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Malawi : Difficultés et progrès dans le système de santé

Cet article présente ce que des blogueurs du Malawi écrivent sur le système de santé de leur pays. Tour à tour, ils décrivent les progrès de l'ophtalmologie, réfléchissent au rôle des sages-femmes, s'indignent des négligences dans les hôpitaux et du gaspillage de l'argent public, et enfin donnent quelques bonnes nouvelles, ce qui est rare, concernant l'épidémie de SIDA.

Dr. Kalua examines Malawian kids. Photo: Vision2020 IAPB

Le Dr. Kalua examine des enfants au Malawi.

Photo : Vision2020 IAPB.

Le Dr. Khumbo Kalua [en anglais] est un ophtalmologue, enseignant-chercheur universitaire. Il nous apprend que la Faculté de Médecine de l'Université du Malawi a mis en place depuis peu une formation diplômante en ophthalmologie. Le nombre d'ophthalmologues du pays a également augmenté, avec trois nouveaux spécialistes formés ces deux dernières années (dont le Dr. Khumbo Kalua lui-même). Le nouveau Ministre de la Santé, qui est aussi député depuis peu, le Dr. Moses Chirambo, est également ophthalmologue, et a pendant longtemps été le seul de tout le Malawi.

Cette nouvelle formation, et ces nouveaux praticiens, sont le résultat du programme de l'OMS Vision 2020 Droit à la Vue, dans lequel le Malawi est impliqué depuis de nombreuses années à présent. Le Dr. Kalua dit [en anglais] :

Le Malawi participe à VISION 2020 depuis 2000, et a organisé avec succès des ateliers VISION 2020 pour le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe.

Le Malawi a achevé le plan quinquennal d'ophtalmologie de VISION 2020 en 2004, et des progrès ont été réalisés, afin d'aboutir à l'élimination de la cécité évitable avant 2020 au Malawi.

Sur la base des 3 piliers de VISION 2020, en termes de contrôle des maladies, la cécité des enfants a été choisie comme l'une des priorités les plus importantes, et un service d'ophthalmologie pédiatrique doit être créé à Blantyre.

Stabbily Msiska [en anglais], infirmière qui étudie actuellement en Norvège, est une autre blogueuse du Malawi abordant les questions de santé. Stabbie, comme elle se surnomme elle-même, a commencé à bloguer en mars 2009, à son arrivée en Norvège. Ses 15 années en tant que sage-femme lui ont appris les choses simples, et qui ne coûtent rien, qui ont de l'importance pour les femmes,  au Malawi comme en Norvège [en anglais] :

Étant moi-même 3 fois maman, j'ai vraiment regretté de ne pas être soutenue par une sage-femme pouvant m'accueillir et se mettre à ma place pendant la grossesse, l'accouchement, et après. Maintenant que je vis loin de chez moi dans ce pays scandinave, je me rends vraiment compte qu'il y a des choses, qui ne coûtent rien mais sont importantes, que doivent faire toutes les sages-femmes du monde. Un sourire, des salutations, donner des informations complètes, expliquer les procédures, le respect, la compréhension, la sympathie. Avec toutes ces choses qui ne coûtent rien, nos hôpitaux seront des endroits formidables pour les femmes.

Malawian Nurse-Midwife, Stabbie Msiska

Stabbie Msiska, sage-femme du Malawi.

Toutefois le système de santé du Malawi reste marqué par des problèmes importants, surtout pour les simples citoyens qui ne peuvent s'offrir les soins coûteux de médecins privés. Joe Mlenga parle [en anglais] d'un de ses parents éloignés qui s'est pendu récemment pour en finir avec les difficultés financières graves dans lesquelles il se débattait. Selon Mlenga, cet homme était encore vivant lorsqu'on l'a trouvé. On l'a transporté rapidement à l'hôpital, où les infirmières et le personnel médical dînaient [en anglais] :

On m'a dit qu'ils ont continué leur repas pendant que Rogers gisait agonisant. Quand l'équipe médicale a eu fini son repas et qu'elle a commencé à s'occuper de Rogers, il n'était plus.

Malheureusement, poursuit Joe, de telles négligences ne sont pas rares dans les hôpitaux du Malawi, et il rapporte un incident qu'il a vu personnellement :

J'ai personnellement vu une fois une mère portant son jeune fils très malade se précipiter dans l'entrée de l'hôpital de référence de Blantyre, QECH, pour prévenir les ambulanciers qu'elle avait besoin d'un chariot ou d'un fauteuil roulant. Personne n'a semblé réagir, et cette femme a fini par prendre elle-même un chariot… Elle a ensuite été aidée par le conducteur d'un minibus qui avait accepté gentiment de faire un détour par l'hôpital !

Kondwani Munthali fait part de son mécontentement [en anglais] concernant un projet gouvernemental d'étude de la faisabilité de la transformation d'un vieux bateau sur le lac Malawi, le MV Chancy Maples, en hôpital mobile. Selon Munthali [en anglais], cette idée vient de donateurs écossais, qui veulent que le Malawi paie cette étude d'un coût de 50 millions de kwachas (250 000 euros).

Pour autant que je respecte les responsables du Ministère,  on peut faire beaucoup de choses avec 50 millions de kwachas. Former au moins 10 médecins, 200 auxiliaires médicaux et 100 infirmières. Ou mieux encore, on peut fournir en médicaments pendant cinq mois l'hôpital de Lifuwu.

Nous devons fixer nos priorités en tenant compte de la pauvreté et des besoins du Malawi. Je trouve complètement fou de dépenser plus de 250 000 euros pour mener une étude de faisabilité sur un bateau, et peut être encore un million d'euros pour le réparer et l'équiper, alors qu'il y a tant de besoins urgents, dont un appareil pour le cancer.

Monsieur le Président, cette folie doit être arrêtée. Sauvez d'abord les vies des plus pauvres, et laissez les Écossais payer leurs projets favoris sans y mêler les plus pauvres. Combien de gens l'hôpital mobile sur le lac traitera-t-il, combien coûtera-t-il à faire fonctionner et combien  produira-t-il de revenus ? Nous dépenserons plus pour entretenir ce vieux bateau que pour sauver des vies.

La difficile situation du secteur de la santé au Malawi remplit de scepticisme un autre blogueur à propos de l'image de progrès économiques que se donne le Malawi ces dernières années. Alick Nyasulu [en anglais], qui est économiste, s'interroge sur la croissance économique, si souvent citée en exemple, qu'on attribue au Malawi. Il répond que la croissance économique ne profite pas aux simples citoyens, en particulier aux plus pauvres, comme le montrent les plaies socio-économiques qui sont en augmentation, par exemple les vols à main armée et les violences domestiques. Pour lui, les problèmes du système de santé, sur lesquels il insiste [en anglais], en sont la preuve :

Une urgence médicale à Ntchenachena, Chididi ou Mposa signifie la mort, malgré la croissance économique.

L'éducation et la santé sont en crise dans ce pays. Les gens riches utilisent pour leur famille des services réservés à une élite, pour leur santé et leur éducation. Je ne suis pas jaloux des riches. Plus de 80 pour cent de la population du Malawi vit dans des régions rurales dont les dispensaires tournent souvent avec une infirmière qui ne dispose pas des médicaments adéquats. Les distances pour atteindre ces services, et l'état des chemins ruraux, compliquent la situation. Je ne suis pas sadique en disant que les services de santé sont aussi mauvais que ceux de l'éducation, surtout dans les régions rurales. C'est malheureusement là où vit la majorité de notre population, résignée à une vie sans espoir ni avenir.

Enfin, si pour Mzati Nkolokosa [en anglais], le VIH et le SIDA font toujours rage, on aperçoit une lueur au bout du tunnel. Il revient tout d'abord sur les ravages provoqués par l'épidémie [en anglais] :

J'ai perdu des amis et des parents à cause du SIDA. Cette maladie a ruiné nos vies. Le SIDA a tué des gens qualifiés qui ne seront jamais remplacés.

Ceux parmi nous qui se sont formés à l'Université du Malawi savent que le SIDA a fait des dégâts dans le monde de l'éducation. En tant qu'étudiants, nous avons vu un enseignant perdre du poids, ses cheveux blanchir, ne plus assurer ses cours, ou bien des étudiants privés de cours parce qu'un professeur (le seul capabable d'assurer cet enseignement dans tout le Malawi), était malade.

Dure époque. Dans mon village de Liwonde, les gens qui avaient de l'argent sont partis. Les entrepreneurs qui prospéraient à la fin des années 1980 et au début des années 1990 sont tous partis.

Mais il termine sur une note plus positive :

Mais l'espoir existe à présent. Les traitements permettent aux parents de vivre plus longtemps et d'élever leurs enfants, qui autrement auraient été des orphelins. La sensibilisation à la maladie est maintenant élevée. Ma génération fait les bons choix. La prévalence de la maladie est à présent de 12,5 pour cent au Malawi.

Mais la bonne nouvelle est que dans la tranche d'âges de 5 à 11 ans, la prévalence est de un pour cent. Cela veut dire que si nous pouvons élever cette génération en lui donnant une éducation sérieuse qui lui évite d'être contaminée par le VIH, nous pouvons à l'avenir avoir des générations quasiment libérées du SIDA.

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