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Fidji : L'UE ne versera pas de subventions au secteur du sucre en 2009

L'Union Européenne(UE) a annoncé qu'elle suspendait les paiements en 2009 des 24 millions d'euros d'aide à la consolidation de l'industrie sucrière de la République de Fidji. Le commissaire européen au Développement et à l'Aide Humanitaire, Louis Michel, a admis[en anglais, comme tous les blogs cités] que les îles Fidji auraient reçu les paiements si elles un “gouvernement légitime” avait été au pouvoir.

Il faisait référence aux événements qui ont débuté en septembre 2006, lorsque le commandant Frank Bainimarama avait dissout le parlement et renversé le gouvernement de Laisenia Qarase, qu'il accusait d'être corrompu et créateur d'inégalité raciales. Cet événement marquait le 4ème coup d'état militaire depuis 1987. Le 9 avril 2009, trois juges statuèrent que Bainimarama avait pris le pouvoir illégalement et ordonnèrent au chef militaire de se retirer et au président du pays de nommer un régime intérimaire pour mener Fidji jusqu'au élections. Cependant, le président fit valoir que la constitution ne lui attribuait pas ces pouvoirs, abrogea le document, rétablit le gouvernement Baimarma et le gratifia d'un mandat de cinq ans, promettant des élections en 2014.

La sucre a une longue histoire. Il y a 130 ans, les dirigeant coloniaux britanniques amenèrent d'abord des indiens aux îles Fidji pour les faire travailler dans les plantations de sucre. Bien qu'elle soit en déclin depuis deux décennies, l'industrie sucrière de Fidji était un des piliers de l'économie de Fidji au cours du siècle dernier. Elle contribue pour environ 7% au RNB national, génère des gains étrangers importants et permet à un quart de la population d'en vivre directement à. Sans mentionner que les gens aux Fidji consomment deux fois plus de sucre que la moyenne mondiale.

Cependant les critiques maintiennent que le coût de production du sucre aux Fidji a augmenté au cours des ans, alors que les rendements et la qualité ont baissé. Dans la mesure où des ouvriers agricoles, principalement indo-fidjiens, travaillent sur des terres appartenant à des ethnies fidjiennes, les questions territoriales sont extrêmement politisées, et prennent une dimension de conflits communautaires.

L'argent de l'UE serait venu d'un fonds pour rendre les secteurs d'export des anciennes colonies européennes globalement plus compétitifs. Ce fonds devait également compenser les réformes mandatées par l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) qui empêchent l'UE d'y acheter du sucre (ainsi que d'autres produits) via un système basé sur des quotas préférentiels rétribuant mieux les exports des anciennes colonies.

Le blog Coup Four and A Half signale que le gouvernement de Fidji a rompu douze des engagements pris avec l'UE en avril 2007.

Le régime intérimaire, en concertation avec les trois principaux ministres intérimaires s'est engagé à respecter les points suivant :

- élections libres et justes devant avoir lieu dans un délai de 24 mois à partir de mars 2007, soumis aux conclusions d'une évaluation réaliséespar des auditeurs indépendants, nommés par le secrétariat du Forum des Iles du Pacifique

- consultation de la société civile et des acteurs impliqués lors de l'adoption d'importantes initiatives législatives, fiscales ou autres.

- efforts les plus importants possibles pour empêcher les déclarations intimidantes de milices privées de sécurité

- respect de la Constitution et garantie d'un fonctionnement normal et indépendant des institutions constitutionnelles, comme la Commission fidjienne aux Droits de l'Homme, la Commission du service public, les bureaux constitutionnels de la commission, ainsi que préservation de l'indépendance substantielle et fonctionnelle du Grand Conseil des Chefs.

- respect intégral de l'indépendance du judiciaire, nomination d'un tribunal avant le 15 juillet 2007 afin de présider les audiences du chef de la justice démis de ses fonctions, Daniel Fatiaki, nomination et renvoi des juges en conformité avec la constitution, sans ingérence aucune des militaires, de la police, ou du régime dans les processus judiciaire, et strict respect des professionnels de la loi.

- traitement de toutes les poursuites criminelles liées à la corruption par les voies juridiques appropriées, et respect des frontières constitutionnelles pour les dispositifs d'enquêtes sur les cas avérés de corruption

- assurance que tous les cas d'atteintes avérées au droits de l'homme feront l'objet d'une enquête  et seront traitées en accord avec les différentes procédures et forums répondant des lois de Fidji

- suspension des Lois d'urgence nationale de mai 2007 pour les menaces à la sécurité intérieure, l'ordre publique et la sûreté.

- respect de la liberté d'expression et de la liberté des médias sous toutes leurs formes, comme prévu par la constitution

- maintien d'un dialogue régulier afin de permettre la vérification des progrès réalisés, et accès intégral de l'UE/CE aux informations sur toutes les affaires concernant les droits de l'homme, la restauration pacifique de la démocratie et'l'état de droit à Fidji

- coopération totale avec les missions éventuelles de l'UE et de la Commission Européenne pour le diagnostic et la veille  sur les progrès

- envoi de rapports trimestriels à partir du 30 juin 2007  sur les évolutions concernant les éléments essentiels des accords de Cotonou et les engagements.

Le blog rapporte également que des médias de Fidji avaient été empêchés d'enquêter sur la perte de l'aide, suite au renouvellement récent pour 30 jours des Lois d'urgence nationale, devenues effectives après l'abrogation de la Constitution.

Fiji TV, le Fiji Times le journal indien Shanti Dut, ont été empêchés d'enquêter sur l'annulation d'une subvention de plus de 70 millions de dollars de l'Union Européenne aux planteurs de cane à sucre

La subvention était une allocation exceptionnelle pour l'année 2009 pour aider les planteurs de canne à surmonter la baisse des prix

Beaucoup des abonnés aux titres du jour de Fji Television ont reçu un avis sur leurs téléphones mobiles leur disant que le journal de 18 h traiterait l'affaire.

Mais l'affaire n'a pas été dévoilée. Le bulletin d'information a traité à la place la nomination de Pita Wise au poste de secrétaire en chef permanent au bureau du Premier ministre intérimaire.

Nous avons été informés que l'histoire de l'argent de l'aide de l'UE avait été retirée sur ordre des censeurs du Ministre de l'Information.

The Daily Post, Fijivillage et la Fiji Broadcasting Corporation – appartenant à l'état – ont pu esquiver la censure et exposer l'affaire

Un billet publié par corruptionfighter99 sur Raw Fiji News soutient que Mahendra Chaudhry[en français], le premier premier ministre indo-fidjien de l'histoire du pays, qui avait été pris en otage le 19 mai 2000 par des nationalistes et soldats fidjiens, avant de rejoindre plus tard le régime soutenu par l'armée du Commandant Frank Bainimarama, pourrait avoir perdu des soutiens dans la sugar-belt à majorité indo-fidjienne du pays.

Alors que l'industrie sucrière se trouve confrontée à un possible effondrement, il semblerait que les politiques sucrières soient sur le point de changer. Dans le passé, si Mahendra Chaudry avait exigé quoi que ce soit pour l'industrie sucrière, ses loyaux partisans l'auraient cru indépendamment ce que ces adversaire auraient pu dire. Que se soit celles du National Federal Party ou du SDL, Chaudhry était capable d'écarter toutes les revendications.

Mais cette fois-ci, les choses vont être différentes. Les prix de l'UE pour le sucre ont déjà sombrés, mais les plus grandes chutes de prix vont surgir plus tard, pendant l'année 2009/2010. Les paiements aux fermiers vont encore diminuer, même après que la dévaluation augmenté le nombre réduit de dollars qu'ils reçoivent.

Le prix de référence de l'UE pour le sucre blanc est tombé de 541 euros en 2008/2009 à 404,1 dollars en 2009/2010. Si les prix 08/09 avant la dévaluation du dollar sont pris en compte, la tonne de sucre était achetée 1190 dollars.

L'UE avait promis son aide parce qu'elle savait que beaucoup de fermiers seraient ruinés par les nouveaux prix du sucre. La subvention était supposée aider les fermiers à s'adapter en les assistant dans la transition vers de nouvelles activités et en soutenant les grands fermiers les plus efficaces à acquérir les fermes non-viables.

Sans cette subvention, beaucoup de fermiers seront ruinés. Ils quitteront leurs fermes les mains vides après des générations de dur labeur. Mahendra Chaudhry tiendra sans doute [le premier ministre nationaliste fidjien congédié Laisenia]Qarase responsable pour tous ces problèmes. Mais cette fois les pouvoirs magiques de Chaudhry ont disparu.

Arvinesh Chand, écrivant pour Fiji Today, fait valoir que le gouvernement se lave des mains du « sucre lourd ».

Fiji Broadcasting rapporte que « Le ministre aux industrie du secteur primaire, Joketani Cokanasiga, dit que les fermiers ne devraient pas être découragés par le retrait de l'aide au sucre de l'UE, mais le prendre comme un défi pour profiter d'opportunités encore dissimulées. »

C'est la troisième remarque au cours des derniers jours qui suggère que le gouvernement considère le sucre comme une production archaïque et qu'il lui retire doucement son soutien pour mieux l'offrir à d'autres cultures.

Cokanasiga explique que leur rôle est de conseiller la Fiji Sugar Corporation sur la façon dont les fermiers pourraient s'adapter en se diversifiant et en plantant d'autres cultures pour préserver leur gagne-pain.

Il ajoute que le laboratoire de recherche Legalega à Nadi travaille en coopération étroite avec les fermiers pour établir des parcelles de démonstration pour y transférer les technologies développées au profit des fermiers.

La station de recherche conseille aux fermiers de ne pas seulement se reposer sur le revenu de la canne à sucre, mais également de commencer à faire pousser des cultures de rente à cycle court, et d'élever du bétail au sein de leurs systèmes agraires.

Le jour où l'UE a annoncé sa décision, le premier ministre de Fidji Frank Bainimarama assistait à une conférence sur le sucre avec les autres membres des pays ACP (groupement d'états Afrique, Caraïbes et Pacifique). Dans ces déclarations, il remerciait l'UE pour son aide passée, et prévenait que sans la persistance des préférences commerciales de l'UE, Fidji ne serait peut-être pas capable de mener les réformes nécessaires de son industrie sucrière.

Dans Fiji Today:

Aucune agence de presse autre que celle de Fidji n'a mentionné le discours. Le rapport final de la conférence ne fait même pas état des problèmes de Fidji avec l'UE. Les gens étaient consternés de voir que Fidji essayait d'impliquer la conférence dans sa prise de bec avec l'UE, et un effort concerté a été réalisé pour éviter la politique et négocier avec l'UE sur un plan apolitique.

Un blog basé en Nouvelle-Zélande, Fiji: The Way It Was, Is and Can Be, observe comment les acteurs régionaux réagissent envers Fidji :

Les déclarations de l'UE sont arrivées alors que le Premier Ministre Bainimarama, ignorant l'annonce, quittait le pays pour assister à une conférence ACP interministérielle sur le sucre en Guyane, en Amérique du Sud. Avant de partir, il avait dit savoir que l'Australie et la Nouvelle-Zélande faisaient pression pour s'assurer que Fidji ne serait pas aidée par l'UE, les Nations Unies, le Commonwealth et la Banque Asiatique pour le Développement.

Des communiqués font état de discussions entre l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les USA pour des « sanctions ciblées ». Presque une personne sur trois aux Fidji est impliquée d'une manière ou d'une autre dans l'industrie sucrière. Il est à espérer que les Australiens, les Néozélandais et les Américains auront des politiques plus pertinentes – sinon il ne restera plus personne à viser. Je doute qu'aucun d'eux n'essaierait le même genre de tactique avec la Chine.

Dans une veine similaire, Café Pacific ommente le gel des fonds de l'UE qui pousseront Fidji plus fort dans les bras de la Chine.

Alors que les politiques et les médias détracteurs frottent leurs mains hypocrites avec joie, les planteurs de canne se demandent comment survivre. Maintenant que l'UE a confirmé qu'elle ne paierait pas les allocations sucre 2009 pour la réforme de l'industrie sucrière (d'une valeur de plus de 30 millions de dollars) pour la seconde année d'affilée, il est urgent de prévoir un plan B. L'UE a stoppé son soutien au sucre à cause du refus du régime soutenu par les militaires de revenir à une gouvernance démocratique du pays (jusqu'en 2014)

A l'annonce de la suspension des fonds, on découvrait que Fidji avait rompu les accords ACP entre l'UE et le bloc des pays ACP. Les suppositions allaient de bon train pour savoir si le régime de Fidji étoufferait l'affaire, mais elle avait au moins glissé entre les doigts des censeurs sur les sites web de Fijivillage News et Fiji Daily Post. Fijivillage a ajouté qu'on lui avait confié que le chef du régime Voreqe Bainimarama aurait déclaré – avant de s'envoler pour des rencontres sur le sucre en Guyane et à Bruxelles – que les gouvernements d'Australie et de Nouvelle-Zélande essayaient de « ruiner l'économie fidjienne ».

Du sabotage, en d'autres termes. Mais aussi une nouvelle pression implacable pour mettre Fidji sur des rails vers les bras de la Chine et la diplomatie du chèque. L'aide chinoise à Fidji a explosé après le coup d'état de décembre – elle est passée de 23 millions de dollars US à 160 millions de dollars en 2007, et continue à augmenter.

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