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Bahreïn, Oman : La vie des travailleurs migrants

Les travailleurs migrants, venant en majorité d'Asie du sud, forment une grande partie de la population dans les pays du Golfe. Sur ce billet nous lisons l'expérience de deux personnes qui sont venues dans le Golfe pour travailler.

Mohammad Iqbal est un Indonésien qui habite à Bahreïn. Il nous raconte [en anglais] l'expérience d'un travailleur qu'il a rencontré :

J'ai récemment rencontré un Bengali [du Bangladesh] qui travaille dans un hôtel comme employé occasionnel au service du nettoyage. Il est vraiment un employé de l'espace public, il est en charge des espaces publics de l'hôtel, il nettoie les vitres, il passe la serpillière dans le hall. Mais il ne s'occupe pas des chambres des clients. Il ne fait pas les chambres. Ce qui n'est pas juste ? Il a dépensé 1.500 dinars (2.853 €) pour obtenir le visa de travail au Bahreïn. Il a seulement eu une autorisation pour 2 ans. Il est payé 10 dinars (19 €) par jour, ce qui signifie qu'il gagne 240 dinars (456 €) par mois. C'est un assez bon salaire ? Attendez… ! Il doit payer son appartement, l'eau, l'électricité, la nourriture et naturellement envoyer de l'argent à sa famille. Faisons le calcul. Pour se loger, il dépense pour une colocation disons 50 dinars (95 €) par mois. Ajoutez l'eau et l'électricité pour 10 dinars (19 €), puis la nourriture 40 dinars (76 €) par mois. N'oubliez pas qu'il a un propriétaire ou un intermédiaire qui lui a trouvé son emploi, y compris le placement dans les différents endroits, il doit payer des honoraires pour au moins 25 dinars (47 €). Alors, le total net du salaire sera seulement de 115 dinars (219 €) par mois. En année pleine (12 mois), il peut mettre de côté 1.380 dinars (2.625 €). Cette somme est insuffisante pour payer même les frais du «visa» ou du «droit d'entrée» qui sont de 1. 500 dinars (2.853 €). Je n'ai aucune idée si cette somme est légale ou pas, mais une chose que je n'arrive pas à comprendre, c'est qu'en 2 ans, il n'arrive à économiser que 1.260 dinars net (2.397 €). Pour conclure, il dépense 1.500 dinars (2.853 €) et a sacrifié ses deux années à travailler très dur pour seulement 1.260 dinars (2.397 €). Pour prolonger d'encore 2 ans son «visa de travailleur» il doit réinvestir 1.000 dinars (1.902 €). Ce que signifie qu'en 2 ans, il va réussir à économiser seulement 260 dinars net (494 €) et je n'ai toujours aucune idée comment il va payer son billet d'avion.  Vraiment, je ne comprends pas, ce n'est pas juste !

Francine Burlett, une journaliste française vivant à Bahreïn, a eu une conversation avec un femme indienne appellée Yasmina sur un vol de Mascate vers Bahreïn au mois de mai. Voici l'histoire de Yasmina  :

“Pas facile, la vie à Chennai (Inde), chez moi, tu sais. J'ai deux filles au Collège. Un jour, elles seront docteur. Mais d'abord il faut payer, payer et payer encore. […] Tu sais, je viens de vivre presque 2 mois à Salalah, à Oman. J'ai laissé mon travail là-bas hier. J'étais dans une famille Omanaise. Madame avait 10 enfants – 8 filles et 2 garçons- et fin mai elle va accoucher du 11e bébé. Tu te rends compte? 11 enfants… C'est beau ça. Mais je ne serai pas là pour voir si c'est un garçon ou une fille. Je dois partir. C'est dur de la laisser seule, sans aide, si près de son accouchement mais je ne peux pas rester.

Tous les soirs, son mari venait dans ma chambre. Tous les soirs, je lui disais: “Je suis ton employée, pas ton épouse. Retourne chez toi, ta femme a besoin de toi. Retourne dans ton lit. Tu n'as pas le droit de me faire ça. Laisse-moi me reposer, je suis fatiguée…”. Tu imagines? Dix enfants, le ménage, la cuisine, la lessive avec chaque jour des tonnes de dishdashas et de abbayas à repasser, les draps, les couches en tissus, les serviettes… Mais moi, ça m'est égal de travailler. Je ne sais pas faire autre chose. Je suis courageuse. Je n'ai pas peur des lourdes tâches. Mais la nuit, il n'avait pas le droit de me faire ça. Me toucher, m'ennuyer. Je n'ai pas réussi à l'arrêter. Pas assez forte… J'ai dû me me décider à faire quelque chose. Vite.

Tu vois, les employés de maison comme moi qui viennent d'Inde, du Sri-Lanka, de Somalie ou des Philippines, ils ont deux mois d'essai et après, ils ne peuvent plus annuler leur contrat, revenir en arrière. Nos passeports sont entre les mains de nos employeurs et s'ils ne veulent pas nous laisser partir, on ne peut rien faire. Tu dois honorer ton contrat de 2 ans avant de pouvoir retourner chez toi. C'est la loi. Moi, je leur ai dit que je voulais partir avant la fin de la période d'essai, que c'était mon droit. Malgré cela, monsieur ne voulait pas.

Alors, j'ai attaqué une grève de la faim. Pendant 5 jours, je ne suis pas sortie de ma chambre, je n'ai pas mangé, pas bu, je ne me suis pas lavée. Ils ont appelé le médecin. Et c'est lui qui a appelé la Police. Voilà. Ils m'ont accompagné jusqu'à l'aéroport. Monsieur a dû payer mon billet d'avion jusqu'à chez moi, me rendre mon passeport. C'est la loi. Mais Monsieur a été méchant jusqu'au bout, tu sais. Moi, je ne sais pas lire. Sur mon billet d'avion, je ne pouvais pas savoir ce qu'il y avait marqué. C'est ici, à l'embarquement, que l'hôtesse de Gulfair m'a dit que je partais pour Ramanathapuram, et non pas Chennai, ma ville. Tu peux le croire, ça? J'ai refusé d'embarquer. Pour aller où? Dans une ville que je ne connais pas, sans argent, sans personne, à 600km de chez moi?… Heureusement, la Police a payé le billet de Ramanathapuram à Chennai. Monsieur devra leur rembourser. Ils ont été corrects, ces policiers, tu sais. C'était quand même 60 Rials (120€) de supplément… un mois de mon salaire!

Je suis déjà restée 5 ans à Dubaï où j'ai fait un “jump” (Faire un “Jumping”: partir de chez son employeur, en lui laissant le passeport, pour accepter une place plus lucrative ailleurs mais en tant qu'illégal). J'ai travaillé 2 ans en Arabie Saudite, 2 ans à Oman dans le passé. Je parle arabe couramment. Si tu as besoin de quelqu'un, n'hésite pas à m'appeler à Chennai. Je viendrai. Je t'aime bien. Mais pas tout de suite. Je veux d'abord voir mes filles et un peu me reposer… “

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