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Rwanda : La question du FDLR n'est pas réglée

En janvier dernier, le conflit du Nord Kivu a une fois de plus évolué avec l'arrestation au Rwanda de Laurent Nkunda, chef du groupe rebelle CNDP, et l'entrée de l'armée nationale rwandaise (Rwandan National Army, RDF) en république démocratique du Congo (RD Congo) [anglais] afin de déraciner le groupe rebelle FDLR lors d'opérations conjointes avec l'armée nationale Congolaise (FARDC). L'offensive commune fut saluée comme un succès et comme un symbole du nouvel état d'esprit de collaboration entre la RD Congo et le Rwanda. Rebecca Feeley, du blog Enough Said, explique [anglais] que le ministre congolais de la défense est allé jusqu'à déclarer que la menace du FDLR était “neutralisée”.

Refugees International, une organisation de défense des personnes déplacées basée à Washington, a publié en mars un rapport [anglais] sur la situation au Kivu. Leurs conclusions concernant l'opération militaire conjointe RDF-FARDC étaient :

La tentative de solution militaire à la question du FDLR semble être loin d'avoir réussi à handicaper le groupe rebelle, malgré le désarmement récent de plus de 400 combattants par la MONUC. Au lieu de cela, les opérations ont conduit à de graves conséquences pour les congolais du Nord et du Sud Kivu, y compris de nouveaux déplacements de population.

Le blog Stop the War in North Kivu commente [anglais] ainsi le rapport :

Peu d'organisations annoncent publiquement que l'opération militaire conjointe n'a pas été un succès. Je partage leur analyse à 100%.

Refugees International insiste également sur l'importance du dialogue comme seule voie vers une solution durable à la présence du FDLR en RD Congo. EURAC a exprimé la même opinion il y a quelques semaines. Les solutions militaires à des problème politiques conduisent dans la plupart des cas à des désastres.

Le FDLR est une milice créée par les réfugiés Hutus en RD Congo, qui est soupçonnée de compter dans ses rangs des membres des Interahamwe qui menèrent le génocide de 1994 au Rwanda. Selon Wikipedia, cette milice a reçu un important soutien  du gouvernement congolais durant la guerre de 1998 à 2003 lorsque le gouvernement congolais l'utilisa comme intermédiaire contre les forces étrangères agissant dans le pays, notamment l'Armée Patriotique Rwandaise (APR) et le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), un mouvement soutenu par le Rwanda. Après plusieurs journées de discussions avec des représentants du gouvernement de RD Congo à Rome en 2005, le FDLR annonça qu'il abandonnait la lutte armée et retournait au Rwanda en tant que parti politique. Quoi qu'il en soit, le gouvernement rwandais indiqua que tout génocidaire de retour devrait affronter la justice, probablement devant un tribunal gacaca.

Mattew Hugo, du blog Why won't they just go home analyse la position du Rwanda [anglais] envers le FDLR :

Historiquement, le gouvernement rwandais a tenté d'impliquer l'ensemble du FDLR dans le génocide. En 2004, l'ONG International Crisis Group a évalué le nombre de génocidaires parmi les rebelles à environ 10% [anglais], la grande majorité d'entre eux étant des enfants en 1994. Néanmoins, en 2008 le gouvernement rwandais a communiqué au gouvernement congolais une liste de membres du FDLR suspectés de génocide qui comportait 6974 noms, nombre qui coïncide avec l'estimation habituelle du nombre total de rebelles.

Stop the War in North Kivu cite [anglais] un article écrit par Nicolás Dorronso [espagnol] pour l'IECAH (Instituto de Estudios sobre Conflictos y Accion Humanitaria) qui explique pourquoi la négociation politique avec le FDLR est un sujet tabou au Rwanda :

Desde que la ofensiva diplomática de los Estados Unidos y el Reino Unido propiciara el acercamiento entre la RDC y Ruanda, el único discurso con respecto al FDLR ha sido el del abandono inmediato de las armas y la completa derrota militar. Nadie osa hablar de la posibilidad de una negociación, por limitada que sea, con este grupo. Esto resulta sorprendente si tenemos en cuenta que el país al que los integrantes del FDLR aspiran a volver adolece de un extraordinario déficit democrático.

El pasado 19 de marzo, la experta norteamericana Ruth Wedgwood afirmaba ante el Comité de Derechos Humanos de Naciones Unidas que, a día de hoy, formar un partido político en Ruanda parece virtualmente imposible. Wedgwood hizo una reflexión interesante: recordó que las facciones hutu responsables del genocidio habían sido capaces de fomentar la masacre precisamente porque habían alimentado el miedo de que la población hutu sería oprimida y marginada. Lamentablemente, y con independencia de su indudable desarrollo económico, ese temido escenario se asemeja a la realidad actual de Ruanda, según muchos expertos. Filip Reyntjens, catedrático de la universidad de Amberes y uno de los mayores expertos en la región de los Grandes Lagos, afirmaba recientemente que no sólo las últimas elecciones locales ruandesas fueron manipuladas, sino incluso el informe mismo de los observadores electorales de la UE, que las consideró como válidas. Dado este déficit democrático, organizaciones como el European Network for Central Africa (EURAC), han abogado por una negociación política con el FDLR. Sin embargo, la cuestión continúa siendo tabú.

Alors que l'offensive diplomatique menée par les États-Unis et le Royaume-Uni a permis un rapprochement entre la RD Congo et le Rwanda, les seules propositions concernant le FDLR sont la reddition immédiate et la défaite militaire totale. Personne n'ose évoquer la possibilité d'une négociation, même limitée, avec ce groupe. Cela semble surprenant si l'on considère le fait que le pays dans lequel le FDLR souhaite retourner souffre d'un extraordinaire déficit démocratique.

Le 19 mars dernier, Ruth Wedgwood, une experte américaine des droits humains, a affirmé devant le Comité des droits de l'homme des Nations Unies que créer un parti politique au Rwanda aujourd'hui paraît virtuellement impossible. Wegwood fit une analyse intéressante : elle a rappelé que que les factions hutus responsables du génocide avaient réussi à encourager les massacres en alimentant la peur de la population hutu d'être oppressée et marginalisée. Malheureusement, et en mettant de côté les incontestables succès économiques du Rwanda, ce scénario craint semble être similaire à celui du Rwanda actuel selon de nombreux experts. Filip Reyntjens, professeur à l'université d'Anvers, et l'un des universitaires les plus respectés dans la région des grands lacs, a affirmé récemment que non seulement les dernières élections locales au Rwanda avaient été manipulées, mais que le rapport des observateurs de l'Union Européenne, qui les considérait comme valides, l'était également. Étant donné ce déficit démocratique, des organisations telles que EURAC ont plaidé en faveur d'une négociation avec le FDLR. Mais cette question reste tabou.

Le blogueur de la diaspora congolaise Colored Opinions cite un ancien commandant de la MONUC (Force de maintien de la paix des Nations Unies en RD Congo) qui défendait également l'idée d'une solution politique au problème du FDLR :

Le général Patrick Cammaert, ancien commandant de la MONUC, a récemment été interviewé sur la télévision hollandaise à propos de la guerre au Congo. Il déclara : “Le problème doit être résolu politiquement. Cela est également vrai pour les génocidaires hutus. Le président Kagame est fortement investi dans cette question. Le président du Rwanda voit les hutus génocidaires comme une menace pour son pays, je ne suis pas d'accord, je ne pense pas que les hutus génocidaires représentent un danger pour son pays […]”.

Un jeune combattant FDLR souhaitant être démobilisé en discussion avec Amani depuis le Sud Kivu (photo Steve Hege)

Un jeune combattant FDLR souhaitant être démobilisé en discussion avec Amani depuis le Sud Kivu (photo Steve Hege)

Matthew Hugo, qui a travaillé dans la région des grands lacs depuis quelques années, illustre le tabou que représente la question du FDLR au Rwanda et les difficultés des programmes de retour et de réintégration des combattants du FDLR avec l'histoire de l'ancien général des FDLR Séraphin Bizimingu [anglais], connu sous le nom de Amani Amahoro, une histoire qu'il a suivi de près :

J'ai rencontré le général Amani pour la première fois alors que j'effectuais des recherches sur les réfugiés rwandais en 2005. Il était le meneur largement apprécié d'une mutinerie au sein du FDLR. Cinq mois auparavant, les dirigeants politiques du FDLR avaient, à la surprise générale, déclaré un désarmement unilatéral et un retour en masse au Rwanda.

[…]

Amani s'était révélé avec le soutien du gouvernement congolais, et avait promis de mener le mouvement de retour malgré l'absence de garanties de sécurité. Lors d'une conférence de presse, il accusa les chefs du groupe de saboter l'opportunité historique de se retirer de l'équation militaire de la région. Le prétexte de la menace rebelle permettait au gouvernement rwandais de continuer à financer une guerre par procuration contre le Congo selon lui.

Selon toutes les parties, y compris le gouvernement rwandais, Amani n'était pas suspecté de participation au génocide et était largement considéré comme un modéré sur le plan politique. Lors d'une interview qu'il m'accorda, il affirma que la lutte non violente en faveur d'une ouverture politique depuis le Rwanda était le seul chemin pour une paix vraiment durable dans la région.

[…] en décembre [2005], Amani accomplit sa promesse et rentra au Rwanda avec plus de 150 soldats loyaux, l'un des plus important groupe d'ex-combattants depuis la mise en place du programme de démobilisation et de rapatriement de l'ONU (DDRRR). […]

À la suite de son départ, le général Amani fut rapidement transformé en symbole en faveur de l'effort des nations Unies pour promouvoir la désertion parmi les membres du FDLR. Il était mis en avant dans de nombreux tracts distribués aux rebelles dans les montagnes et forêts éloignées comme l'exemple de l'accueil chaleureux que le Rwanda offrait à ses frères qui choisissaient de rentrer au pays.

[…]

Le message d'Amani était tellement irrésistible que lorsque j'ai commencé à travailler avec le DDRRR, il m'arrivait fréquemment de mettre des combattants du FDLR en contact direct avec lui par l'intermédiaire d'un téléphone satellite depuis des zones isolées de la jungle congolaise. Son témoignage personnel était souvent suffisant pour apaiser leurs craintes de représailles et d'incarcération au Rwanda, craintes qui étaient largement partagées parmi les jeunes rebelles. Amani semblait toujours enthousiaste pour répondre à ces appels, et il a souvent répété au FDLR qu'un véritable changement politique ne pourrait être accompli que de l'intérieur du Rwanda.

Quoi qu'il en soit, et malgré l'exemple positif que constituait Amani, des accusations de participation au génocide furent portées contre lui fin 2008 et il fut ensuite cité devant les tribunaux traditionnels gacaca conduits par les aînés des villages. Le 22 janvier [2009], deux jours après le début des opérations militaires conjointes du Rwanda au Congo oriental contre le FDLR, les tribunaux gacaca condamnèrent Amani à la prison à vie.

Matthew Hugo conclut [anglais] son histoire en exprimant sa frustration devant l'impression de blocage permanent sur la question du FDLR :

Grâce à la stratégie consistant à associer toute opposition politique au génocide, la clique du RPF inféodée à l'Ouganda a réussi à verrouiller systématiquement le pouvoir à Kigali. Outre le fait que les observateurs informels de l'Union Européenne [anglais] ont suggéré que le pouvoir aurait obtenu jusqu'à 98% des suffrages lors des récentes élections locales, l'expert juridique américain du Comité des droits de l'homme des Nations Unies a affirmé que “il est quasiment impossible de créer un parti politique au Rwanda” [anglais].

Quoi qu'il en soit, malgré le retentissant appui pour le processus de paix avec d'impitoyables groupes de rebelles de la région tels que le LRA et le FNL, la simple idée d'un dialogue politique entre le Rwanda et le FDLR reste inconcevable.

Le blog Mo'dernity, Mo'problems a récemment commenté [anglais] un article écrit par le directeur de Human Rights Watch lors du 15ème anniversaire du génocide rwandais :

En mémoire du génocide au Rwanda, Ken Roth maintient la qualité des analyses de Human Rights Watch sur le Rwanda après le décès d'Allison Des Forges et écrit :

[…] “Le meilleur moyen d'empêcher un nouveau génocide est d'insister pour que Kagamé cesse de manipuler la précédente tragédie.”.

Alors que le 15ème anniversaire du génocide approche, on dirait que le Rwanda affronte un anniversaire agité dans les médias. Certains articles récents à propos de l'anniversaire ont dénoncé la manière dont l'administration rwandaise actuelle utilise le génocide pour la répression politique et comme une justification de son attitude belliqueuse.

Le blog aboumashimango, un blogueur de la diaspora rwandaise, appelle à la fin de la violation des droits civiques et politiques au Rwanda :

Le génocide des Tutsi et massacres des Hutus démocrates (opposants politiques, défenseurs des droits de l'homme, journalistes… et populations civiles innocentes) de 1994 trouvent leur racines dans l'histoire politico-ethnique du pays, la fracture sociale, l'angoisse et la terreur, ainsi que la mauvaise gestion politique de la question ethnique. A cela s'ajoute l'absence de l'espace démocratique et de la culture des droits de l'homme.

[…]

En ces moments où nous commémorons le 15ème anniversaire de Génocide des Tutsi et massacres des Hutus démocrates, j'appelle à la conscience de la Communauté internationale de faire preuve de courage pour mettre fin à des situations des violations flagrantes des droits civils et politiques que connaît le Rwanda, notamment le droit d'avoir une justice équitable. […]

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