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Chine : aucune conscience, nulle sympathie

En conclusion de son billet de blog, le professeur et avocat Xu Zhiyong (许志永) a écrit cette phrase :

突然忍不住失声痛哭。我打个车,回到家,跪倒地上,再次痛哭,我感谢上帝让我来到这世上承受这一切。然后,我平静地起来,写下这个故事,为我们的子孙后代,我要告诉他们什么是苦难。

J'ai fondu en larmes. J'ai appelé un taxi, je suis rentré à la maison et ne suis agenouillé par terre, j'ai encore pleuré. Je remercie Dieu de m'avoir fait venir au monde et supporter tout cela. Puis je me suis repris et raconté l'histoire par écrit. Je voudrais que mes enfants sachent ce que sont le malheur et la souffrance.

Voici la traduction partielle du billet de Xu sur ses péripéties lorsqu'il est venu en aide une pétitionnaire qui a été frappée à Pékin.

晚上七点多刚打开手机就接到盛其芳老人的电话:”许教授,一直打不通你的电话,山东临沂被打的那个人八点多就被停药了,没钱治病,在同仁医院。”

Sheng m'a appelé à 7 heures. « Professeur Xu, cela fait un moment que j'essaie de vous joindre. Ils ont arrêté le traitement de la dame de Lin Yi, dans le Shandong, qui avait été malmenée ce matin. Nous n'avons plus d'argent à l'hôpital de Tongren !»

Xu a demandé ce qui s'était passé et Sheng a répondu,

她上访,被临沂驻京办的打成重伤。昏迷,可医院不给治了,怎么办啊。”

« Elle est venue à Pékin pour faire appel de sa peine auprès du gouvernement central, mais elle a été passée à tabac par des fonctionnaires envoyés par sa ville. Elle s'est évanouie mais les médecins ont refusé de la soigner, que pouvons-nous faire ? »

Xu s'est précipité à l'hôpital, où il a trouvé la victime gisant sur un lit ; sa sœur et sa mère l'accompagnaient. Mais il n'y avait pas de flacon de perfusion. Sa sœur a raconté qui s'était passé:

姐姐说,4月27号她被关押在青年凤凰宾馆,那天下午妹妹也被临沂驻京办从马家楼拉过来,头栽倒在汽车里面地板上。姐姐听 说后过去扶起她,问怎么了,她很费力地说被打了,肚子痛,然后就又昏迷了。打了几次120和 110,终于把妹妹送到右安门医院。医生说,没事。求医生给开点止痛药医生也不给开,说回家吧,没事。只好偷偷把妹妹送到同仁医院。拍片子的时候不敢说她 是被接访的打的。但是后来向一位医生说了实话,医生就说,没事的,医院没病床了,你们回家吧。幸运地是终于找到了一位有良心的医生,他看了之后很吃惊,着 急地说,千万不能让她动,有生命危险,赶紧抬她到床上,不能让她动。后来知道,妹妹被打脾破裂。带的几千块钱很快花完了。今天早上,开了药,但是没钱了, 拿不了药,吊针就停了。找马家楼派出所,派出所也只是说在协调,从早上一直到现在都没有用药。

Le 27 avril, la sœur de la victime a été enfermée à l'intérieur de l'hôtel Phoenix. Dans l'après-midi, elle avait trouvé que la victime avait été renvoyée du bureau Lin Yi de Pékin (le correspondant de l'administration locale dans la capitale). Elle a raconté d'une voix faible qu'elle avait été frappée au ventre, puis qu'elle s'était encore évanouie. sa sœur l'a d'abord envoyé à l’ hôpital You Anmen, mais là-bas, le médecin ne lui a rien trouvé d'anormal. Il n'ont même pas pu avoir de médicaments contre la douleur, on les a renvoyées chez elles. Elle a dû l'envoyer à l'hôpital Tong Ren.

Au début, elle n'osait pas dire qu'elle avait été frappée à cause d'une pétition. Quand elles ont dit la vérité, encore une fois, on leur a dit qu'aucune chambre n'était disponible. Un médecin a, enfin, eu pitié. Il était tellement surpris de voir la victime, il les a enjoint de ne pas la bouger car sa vie était en danger. Plus tard, ils ont appris qu'elle souffrait d'une rupture abdomimale. Elles ont rapidement dépensé quelques milliers en soin. Ce matin, la prescription a été suspendue. Depuis, elle a pas plus de soins.

En tant que professeur de droit, Xu soutient les pétitionnaires et les minorités qui luttent pour leurs droits. Il maintient donc des contacts avec divers groupes de pétitionnaires et c'est pourquoi il a été informé aussi vite. Après avoir entendu l'histoire, Xu s'est précipité en bas pour trouver le médecin.

来到一楼。急诊医生办公室。我问医生,这个病人需要不需要紧急治疗?医生跟我们来到病房,摸了摸病人的腹部。然后问我,”你是他什么人?”
我只是一个普通公民,我说。
“那我不跟你说。”
“那好,你跟她家人说,她需要什么治疗,需要什么条件。”
“按照开的药治疗。”他说。
“但我们没钱拿药啊。”姐姐哀求。
“走,我们下去拿药。”我平静地说,正好,今天我身上带了银行卡。

Je suis arrivé au bureau des urgences, pour savoir si la patiente requiert des soins immédiats.. Le médecin est allé à elle, a examiné son ventre. Il a alors demandé, « Quel lien avez-vous avec elle? »
J'ai répondu ; «Je ne suis qu'un citoyen ordinaire »..
« Donc je ne peux rien vous dire. »
« Parfait, mais dites à sa famille de quoi elle a besoin et combien cela va coûter ».”
« Il suffit de lire l'ordonnance »
« Mais nous avons pas d'argent! » supplia la soeur.
J'ai dit calmement : « Descendons chercher les médicaments. » Il se trouve que j'avais ma carte bancaire.

划价,这个晚上的药费是850元。似乎这个过程很漫长,终于拿到了单据,一直很坚强的姐姐突然跪到了地上,泪流满面。我扶起她,想我应该早一点来,应该早一点。从来没有像此刻觉得这点钱这么有价值。

La nuit coûtait 850 Yuans. Payer s'avéra être un long processus. Quand j'ai finalement obtenu le reçu, la sœur qui jusque là avait été forte s'est soudain agenouillée en larmes. Je l'ai relevée, j'aurais espéré avoir pu arriver  juste un peu plus tôt. Je n'avais jamais pensé que l'argent pourrait être d'une telle importance.

他们一家来北京上访,因为2006年妹妹和母亲被人欺负,打伤很重,但对方被判缓刑。妹妹不服一直上访。2007年被临沂驻京办的打成了脑外伤,也曾经被送过精神病院

La jeune fille s'appelait Yao Jing. Leur famille est venue à Beijing pour se plaindre car en 2006 sa sœur et sa mère avaient été victimes d'intimidation et blessées, mais le coupable n'avait été condamné qu'à une peine avec sursis. Elles ont estimé que c'était injuste. En 2007, elle avait été battue et en avait eu un traumatisme crânien, et avait été envoyée en asile psychiatrique.

Xu décrivit l'hôtel Phoenix où la sœur de la victime a été enfermée :

那是一个很黑很黑的黑监狱,我听到的同样的故事太多太多了,我怎能不去黑监狱呢?

C'est une prison noire, noire opaque. J'ai entendu tant d'histoires à son sujet. Comment pourrais-je ne pas visiter la prison noire ?

在一个特权腐败成为常态的社会里,他们没有任何社会关系,可是他们偏偏认死理,执着上访,他们是这个国家的贱民,他们是我的同胞,我的兄弟姐妹。

Dans un pays où l'abus de pouvoir et la corruption sont devenus routiniers, ceux qui se plaignent ne connaissent personne, mais ils croient obstinément en la justice. Ils sont les « intouchables » de ce pays, mais ce sont mes compatriotes, mes frères et sœurs.

走廊里突然传来呼救声,一个妇女被五六个男人拖走了。护士进来说,”待会外面有吵闹不要开门。”也有一个男人挨个进门说:”把门关好。”
我和盛其芳来到走廊里。又有两个妇女一先一后被五六个男人拽着拖向电梯。我问怎么回事,没人说话。那个妇女在电梯关门前喊了一声”中国没有人权!”

Soudain, un appel à l'aide arriva du couloir. Une femme était tirée par 5 ou 6 hommes. L'infirmière nous a dit d'ignorer le bruit.
Je suis sorti avec Sheng dans le couloir et j'ai vu deux autres femmes être tirées par 5 hommes jusqu'à l'ascenseur. J'ai demandé ce qui se passait, mais personne ne répondit. La femme a crié « non respect des droits de l'homme en Chine » avant que la porte ne se ferme.

姐姐在一旁说,听说他们是东北的,在天安门服毒自杀被送到这里的。一个接访的恶狠狠地问我干嘛的,我说在这里看病人。”没你的事,一边去。”

La sœur a dit qu'elles étaient du nord-est de la Chine et avaient été envoyées ici parce qu'elles avaient pris du poison sur la place Tiananmen pour protester. Un employé me demanda ce que je faisais là, j'ai répondu que je surveillais  un patient. « Ce n'est pas vos oignons. Dégagez » dit-il.

“绑架!怎么会没我的事?”我说,”应该报警。”
可惜这时我的手机没电了。一个挂着同仁医院胸牌的男人过来说,”我就是同仁医院保卫处的,你少管闲事啊。”
刹那间,我终于爆发了,我听到了一个仿佛穿破时空的惊天动地的怒吼:”丧–尽–天–良–!你们知不知道什么是–丧-尽-天-良!丧-尽-天-良!”

« C'est un enlèvement ! Ce ne sont pas mes oignons ? Alors que je devrais appeler la police. »
Mais mon portable était déchargé. Un homme dont le badge indiquait qu'il faisait partie de la sécurité à l'hôpital est venu nous dire que nous n'avions pas à donner d'ordre.
À ce moment-là, ma colère a éclaté. Je me suis entendu crier d'une voix aigüe, « Vous n'avez pas de conscience ! Pas de conscience ! Pas de – CONSCIENCE !»

恍惚中,我穿过人群

J'ai traversé la foule dans un état second.
billet d'origine publié le 3 mai 2009

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