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Rwanda : Quinze ans après le génocide

Aujourd'hui marque la fin d'une semaine de deuil national, décrétée au Rwanda pour marquer les quinze ans du génocide qui fit 800000 morts en 1994. Des cérémonies ont eu lieu le 7 avril à Kigali, la capitale, et à Nyanza, où plus de 5 000 personnes furent massacrées. Dans un stade de Kigali, des milliers de bougies ont été disposées afin de former le mot “espoir” en trois langues.

Sur son blog Negrita's Chronicles, une Rwandaise a appelé ses lecteurs [en anglais] à participer à la veillée aux bougies organisée dans tout le pays en souvenir des victimes :

Cela fait quinze ans que le Génocide a changé à jamais mon pays et mon peuple.

Le monde est resté silencieux alors que s'élevaient en vain les appels à l'aide.

S'il vous plaît, joignez-vous à nous en allumant une bougie en souvenir de ceux qui ont perdu la vie et dans l'espoir d'un futur fait de paix, de justice et de réconciliation véritable.

Negrita a successivement mis en ligne une vidéo [en anglais] promouvant la campagne “Des bougies pour le Rwanda” [en anglais] et la chanson “Plus jamais” [en anglais] écrite et enregistrée à l'occasion de la commémoration du génocide. La chanson [en anglais] a été composée par le chanteur de gospel rwandais Jean Paul Samputu en kinyanrwanda, mais ses refrains sont interprétés en plusieurs langues (anglais, français, swahili, kirundi et kiganda) par des musiciens venus de différentes régions.

Photos denfants victimes du génocide au mémorial de Kigali. (Photo dElia Varela Serra)

Photos d'enfants victimes du génocide au mémorial de Kigali. (Photo d'Elia Varela Serra)

Martin Leach, responsable du Département britannique du développement international (le DFID) au Rwanda, a assisté aux cérémonies de Nyanza et en décrit le déroulement [en anglais] sur son blog :

Des centaines de personnes ont péniblement grimpé la haute colline de Nyanza, beaucoup d'entre elles portaient quelque chose de violet, un foulard, un châle, et même un brassard pour poignet violet. Le violet est la couleur du deuil au Rwanda et hier, mardi 7 avril, c'était le 15eme anniversaire du génocide. En haut de la colline, j'ai rejoint la foule dense réunie pour la cérémonie commémorative. Coincé entre deux ambassadeurs, j'ai écouté les témoignages poignants de ceux qui avaient survécu au massacre, perpétré à l'endroit même où nous étions assis, ceux qui n'avaient eu personne pour les protéger des cruelles attaques menées par les milices.

Mais ce sont les jeunes qui m'ont ému le plus : des fillettes habillées de violet et de blanc ont récité des poèmes en kinyarwandan, appelant à garder courage pour l'avenir malgré le chagrin et la peine ; un chœur d'enfants, arborant les mots “Plus Jamais” sur leurs tee-shirts et leurs bandeaux, a chanté avec émotion l'importance de ne jamais oublier le génocide. Même les ministres du gouvernement ont versé des larmes, se souvenant de ce qu'ils avaient vécu et des êtres chers disparus. Je n'arrive pas à l'imaginer : un million de personnes tuées en 100 jours. Comme la maire de Kigali l'a dit, “un innommable mal” s'était emparé du pays.

Michael Abramowitz, représentant le musée-mémorial américain de l'Holocauste, était à Kigali lors des cérémonies. Sur le blog World is Witness, Michael Abramovitz relate le témoignage [en anglais] d'un survivant appelé Vénuste, dont l'histoire a ému l'assistance pendant la commémoration.

Vénuste, un homme à l'allure digne qui devait avoir entre la cinquantaine et la soixantaine, s'est avancé pour raconter à la foule silencieuse comment sa famille et ses voisins décidèrent d'aller se réfugier dans l'Ecole Technique Officielle voisine, pensant qu'ils y seraient en sécurité grâce à la présence d'un petit contingent de Casques Bleus belges stationné là. Mais quatre jours plus tard, ils furent choqués d'apprendre que la petite troupe onusienne quittait les lieux, expliquant à ceux réunis dans l'enceinte de l'école que des gendarmes viendraient à leur secours. Les soldats de l'ONU ont ignoré leurs supplications désespérées les enjoignant de ne pas les laisser à la merci des soldats du gouvernement et des milices armées qui encerclaient l'école.

Après le départ du dernier Casque Bleu, Vénuste et quelque 5 000 autres, qui s'étaient rassemblés dans l'enceinte de l'école, ont été obligé de se mettre en marche sous les huées et les coups des miliciens hutus, des soldats et de civils brandissant des machettes, des fusils et autres armes. Certains parmi les survivants ont décrit la scène comme une “marche mortelle”. Vénuste a perdu son bras droit, tranché par l'un de ces persécuteurs. Les marcheurs ont atteint cette colline ordinaire, où ils ont été encerclés par une bande de tueurs et agressés à coup de grenades, machettes et massues. Au bout de quelques heures, “nous gisions dans des mares de sang”, a dit Vénuste.

Des 5 000 personnes environ qui cherchèrent refuge près de là auprès des troupes de l'ONU, à peine 100 survécurent, selon Vénuste. Il ne doit la vie qu'au fait d'être resté couché sous des cadavres, négligés par les tueurs en quête de signes de vie au milieu du carnage.

Impressionné par le développement économique du Rwanda, Michael Abramovitz n'a vu aucune trace des atrocités vécues 15 ans auparavant :

Visitant le Rwanda pour la première fois, il m'est difficile de ne pas être perplexe devant la discordance entre les féroces événements d'il y a seulement 15 ans et le calme apparent et la prospérité régnant au Rwanda, lequel aspire à devenir le centre d'une Afrique de l'est économiquement pleine de vie. Alors que nous sortions de la ville en voiture pour nous rendre dans l'une des églises où l'on peut toujours voir les crânes et effets personnels des Tutsis assassinés, nous sommes passés près d'ouvriers creusant des fossés sur le côté de la route afin d'y placer de nouvelles lignes de fibre optique. Un nouvel arrivant se demande : Comment ce magnifique pays, systématiquement présenté par les Africains comme l'un de ceux fonctionnant le mieux sur le continent, a-t-il pu vivre une telle sauvagerie ?

Des pêcheurs ougandais extraient hors du lac Victoria des corps qui ont parcouru des centaines de kilomètres après avoir été jetés dans des rivières au Rwanda. (Photo de Dave Blumenkrantz, utilisée sous licence Creative Commons)

Des pêcheurs ougandais extraient du lac Victoria des corps qui ont parcouru des centaines de kilomètres après avoir été jetés dans des rivières au Rwanda. (Photo de Dave Blumenkrantz, utilisée sous licence Creative Commons)

Colette Braeckman, une journaliste belge auteur de plusieurs livres sur l'Afrique centrale, a également assisté à la cérémonie commémorative de Kigali et en retient ceci :

Depuis la foule amassée devant le « jardin de la mémoire » et le monument consacré au génocide, des cris jaillissent, perturbent les discours officiels. A tout moment, des corps convulsés ou immobilisés par les syncopes sont emportés par des ambulances. Lorsque Vénuste Kasirika s’empare du micro et raconte son calvaire, son récit est ponctué par les sanglots qui secouent l’auditoire.

Se promenant dans la Kigali contemporaine, Colette Braeckman fait le même type d'observation que Michael Abramowitz sur cette déconnexion du pays d'avec son horrible passé :

Dans cette cité moderne, ambitieuse, dont les quartiers populaires ont été rasés et les habitants transplantés plus loin, au milieu de ces immeubles abritant des banques, des commerces et des bureaux, au vu de ces parterres taillés au ciseau et de ces espaces verts qui ressemblent à des jardins anglais, comment croire que, voici quinze ans, les bennes de la voirie ramassaient les cadavres à la pelle et les déversaient devant l’hôpital, comme des tas d’immondices ? Au vu de ces gens bien habillés, portant tous des chaussures de ville (les nu-pieds sont interdits) comment se souvenir de ces tueurs au regard halluciné, ivres de bière, de chanvre et de haine, ceints d’amulettes, qui brandissaient fusils et longues machettes et traquaient, comme du gibier, leurs voisins tutsis débusqués dans les faux plafonds, les fossés et les fourrés de haies vives ?

Yves Zihindula, un blogueur congolais installé à Goma, se rappelle du génocide vu de l'autre côté de la frontière :

Voici 15 ans jour pour jour, que des centaines de milliers de gens (réfugiés) se sont déversés en République démocratique du Congo. Cette date me rappelle les images abominables des femmes et enfants affaiblis par la faim dans les rues de Goma. Je me souviens avoir vu des cadavres d’homme dans le lac Kivu, jetés depuis la partie rwandaise du lac et emmenés par le courant vers les bords du côté congolais. J’ai vu à l’époque des camions à benne transporter des corps humains et les déposer dans des fosses communes.

Des souvenirs pas du tout bons. Ça me fait toujours bizarre de réaliser cette tragédie. Des humains s’entretuer. Quand bien même chez les animaux, ce genre des situation arrive rarement. J’ose espérer que ça ne se répétera plus jamais et que l’Afrique entière (pourquoi pas le monde entier) en a tiré les leçons.

Pour des informations complémentaires et détaillées sur le génocide rwandais, vous pouvez lire les billets publiés sur le blog Stop Genocide [en anglais] et intitulés  : False story, Real Genocide : The Use and Abuse of Identity in Rwanda (Histoires fausses et vrai génocide : user et abuser d'une identité au Rwanda) et Genocide in Rwanda : A Distinctly Modern Tragedy (Génocide au Rwanda : une tragédie clairement contemporaine).

1 commentaire

  • Mr anick Roschi

    Herbe douce

    À son huitième jour
    Bergeronnette
    La bien nommée

    À sa huitième année
    Bergeronnette
    La bien aimée
    Sur un tronc
    Sa tête éclatée

    Après huit années
    Bergeronnette
    Ton bourreau prisonnier
    Sa tête purifiée

    Paroles avouées
    Liberté affirmée

    Dans ton bec
    Bergeronnette
    Une herbe douce *
    Envolée

    * Kigali 2002

    Anick Roschi Juillet 09

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