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Madagascar : Les forces de sécurité harcèlent les blogueurs et utilisateurs de Twitter

Les opposants à la Haute Autorité de Transition manifestent quotidiennement dans la capitale malgache depuis le 21 mars 2009. La marche de protestation qui a eu lieu samedi dernier a été sévèrement réprimée [en anglais] par les forces de sécurité et s'est soldée par au moins 34 blessés, dont des enfants. Pendant la manifestation, un jeune homme, surnommé Razili par les internautes malgaches, s'est courageusement avancé vers les forces de sécurité en brandissant un drapeau avec fierté. Les hommes en armes ont tiré dans sa direction, mais il a continué de marcher malgré les balles, tenant haut son drapeau, parvenant finalement si près d'eux qu'ils l'ont attrapé et jeté dans leur pick-up tout en le passant à tabac ; ils ont ensuite jeté le drapeau de Madagascar par terre. Les internautes ne savent toujours pas ce qu'il est devenu.

Larrestation de Razily. (Photo de radotiana.blaogy.com)

L'arrestation de Razily. (Photo de radotiana.blaogy.com)

La HAT dirige aujourd'hui de facto Madagascar, après que l'ancien président Marc Ravalomanana a choisi de ne pas démissionner mais de transmettre ses pouvoirs à un comité militaire. Lequel a ensuite cédé le pouvoir à la HAT sous la contrainte (comme le montre une vidéo mise en ligne sur YouTube et ce dont peut témoigner l'ambassadeur américain qui a également été menacé et mis en joue par une arme). La HAT a depuis été dûment reconnue par la Haute Cour constitutionnelle de Madagascar, garante du respect des lois et de la Constitution dans le pays.

Aucun pays n'a jusqu'ici reconnu la HAT et son nouveau président, Andry Rajoelina, le plus jeune président africain jamais nommé, qui, selon la constitution malgache, est même trop jeune de six ans pour pouvoir se présenter à une élection présidentielle !  Quant à l'ancien président malgache, Marc Ravalomanana, il s'est échappé de justesse de son palais et est allé chercher refuge en Afrique du Sud puis au Swaziland [en anglais].

La Communauté de développement de l'Afrique australe [en anglais] et l'Union africaine, qui comptent plusieurs pays connus pour ne pas être des chantres de la démocratie et du respect des droits de l'homme, ont décidé qu'elles ne tolèreraient pas de coup d'état perpétré par ses membres et ont non seulement suspendu Madagascar de leurs organisations mais réfléchissent à des sanctions. Le pays a par ailleurs été suspendu de l'Organisation internationale de la francophonie jeudi 2 avril.

Beaucoup de pays occidentaux, tels la Norvège et les États-Unis, ont stoppé l'envoi d'aide à Madagascar et d'aucuns s'inquiètent de savoir comment ce pays accablé par la pauvreté, et dont le budget dépend pour 80 % de l'aide étrangère, réussira à garder la tête hors de l'eau. Et ce, bien que la HAT vienne d'annoncer, afin de renflouer  ses caisses – tout au moins provisoirement -, son intention de vendre le jet privé l'avion récemment acquis par Marc Ravalomanana pour près de 45 millions d'euros et baptisé Air Force One/Two. La France, qui a été accusée localement, sinon de l'avoir fomenté, d'avoir au minimum soutenu le putsch, a infléchi sa position et dit à présent continuer de considérer Marc Ravalomanana comme le président légitime aux termes de la Constitution malgache.

La crise politique actuelle est si inhabituelle et sort tant des schémas classiques que les blogueurs et utilisateurs de Twitter s'efforcent d'en assurer le suivi. Les informations relatives à la crise malgache ont abondé sur Internet, attirant l'attention internationale. Notre collaborateur, Lova Rakotomalala, a fait l'objet d'un article du Wall Street Journal [en anglais] et d'une interview [en anglais] sur CNN pour le dévouement avec lequel il a relayé et traduit en anglais les messages envoyés par les utilisateurs de Twitter. Un autre blogueur, Solofo Rafeno, a été invité à participer à un débat sur France 24 [en anglais].

De récents et inquiétants développements pourraient entraver à l'avenir la transmission d'informations par les utilisateurs de Twitter et les blogueurs malgaches. Le 30 mars, le site internet Topmada.com signalait ceci :

“20:00 – La police et les militaires ont arrêté certains journalistes et photographes pour les forcer à effacer leurs photos.”

Ces informations ont été confirmées par des abonnés de Twitter. L'un d'eux, Thierry_ratsiz a été arrêté et obligé d'effacer ses photos numériques par les forces de sécurité.

thierry_ratsiz: #madagascar Ils m'ont juste prié de ne pas prendre photos (d'eux!!) et effacer photos, peur de photos diffuses sur internet!!
thierry_ratsiz: hola, interpelé par les gendarmes pour avoir été surpris en prenant des photos… :/ #madagascar

Les blogueurs et utilisateurs de Twitter R1lita et Pakysse racontent avoir vécu la même expérience :

TRT @r1lita: @pakysse, other twitterer in #Madagascar, was also ordered to delete the photos he took in Antaninarina by police earlier.

TRT @r1lita : @pakysse, un autre utilisateur de Twitter malgache a également été forcé par la police de supprimer les photos qu'il avait prises plus tôt à Antaninarenina.

Mais l'incident le plus effrayant a été raconté par Avylavitra, un des blogueurs ayant le plus écrit sur la crise. Voici ce qu'il dit [en malgache] :

“Nahazendana ny maro ny zavatra nitranga teto satria tsy nanmpoizina velively: nisy iray tamin’ireo miaramila avy tao amin’ny RM1 izay nivoaka teo amin’ny arabe no tonga dia nanondro basy AHY no sady niteny hoe:
Miala any ny mpanaogazety, Tsy mila mpanao gazety eto. Miala sao tifiriko eo an.

Tsy nahita izay hatao aho no sady nanangana fotsiny ny karatra niantona tety ambozoko. Eo ambony Scooter aho amin’io raha mandeha an-tongotra kosa ny maro tamin’ireo mpanao gazety sy mpaka sary maro namana teny an-kianja mafana teny. Rehefa hitany fa tsy nihetsika aho no sady mbola nanangana ny karatra tety an-tanako, dia vao mainka niakatra ny feon’ilay ranamana. Tsy haiko na mpifehy ao amin’io toby io ilay zalahy iny, na iza. Fa ny fihetsika nataony aloha no niarahana nahita.

Nisy tamin’ireo mpanao gazety sasany no nihiaka niteny azy nanontany hoe :

Fa hatramin’ny oviana ny mpanao gazety no tsy mahazo maka sary sy manao ny asany. Sa efa niova indray koa ny lalàna?

Namaly ranamana no sady efa nikendry ny lohako. Ny elanelan’ny trotoir roa no manasaraka anay amin’io fotoana io. Hoy indrindra izy:

Rehefa hoe tsy mila mpanao gazety eto dia tsy mila, miala hoy aho sao tifiriko eo. Tifiriko ialahy an!’

Fahatsiarovana sady tsara no ratsy ho ahy iny ry zalahy namana. Kanefa tsy mba voatahiriko an-tsary, fa dia ny nanodina ny Scooter sy ny nidina ambanimbany namonjy ireo mpanao gazety sy mpaka sary sasany no nataoko sisa.

Koa miangavy anareo izay nahazo sary an’iny ’scène’ iny aho, tena miangavy. Mba omeo sary hotehiriziko, na farafaharatsiny, mba omeo rohy hahafahako mijery azy.

Enga anie ka ho anatra ho an’ireo miaramila rehetra ny namoahako ity lahatsoratro ity, fa aleo hivoaka ny marina sy ny nisy. Izay rahateo no ezahako ijoroana hatrany amin’ity GazetyAdaladala ity.”

Ce qui s'est passé est d'autant plus étonnant que c'était inattendu. Un des soldats du RM1 [note de l'auteur : il s'agit du nom d'une caserne], qui patrouillait dans la rue, a pointé son arme vers MOI et dit :
“Que les journalistes s'en aillent. Nous n'avons pas besoin de journalistes ici. Partez ou je tire !”
Je ne savais pas quoi faire alors je lui ai juste montré la carte que je portais autour du cou. Je conduisais à ce moment là un scooter alors que la plupart des journalistes et photographes étaient à pied. Quand il a vu qu'au lieu de bouger je montrais ma carte, il est encore monté d'un ton. Je ne sais pas s'il était responsable de la caserne ni qui il était. Mais tout le monde a pu voir ce qu'il faisait.
Quelques journalistes ont osé lui demander :
“Depuis quand les journalistes ne peuvent-ils plus prendre de photos et faire leur travail ? Est-ce que la loi a changé ?”
Il a répondu en pointant son arme vers ma tête. Nous n'étions séparés que par la largeur du trottoir. Il a répété :
“J'ai dit que je n'avais pas besoin de journalistes ici, alors allez-vous en ou je vais tirer. Je vais vous abattre !”
Ce fut un moment aigre-doux pour moi, mes amis. Mais je n'en ai pas la trace sur film, car j'ai juste fait demi-tour et me suis éloigné avec les autres journalistes et photographes. Donc, je vous demande, à ceux qui auraient pu filmer la scène, de m'envoyer au moins le lien grâce auquel je pourrais la visionner. J'espère que la mise en ligne de ce billet servira de leçon à ces soldats, car tout le monde va connaître la vérité et ce qui s'est passé. C'est ce que je m'efforce de faire sur le blog GazetyAdaladala.

Le blog mydago.com choisit de prendre les derniers événements avec humour :

“Mais que peut Internet contre des armes à feux ? Contre des grenades lacrymogènes ? Contre des militaires en pick up et brodequins ? Et les fusils ? Rien ! Mais absolument rien ! Alors quel est le problème ? Et puis, Madagascar est une île. Laissez donc tranquille cette île. C’est bien une île. Il y a la mer autour. Et la prochaine terre est loin. Cà permet de tout cacher. Les violence, les excès, et tout. La dictature même. Les dictatures.

Mais aujourd’hui, plus rien ne va. Quand on fait un coup d’état, les militaires ne peuvent plus faire leur travail normalement comme avant. Les jeunes d’aujourd’hui sont intenables. Ils sont extrêmement ennuyeux !!! Ils prennent des photos et des vidéos. Ensuite ils les transmettent par Internet à des sites. Qui ensuite les publient dans le monde entier. Ah, ils sont vraiment ennuyeux ces jeunes d’aujourd’hui. Il n’y a plus de valeurs. Ils ne respectent plus la force ! La force militaire !”

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