé ,cependant), évoquant cette convocation et critiquant le Maroc pour sa réaction.

Le 22 février : le Ministre des affaires étrangères du Maroc, M. Taïeb Fassi Fihri, est allé au Bahrein porteur d'un message personnel de S. M. Mohamed VI au roi Hamad Ibn Aissa Al Khalifa, un geste très médiatisé au Maroc tant dans les journaux que sur le site du Ministère des affaires étrangères.

Le 23 février : M. Taïeb Fassi Fihri rencontre le Premier ministre Sheikh Khalifa Ben Salman Al-Khalifa.

Le 25 février : A son retour de Bahrein M. Taïeb Fassi Fihri convoque Son excellence Vahid Ahmadi, l'ambassadeur iranien au Maroc, pour lui faire part du mécontentement du Maroc après la convocation de son chargé d'affaires à Téhéran et les mots forts du communiqué mentionné ci-dessus. Le chargé d'affaires du Maroc est rappelé le même jour pour consultations pendant une semaine.

26 février : Taïeb Fassi Fihri souligne à nouveau la “stupéfaction” du Maroc d'être supposément pris à parti seul par l'Iran à propos du soutien à l'intégrité territoriale de Bahrein – le chargé d'affaires du Maroc serait apparemment le seul chef de mission étrangère a avoir été convoqué pour cette affaire au Ministère des affaires étrangères iranien, alors que beaucoup d'autres pays arabes et non arabes ont pris une position similaire – du moins, si l'on en croit le Ministère des affaires étrangères du Maroc.
6 mars : le Maroc décide de rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran – si l'incident diplomatique à propos de Bahrain est toujours mentionné, l'aspect religieux est beaucoup plus souligné. L'ambassade d'Iran est accusée de s'être immiscée dans les affaires intérieures marocaines en faisant du prosélytisme – des accusations qui n'avaient auparavant jamais été exprimées à un niveau officiel. L'incident a continué depuis, avec l'Iran reprochant au Maroc sa décision, et le Maroc réaffirmant son droit souverain de rompre les relations diplomatiques avec qui il choisit.
Quelques remarques s'imposent : alors que l'Iran a commencé cette brouille diplomatique, le Maroc a considérablement élevé la mise en rappelant son chargé d'affaires – une mesure qu'aucun autre pays arabe n'a pris durant ce conflit, même pas Bahrein. C'est une escalade considérable, en termes diplomatiques. Il faut rappeler que le Maroc a pris ce genre de décision – rappeler son ambassadeur – quand le roi d'Espagne Juan Carlos a fait une visible officielle en novembre 2007 dans les enclaves espagnoles au Maroc, Sebta et Mlilia, que le Maroc revendique. L'intégrité territoriale de Bahrain – si l'on accepte que la déclaration de Monsieur Nouri pouvait être perçue comme une menace – serait donc aussi digne d'action diplomatique que  Sebta et Mlilia, ce qui est nouveau pour l'opinion publique marocaine – mais personne ne s'est inquiété de la consulter sur cette question…

Dans un excellent billet, Adilski du blog A Moro in America pose une question difficile “La décision de Rabat était-elle justifiée ?”. Le blogueur analyse :

Avec la popularité grandissante de l'Iran dans le monde arabe et musulman, pour son soutien au Hamas et Hezbollah contre Israël, tout geste hostile d'un pays musulman envers lui serait impopulaire et inacceptable et c'est ainsi qu'est apparu le Maroc quand il a décidé de rompre les relations. Ce qui est plus surprenant et bizarre aux yeux de beaucoup est que les arguments utilisés par la diplomatie sont trop faibles, au pire, et contradictoires, au mieux.  Alors que Monsieur Fassi Fihri, le Ministre marocain des affaires étrangères, dit que cette décision a été motivée par  les termes choisis par l'Iran pour parler du Maroc dans les commentaires sur Bahrein, le porte-parole du gouvernement marocain, M. Nasiri, prétend que l’ Iran se livre à une campagne pour répandre le chiisme parmi les Marocains d'Europe et dans le royaume même.
Ces déclarations officielles contradictoires ne révèlent pas seulement la faiblesse des arguments de Rabat, mais aussi la posture défensive adoptée par la diplomatie marocaine, après avoir compris qu'il s'agissait en effet d'une décision impopulaire, que ce soit dans le pays ou à l'échelle régionale.
L'affaire de Bahrein ne résiste pas à l'examen dans les motifs de cette décision, il y a d'autres explications possibles plus plausibles, même si elles ne sont pas dévoilées officiellement, pour des raisons évidentes.
Le Maroc maintient de bonnes relations avec deux alliés des USA, c'est-à dire Israël et l'Arabie Saoudite, qui se trouvent être les ennemis jurés de l'Iran, pour des raisons idéologiques et politiques. Ces deux nations ont très certainement joué un plus grand rôle dans la crise diplomatique entre le Maroc et l'Iran que tous les autres facteurs.

1 commentaire

  • Prince des canuts

    Droit international, le maroc ferait bien de balayer devant sa porte au moment ou il est condamné de tout coté par, l’ue, les droits de l’homme, l’onu, le maroc n’a rien à envier à l’iran il tient des propos extremement agressif à l’egard de l’algerie, au moins l’iran ne colonise pas et ne spolie pas

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