Pérou : Les droits des communautés indigènes et la liberté d'expression réprimés dans le sang

Les événements sanglants qui ont eu lieu dans la ville péruvienne de Bagua ont commencé lorsque la police a détruit les barrages routiers que des indigènes avaient érigés pour protester contre la loi (DL 1090) qu'ils considèrent violer leurs droits sur leurs territoires ancestraux. Cela n'a pas provoqué seulement la mort d'un nombre indéterminé de civils (le nombre officiel est de 10, mais selon d'autres sources ce nombre varie entre 80 et 250) et de 23 agents de police, mais il a aussi déclenché une vague de marches et de manifestations de solidarité avec les peuples indigènes à travers tout le Pérou. La majorité des Péruviens ne semblent avoir qu'une réponse à la question de savoir qui est responsable de ces morts : le gouvernement !

La seule réponse du gouvernement semble être la répression. Par exemple, une manifestation d'étudiants a subi l'assaut d'un nombre inhabituel de policiers anti-émeutes qui les a dispersés avec du gaz lacrymogène. Il a été aussi annoncé qu'une partie de la route (à Yurimaguas), qui continue d'être barrée par des manifestants, devait être “nettoyée” ce week-end. Bien que le gouvernement ait rencontré des dirigeants des communautés indigènes locales, les observateurs craignent un autre bain de sang.

Les médias traditionnels s'en sont tenus strictement à la version officielle des événements,  où bien ont cessé de les couvrir. Les médias participatifs comme les blogs et Twitter (cliquer ici sur le mot clé #bagua) sont restés les principales sources d'information alternatives. Devant le grand effort de désinformation sur la situation, cependant, il serait plus juste que cette attitude change.

Un fait qui a donné beaucoup à réfléchir sur le rôle du gouvernement dans la circulation de ces informations officieuses, a été la fermeture de la station radio de Bagua, La Voz de la Selva (la Voix de la forêt), pour “diffusion de fausses informations”. La station radio avait déjà publié un communiqué [en espagnol, comme tous les liens suivants] révélant ses craintes d'être fermée. Aujourd'hui, malheureusement, ses craintes se sont vérifiées, provoquant une immédiate campagne de protestations du personnel et des universitaires. Les propriétaires de la radio aussi veulent contester cette fermeture. Le site web de la TV Enlace Nacional a repris les informations sur les tortures et atteintes aux droits humains. Elle a aussi protesté contre la suspension des garanties faite par le gouvernement, et son refus d'autoriser une cérémonie populaire pour les victimes de la violence.

Un autre élément qui témoigne de l'intransigeance du gouvernement est la suspension de sept membres du congrès qui ont exprimé leur soutien aux populations indigènes. Enfin, bien que le gouvernement ait promis de rouvrir le dialogue avec les représentants indigènes, il refuse d'y inclure AIDESEP, l'organisation qui représente la majorité des communautés indigènes du Pérou. Il l'accuse d'encourager la radicalisation de leur mouvement. Le médiateur du gouvernement a dénoncé cette décision.

Aujourd'hui, la situation au Pérou pour les droits humains et la liberté d'expression n'est guère prometteuse. Il serait judicieux d'alerter la communauté internationale, de demander l'envoi de commissions indépendantes et de garder un œil vigilant sur le développement des événements, avant la détérioration et l'émergence d'une situation que le pays regrettera pour toujours.


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