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Équateur : Poursuites judiciaires contre une compagnie pétrolière pour dommages à l'environnement

Le procès Aguinda contre Chevron, qui a débuté il y a 16 ans, a attiré l'attention des médias internationaux – il a par exemple fait l'objet d'un récent reportage dans le programme de télévision 60 Minutes aux États-Unis. La multinationale pétrolière Texaco, et sa maison-mère Chevron, ont été poursuivies par des avocats qui représentent les communautés locales de Nueva Loja, connue aussi sous le nom de Lago Agrio, à l'est de l'Équateur.

Au cœur du procès, il s'agit de déterminer si la somme de 27 millions de  US dollars réclamée pour la pollution et les dégâts causés à l'environnement est imputable à la compagnie, même si elle a rétrocédé la zone d'exploitation à l'entreprise publique Petroecuador en 1992. Certains adversaires du procès soutiennent que le gouvernement équatorien est en train d'essayer de plonger ses mains dans les “poches profondes” de la multinationale pétrolière et de refuser d'endosser ses responsabilités dans la pollution environnementale.

Debris left by Texaco over one of the Nueva Loja rivers. Picture used under Creative Commons by http://www.flickr.com/photos/00rinihartman/

Décombres abandonnés par Texaco sur les rives du fleuve Nueva Loja. Photo publiée avec l'autorisation de http://www.flickr.com/photos/00rinihartman/

Le procès a attiré l'intérêt des journalistes qui ont visité la région de Lago Agrio, une province de Sucumbíos, pour constater personnellement les dégâts. Parmi les journalistes qui ont visité la communauté indigène de Cofan [les liens sont en anglais, sauf mention contraire],  Greg Palast de la BBC a fait la visite en pirogue et a écrit : “Je sais que c'est une histoire incroyablement simple. Des indiens aux chapeaux blancs avec leurs enfants décédés et des millionnaires aux chapeaux noirs riant des enfants cancéreux en jouant aux chaises musicales avec les ressources minières”. Une autre journaliste, Hannah Dahlstrom, du blog Upside Down World , a interviewé Emergildo Criollo, qui représente la communauté de Cofan, ainsi que d'autres groupes comme Kichwa et Secoya. La retransmission du reportage sur 60 Minutes a poussé Geoffrey Styles, un ancien employé de Texaco et blogueur sur Energy Outlook a s'exprimer :

Mon but n'est pas de refaire le procès, ici, ou de prétendre que Texaco a exploité les champs pétrolifères de l'Équateur dans les années 60, 70 et 80 en respectant les normes qui prévalent aujourd'hui, des décennies plus tard. Mais je sens le besoin de faire remarquer qu'il y a une autre version des faits que vous n'avez pas vu dimanche dernier, et qui est loin d'être aussi simple que la version en noir et blanc d'une grande entreprise qui se comporte aussi mal que le programme 60 Minutes l'a dépeint. Je suis déçu que CBS se soit laissée utiliser pour dépeindre une vision unilatérale de cette histoire, souillant la réputation de l'entreprise que j'ai connue de l'intérieur et de l'extérieur, ainsi que les dizaines de milliers de personnes correctes et responsables qui ont travaillé là – pas un groupe de criminels de l'environnement. Je sais que 60 Minutes peut mieux faire.

L'affaire s'est compliquée avec le paiement par Texaco de 40 millions de US dollars pour réparer les dégâts. Le Ministère équatorien du pétrole avait signé au préalable “une décharge” indiquant que la compagnie s'était acquittée de ses devoirs pour son rôle dans la pollution environnementale. Cependant, une loi équatorienne adoptée en 1999 accorde à tout citoyen le pouvoir d'intenter un procès pour dégâts environnementaux, ce qui a abouti à l'action en justice entreprise par l'avocat Pablo Fajardo.

De nombreux blogueurs équatoriens ont débattu du procès et des arguments des deux partis. Luis Alberto Mendieta de Política y Sociedad [en espagnol] cite Maître Diego Delgado, un récent candidat à la présidentielle, sur le comportement des multinationales travaillant en Équateur – qui équivaut généralement à profiter des ressources naturelles en laissant peu de profits au pays.

Les Équatoriens de l'est ne sont pas contents de ce que Texaco a laissé derrière elle. La compagnie est citée parmi les sept premières entreprises les plus irresponsables et elle est soupçonnée d'avoir provoqué la contamination des nappes d'eau souterraines et des cours d'eau, ce qui aurait causé des cancers bucaux, stomacaux, et de l'utérus, et des fausses couches spontanées. Emma Dish, une voyageuse qui est passée à Nueva Loja, a écrit un long billet sur son blog Where in the world is Emma Dish? où elle a publié des photos de la zone et elle a résumé  ses conversations avec des locaux:

Bas les masques! Les scènes que j'ai vues et les histoires que j'ai entendues ont rendu cette journée la plus horrible de ma vie. J'ai pleuré pendant tout le voyage de retour jusqu'à Quito. J'en ai encore les larmes aux yeux.

La blogueuse a aussi parlé avec l'activiste Emergildo Criollo, qui lui a décrit les problèmes de santé de la communauté :

Il m'a parlé des maladies venues avec le pétrole, des douleurs au ventre et à la tête, de la formation d'ampoules sur la peau, de la diffusion du cancer, maladies que pour la première fois dans l'histoire de leur communauté leurs chamans n'ont pas pu soigner.

Quels bouleversements dans le style de vie de ces gens, dans leur culture, leurs traditions et leur identités! Puff le dragon magique s'en est retourné furtivement dans sa caverne pour regarder désespéré la pile d'écailles accumulées à ses pieds.

En aucun moment QUELQU'UN ne les a informés des dangers qu'ils courraient s'ils continuaient à utiliser leurs eaux comme ils l'avaient toujours fait auparavant. Personne ne leur a suggéré de ne plus se baigner, ni de se laver, ni de boire l'eau de leurs rivières qui se contaminaient rapidement au contact des produits pétrochimiques. Il n'est venu en tête à personne d'informer cette nation de pêcheurs de ne pas considérer les poissons morts qu'ils trouvaient sur les rives de leurs cours d'eau comme une bénédiction. Pendant ce temps, les gens mouraient de cancers, à huit heures de route et sans les sommes d'argent inimaginables demandés par les hôpitaux les plus proches (conditions particulièrement difficiles pour des personnes dont les élevages et les moyens de subsistance disparaissaient avec les poissons) et leurs femmes accouchaient d'enfants avec des malformations.

Même le Président de l'Équateur Rafael Correa a pris position en faveur des résidents et de leur procès. Cependant, la compagnie accuse le gouvernement d'interférer avec une décision de justice, que le juge de Nova Loja doit encore  prononcer, pour faire pression afin que la décision soit défavorable à la compagnie. J Major [en espagnol] est d'accord avec la compagnie américaine :

Este respaldo a la demanda puede hacer al presidente más popular (si cabe) pero no le hace bien a los demandantes. Si llegara a haber una sentencia en contra de Texaco, la petrolera internacional podría argumentar que el fallo se debió a la presión política que el juez habría de recibir.

Ce soutien au procès pourrait aider le Président à devenir plus populaire (si c'était jamais possible), mais il n'est pas bon pour les plaignants. S'il y avait une condamnation de Texaco, l'entreprise multinationale pourrait déclarer que la décision était due aux pressions politiques que le juge a subies.
Pañacocha lagoon at canton Shushufindi, Sucumbios-Ecuador. Photo used under Creative Commons by http://www.flickr.com/photos/30265396@N06/

Le lac de Pañacocha dans le canton de Shushufindi, Sucumbios-Equateur. Photo utilisée sous Licence Creative Commons (www.flickr.com/photos/30265396@N06/)

Bien que la décision ne soit pas encore prononcée, Texaco craint d'être condamnée à payer une amende de plusieurs milliards de dollars ; elle a donc entrepris une campagne de relations publiques. Un ancien journaliste de CNN, Gene Randall, qui travaille pour cette campagne, a produit une vidéo qui présente le point de vue de la compagnie. Le blog The Chevron Pi écrit [en anglais] :

Apparemment mécontente des reportages des médias qui ont l'habitude de vérifier leurs informations, Chevron a engagé et payé l'ancien présentateur des informations de CNN, Gene Randal pour produire une vidéo pro-Chevron, qui se présente sous toutes les apparences d'un vrai reportage indépendant  et qui a été conçue manifestement pour induire les spectateurs à penser qu'il s'agissait d'une vision neutre du litige avec l'Équateur.

L'entreprise Chevron conteste le rôle de Richard Cabrera, un expert de la Cour pour cette affaire en tant qu'ingénieur géologue. Son rapport peut-être consulté ici. Chevron accuse l'ingénieur Cabrera d'avoir collaboré de manière incorrecte avec le plaignant. Chevron dit aussi avoir publié des photos de son compte Flickr montrant l'équipe technique de l'expert indépendant en train de recevoir un soutien logistique de l’Alliance pour la défense de l'Amazonie, une ONG qui appuie les plaingnants en échange d'une portion des dommages et intérêts. Alors que la procédure judiciaire devrait se conclure avant la fin de l'année, les communautés vivant dans les zones polluées cherchent à prouver leurs revendications, que leur santé et leur environnement ont bien été affectés de façon dramatique par les activités de l'entreprise. Chevron sait que l'opinion publique lui est contraire et a tenté d'utiliser une campagne de relations publiques pour défendre son point de vue.

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