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Maroc : Thérapie à l'extérieur, apathie chez soi

La crise économique mondiale semble affecter le tourisme dans le monde entier, et c'est une activité dont l'économie marocaine est étroitement dépendante à défaut de reposer d'abord sur l'agriculture.

En mars dernier, les autorités marocaines ont trouvé une idée neuve et ont lancé une campagne publicitaire ciblant les principaux marchés occidentaux pour attirer davantage de visiteurs. Des salons ont été organisés [anglais] dans des pays d'Europe occidentale. Un site web disponible en sept langues (anglais,français, espagnol, italien, allemand, flamand, néerlandais et français belge – sic) a été créé, au dessin chic et tendance et au format original, prétendant que le Maroc est une destination aux vertus thérapeutiques. Le site dresse la liste d'une série de maladies modernes imaginaires qui peuvent découler de l'insécurité économique actuelle et propose avec humour la Marocothérapie comme traitement efficace.

Cette publicité semble avoir touché une corde sensible chez le blogueur The View From Fez :

Le site Marocothérapie est superbement conçu et propose son propre médecin. Il est disponible en anglais, français et espagnol. Après une introduction du bon docteur Karam, vous êtes invité à faire un test un peu bizarre pour savoir de quoi vous souffrez. Ensuite on parle des maladies.

Les marchés ciblés sont les démocraties où sans doute l'autoritarisme n'est plus une “maladie” nécessitant des soins.

Au-delà des clichés, et à l'approche imminente des élections municipales du 12 juin [arabe], de nombreux blogueurs dévoilent des aspects moins glorieux des réalités politiques de leur pays.

The Maid -- Ouarzazate, Morocco by Cromacom in Flickr      

La bonne — Ouarzazate, Maroc par Cromacom sur Flickr

Fatima, sous le pseudonyme La Marocaine, interviewée par son collègue blogueur  Le Politiquonaute Marocain, a exprimé de profondes inquiétudes sur les perspectives de la démocratie dans son pays – la ligne officielle étant que le pays se trouve dans une période de transition, une rhétorique qui n'a pas évolué depuis 10 ans :

Transition. Ce mot me rappelle une citation de Hervé Serieyx “nous sommes toujours dans une période de transition entre deux périodes de transition” ! […]
[S]ur le fond, le pouvoir est toujours concentré entre les mains du roi. Alors transition démocratique je veux bien mais la transition est censée avoir un horizon et pour le cas du Maroc, j'ai peut-être raté un épisode, mais je ne le vois pas.

De nombreux analystes, dont Reporters Sans Frontières, ont récemment déploré le déclin constant des espaces de liberté dans le pays. Le blogueur Taha Balafrej cite un rapport classant le Maroc parmi les pays au régime autoritaire :

C’est le classement 2008 de The Economist Intelligence Unit qui le dit !
Sur 167 pays examinés, le Maroc figure à la 120ème place, dans la catégorie régimes autoritaires. Les trois autres catégories sont celles des démocraties pleines, des démocraties avec des défauts et des démocraties hybrides.

D'autres blogueurs vont jusqu'à appeler au boycott des prochaines élections.  Abu An'naji est l'un d'eux. Sous le titre “Je boycotte, donc je suis“, le blogueur adresse un message de défi aux responsables des élections :

لم تتركوا لنا الخيار، لقد أصبحت قضية كرامة أن نقاطع و ألا نشارك ككومبارس في مسرحيتكم الرديئة….المقاطعة خيارنا و حقنا.

Vous ne nous avez pas laissé le choix ; c'est pour une question de dignité que nous choisissons de ne pas participer et de ne pas jouer les figurants dans cette parodie… Le boycott est notre choix et notre droit.

Ce sentiment reflète la position de Mimoun Um Al'id qui commente, sarcastique :

هذه الأيام نسمع كثيرا أن لنا حقا لا يجب أن نفرط فيه , و يحثنا المخزن [أو النظام] على أن نمارس هذه الشعيرة الوطنية , لماذا لا يختار هو بنفسه من” يمثلنا ” ويرضاه لنا دون أن يزعج نفسه و يتحمل مشاق المجيء إلى هذه المداشر البعيدة النائية , فكثيرة هي الحقوق التي لم نستفد منها و
لا بأس أن نتنازل أيضا عن هذا الحق التافه
!

Nous entendons beaucoup parler en ce moment d'un droit que nous avons, que nous ne devrions pas négliger, et le Makhzen [le régime marocain] ne cesse de nous exhorter à pratiquer ce rituel national. Pourquoi n'ont-ils [le gouvernement] pas choisi ceux qu'ils pensent convenir comme “nos représentants” s'évitant les épreuves d'une visite à nos villages lointains. Nous n'avons pas bénéficié de beaucoup de nos droits et nous sommes prêts à renoncer également à ce droit insignifiant !

Mais tous les blogueurs n'approuvent pas l'approche du boycott. Dans un entretien à Politiquonaute, le blogueur récompensé Larbi, qui est l'un des blogueurs marocain les plus influents, plaide pour un changement par l'intérieur du système :

[M]on rêve c’est d’être un jour maire d’une petite ville (genre Oued Zem ou Ksar Lekbir :) pour la transformer et mettre l’action des élus locaux au service des citoyens pour améliorer leur quotidien.
A y réfléchir sérieusement, un élu local ou un maire à plus de possibilités d’agir et changer les choses au niveau de sa commune. Et j’irais même jusqu’à dire plus qu’un député au parlement qui, au niveau national et en l’état actuel des institutions ; n’est là que pour la figuration politique.

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