Toutes les langues dans lesquelles nous traduisons les articles de Global Voices, pour rendre accessibles à tous les médias citoyens du monde entier

En savoir plus Lingua  »

Macédoine : Facebook ferme le compte du Ministère de l'Intérieur

Le portail macédonien IT.com.mk rapporte [en macédonien] que le réseau social Facebook a fermé le compte du Ministère de l'Intérieur de la République de Macédoine (MdI), pour non respect des conditions d'utilisation.

Les raisons supposées pour la suppression du compte invoquaient l'usage privé et non commercial des profils personnels, la publication de photographies “dérangeantes” sur le profil – dont celles de cadavres de victimes de crimes -, ainsi que le risque de violations de la vie privée d'autres utilisateurs de Facebook.

La création et surtout la suppression du profil du MdI sur Facebook ont suscité une attention accrue des Macédoniens.

Après la mise en ligne du profil, l'article dans Utrinski vesnik, paru [en anglais] le 4 avril, rapportait le témoignage de journalistes invités à devenir « amis » avec le MdI via ce profil. Les journalistes ont perçu cette proposition comme une possible menace pour leur vie privée, car, après avoir établi cette « amitié », l'administrateur du profil pouvait avoir accès à toutes leurs activités sur ce réseau social.

Le quotidien Dnevnik a évoqué [en macédonien, comme tous les blogs et sites cités, sauf mention contraire] des faits similaires de menaces contre la liberté de la presse le 14 février, lorsqu'un employé du MdI a demandé à plusieurs reprises que le journal lui fournisse la liste des numéros de téléphone portable des journalistes traitant de sujets politiques ou sociaux. Ce scandale a pris fin avec les excuses publiques du MdI.

Les officiels du ministère cités dans l'article original de Utrinski vesnik affirmaient que le profil Facebook est un moyen « non-officiel » de communiquer et que son but est de rapprocher les hommes politiques des citoyens.

Au cours du week-end dernier, certains citoyens ont profité de cette opportunité pour demander [sur le profil] où ils pouvaient dénoncer la violation de la Constitution et de la Loi sur la langue macédonienne, qui stipule que les organismes d'état doivent respecter certains standards linguistiques. Ils faisaient allusion à l'usage sur le profil de l'alphabet latin en lieu et place de l'alphabet cyrillique, et à l'absence de correction orthographique des textes. En réaction, au lieu de répondre, l'administrateur anonyme du profil a tout simplement effacé ces questions.

La blogueuse Viruelna a qualifié ce profil de « parfait amateurisme », et a souligné le paradoxe contenu dans les déclarations d'une institution officielle qui prétend communiquer de manière non-officielle. Elle ajoute  :

[…] Ils devraient publiquement révéler qui est derrière le profil. Honnêtement, j'aimerais vraiment savoir qui est le fonctionnaire – un employé du MdI – qui utilise mes impôts et les vôtres à passer ses journées sur Facebook. Les changements sur le profil sont très fréquents, pratiquement toutes les secondes, et durant les horaires de bureau, ce qui signifie que « quelqu'un surveille en permanence… » J'y pense, mon copain se plaint que je suis cyber-[dépendante]. Je suis donc qualifié pour un emploi au MdI. Je n'aurai aucun problème à recevoir un salaire de l'État pour mettre à jour un profil Facebook huit heures par jour. Cerise sur le gâteau, je promets d'être active sur le t'chat de Facebook, et je peux aussi gérer différents profils en même temps !!!

[…]

Le profil présente aussi des photographies qui doivent provenir d'archives du MdI. Publier de tels documents ne requiert-il pas une autorisation spéciale ? Ou alors les fonctionnaires peuvent être imprudents, et partager tout ce qu'ils trouvent sur les serveurs de l'administration […]

Le 8 avril, Utrinski vesnik a mis en ligne une déclaration de Damjan Arsovski, rédacteur en chef du site IT.com.mk :

J'ai eu l'idée de contacter Facebook après avoir lu un article déclarant que les lois macédoniennes n'interdisent pas au MdI d'ouvrir un profil, mais personne n'a évoqué le respect des règles internes et des usages de Facebook […]

Janko Ilkovski, l'animateur de l'émission pro-gouvernementale « Jadi burek », a lui aussi évoqué le problème du profil Facebook du MdI. Sa notoriété a grandi récemment, quand il a  appelé à l'action contre la manifestation pacifique organisée le 28 mars par un groupe opposé à la décision du gouvernement d'utiliser des fonds publics pour bâtir une nouvelle église à Skopje. « La contre-manifestation » a dégénéré [en anglais], et la police n'a pu empêcher les pro-gouvernements de s'en prendre physiquement à des étudiants. Dans son émission du 7 avril, Janko Ilkovski, a dénoncé [n.d.t. : à propos des déclarations de Damjan Arsovski] une forme de ‘délation’, et a, à plusieurs reprises, répété le nom de celui qui a osé attiré l'attention de la société étrangère sur le profil du MdI.

Les éditorialistes et blogueurs pro-gouvernementaux ont mené une campagne contre l'évocation des problèmes du pays à l'étranger, présentant cela comme de la ‘délation’ et de la haute trahison.

Dans une déclaration à Radio Free Europe au sujet de cette affaire, Darko Buldioski, représentant de l'ONG New Media Centre, a affirmé que, selon lui, la fermeture du compte du MdI résultait d'une erreur des employés qui l'ont ouvert, qui n'ont pas lu les conditions d'utilisation.

En fait, Facebook n'interdit pas aux entités légales et aux institutions d'utiliser leur plate-forme, mais elles doivent se servir des pages appropriées et des groupes, ou louer des espaces publicitaires. Ces solutions permettent d'informer, tout en étant beaucoup moins envahissante pour la vie privée des utilisateurs réguliers quand on compare les profils institutionnels aux profils personnels, réservés aux particuliers.

La protection de la vie privée reste un sujet extrêmement important en Macédoine, toujours en lutte avec le poids des régimes totalitaires. Avant 1990, le système de surveillance de l'État utilisait des outils technologiques et recrutaient parents, amis et collègues des « suspects », qui devaient informer les autorités de tous leurs déplacements. Dans un extrait de son livre Communist Intimacy publié sur le portail Okno.mk, l'écrivain et professeur Jasna Koteska raconte la tragique expérience de sa famille, résultat de quarante ans de surveillance systématique de son père, le regretté poète Jovan Koteski :

Quand vous observez cette diffusion du pouvoir étatique et sa plus perfide pénétration dans la sphère intime, au travers de vos amis, vous ne pouvez pas demander : avaient-ils des limites ? Les parties du dossier accessibles à la famille ont révélé que des amies de ma mère, les épouses de nos célèbres poètes, étaient aussi des informatrices de la police. Où s'arrête la liste ? Quelles surprises restent encore derrière les traits au marqueur noir qui cachent les identités de certains de ces informateurs dont l'identité est toujours tenue secrète ? »

Commentez

Merci de... S'identifier »

Règles de modération des commentaires

  • Tous les commentaires sont modérés. N'envoyez pas plus d'une fois votre commentaire. Il pourrait être pris pour un spam par notre anti-virus.
  • Traitez les autres avec respect. Les commentaires contenant des incitations à la haine, des obscénités et des attaques nominatives contre des personnes ne seront pas approuvés.

Je m'abonne à la lettre d'information de Global Voices en Français
* = required field
Non merci, je veux accéder au site