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L'ombre de la Françafrique à Madagascar, au Gabon, en Mauritanie

Les troubles au Gabon, au Madagascar, et une élection contestée en Mauritanie ont donné corps à l'idée que l'influence de la France est toujours à l'oeuvre dans les vies politiques de ses anciennes colonies, où elle possède des intérêts économiques divers. Cette stratégie d'influence est souvent résumée par le mot  françafrique [les liens, sauf mention contraire, sont en français] .

L’élection présidentielle au Gabon a été entachée d'accusations de fraudes quand Ali Bongo, le fils du président Omar Bongo, récemment décédé, a été déclaré vainqueur. L’ incendie du consulat de France à  Port-Gentil, ville où est basé le siège de la société française Total, figure parmi les violences provoquées par l'annonce des résultats du scrutin.

A Madagascar, des négociations de paix prometteuses à Maputo, initiée par un groupe de médiateurs internationaux, n'ont finalement abouti à rien, et le vendredi 11 septembre (hier), des manifestations ont été durement réprimées à Antananarivo par le gouvernement de transition.  Dans la capitale, quelques manifestants ont été vus en train de s'en prendre à des vazaha ( étrangers)[en malgache]  près de l'hôtel Glacier quand les militaires ont reprimé [en anglais] une manifestation, après la formation d'un gouvernement qui ne représentait pas toutes les tendances politiques [en anglais], comme l'engagement en avait été pris durant les pourparlers de Maputo.

Enfin, en Mauritanie, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a pris le pouvoir lors d'un coup d'état voici un an, a vu son régime légitimé par une élection que ses opposants estiment truquée. Les Mauritaniens se demandent donc pourquoi la France a été l'une des premières nations à reconnaître (en français) le résultat de l'élection.

Ce concept de Françafrique est si accepté qu'en janvier 2008, l'ancien secrétaire d'état français à l'outre-mer, Jean-Marie Bockel, a déclaré au journal Le Monde qu'il voulait  “signer l'acte de décès de la Françafrique

Les conditions de vie très confortables que les leaders africains trouvent en France sont bien connues. La carte en ligne du parc immobilier en région parisienne des familles de dictateurs africains, publiée par le site d'informations Rue89 est la meilleure preuve que la volonté de la France de se démarquer des dictatures africaines sont des déclarations peu suivies d'effets. Une association, cellule Francafrique, illustre d'autres manifestations de la Françafrique par des articles et des photos sur le site flickr.

A propos de Madagascar, par exemple, les blogs français et malgaches ont vite souligné que l'ambassadeur de France Jean-Marc Chataignier a été le premier diplomate étranger à rencontrer Andry Rajoelina, le lendemain du coup d'état à Madagascar. Le blogueur malgache NJ publie la vidéo suivante, pour expliquer le fonctionnement de la Françafrique à Madagascar :

L'une des raisons souvent citée par les blogueurs qui motive l'implication de la France à Madagascar est le potentiel des gisements pétroliers de la région de  Bemolanga. Total a acquis 60% des parts du gisement et prévoit d'en extraire 180 000 barils de brut par jour pendant plus de 30 ans. L'agence Reuters estime que le gisement de Tsimiroro contient 1,7 milliard de barils[en anglais].

Le ressentiment envers l'attitude de la France, considérée à tort ou à raison comme une ingérence délétère dans le développement des pays africains, a pris parfois des tournures violentes.

Le blogueur malgache Vony adopte une autre démarche que la colère contre les citoyens français, pour dénoncer la  Françafrique. Il écrit sur son blog, dans une lettre ouverte aux citoyens français de Madagascar (en français):

On dit que vous, Français, venez du pays des droits de l’Homme

Mais on sait aussi que vous vivez désormais dans un pays où la terreur règne,
Parce que Madagascar est aussi une partie de votre histoire, nous vous demandons
solennellement de nous soutenir et nous aider à retrouver notre dignité de
Malgaches et notre fierté de vivre sur cette île [..] Nous Malgaches au pays, en France et à l’étranger faisons appel à votre solidarité envers votre peuple ami et à votre foi en la démocratie et le respect des droits de l’Homme.
Parce que vous êtes aussi menacés par l’avenir sombre et désastreux qui nous guettent tous, , ne détournez pas les yeux mais tendez nous la main pour mieux dénoncer ce que vous ne toléreriez pas dans votre propre pays!

Tahina raconte les nouvelles violences du 11 septembre 2009 et  leur goût de mauvais souvenirs [en anglais] :

Ma ligne de bus passe par la place du 13 mai, un endroit chaud, si ce n'est le plus chaud, après le parc d’  Ambohijatovo. Et il est logique de demander au chauffeur, avant de monter à bord du bus  “Vous allez jusqu'à Analakely ?”, “Oui, Monsieur.” Durant le trajet, vous prêtez attention à la moindre chose anormale, un rassemblement à un endroit précis, un embouteillage suspect, il faut tendre l'oreille pour écouter les conversations des autres passagers. Vous prenez votre portable et essayez d'appeler quelqu'un qui est supposé être au centre-ville, pour voir si tout va bien et lui demander ce qu'il ou elle a vu. Tout ceci me rappelle des mauvais souvenirs. Des choses que je vais probablement revivre dans les jours prochains.

Au Gabon, le blogueur malgache  Harinjaka, qui séjourne actuellement dans la capitale Libreville, publie de possibles preuves des fraudes qui ont conduit à l'élection d'Ali Bongo :

sur les cartes électorales montrées dans  l'image ci-dessus, celle à gauche est authentique, celle de droite est un faux. La différence est assez évidente. Sur celle de gauche, le tampon a été apposé après que la photo ait été ajoutée, tanis que sur celui de droite, la photo n'a pas été tamponnée, ce qui signifie que la photo a été changée, pour que plusieurs personnes puissent voter avec la même carte électorale.

Voici une vidéo dans laquelle une Gabonaise accuse la France d'être directement responsable de l'élection contestée de Ali Bongo (français):


La françafrique a souvent été niée en France comme une simple théorie du complot. Malheureusement, les récents troubles au Gabon, en Mauritanie et à Madagascar prouvent que la françafrique existe bien aux yeux des blogueurs et citoyens africains.

4 commentaires

  • Bravo pour l’article, mais je pense personnellement que l’or noir n’est pas la seule raison. La principale était l’ouverture diplomatique vers d’autres pays, notamment asiatique qui représente des investissements conséquents. Le sommet de l’O.U.A qui devait se tenir en Juillet 2009 est également un facteur. Cela aurait permis à Marc Ravalomanana d’entrer dans la cour des grands, et pouquoi de briguer la présidence d’une certaine SADC…

  • […] This post was mentioned on Twitter by Alice Backer, remibrancato, Madatsara, Vendredi Info and others. Vendredi Info said: RT @ClaireInParis: Sur @globalvoicesfr : L'ombre de la françafrique à #Madagascar, au #Gabon, en #Mauritanie http://bit.ly/YCylL […]

  • Ces élections n’ont pas été organisées pour que quelqu’un d’autre les gagnent. Le clan Bongo domine et pille ce pays depuis trop longtemps, ce qui lui a permis de contrôler toutes les structures du PDG, tout l’appareil d’état et toute l’économie du pays, pour craindre de les perdre. Tous les postes-clés sont occupés par des gens corrompus qui auraient tout à perdre s’il y avait un changement réel de régime. Plus de la moitié de la population du Gabon ayant moins de 25 ans, la majorité n’a connu que son régime.
    Plus les dictatures durent plus la mainmise sur le pays s’accentue et les possibilités de changement sans violences diminuent. Hors en Afrique nous avons les dictateurs qui sont restés le plus longtemps au pouvoir, les plus vieux et les plus riches. Ils ont spoliés leurs pays pour accumuler des richesses immenses sur des comptes en banque en Suisse ou dans l’achat de biens somptueux dans les pays riches. Leurs peuples sont les plus miséreux de la terre, mais ce qui compte pour eux c’est accumuler, accumuler et encore accumuler pour eux, leurs enfants, leurs tribus et leur clientèle étrangère (libanaise, française, chinoise, coréenne, anglaise, latinoaméricaine..). Les forces armées comme les autres institutions des pays sont au service des intérêts privés des cliques de voleurs qui ont usurpé le pouvoir.
    En particulier, au Gabon la famille Bongo a détourné des milliards et acheté des biens en plein cœur de Paris ou sur la Code d’Azur, de somptueuses résidences, des hôtels particuliers, des voitures de luxe. Tous les membres de sa famille en bénéficient, lorsque les enfants étaient trop jeunes pour signer des contrats pour l’acquisition des biens, des sociétés anonymes ont été constituées pour les agir en leur nom. « Selon l’enquête préliminaire citée par Transparence Internationale France, Omar Bongo et ses proches jouissent de 39 habitations, dont la majeure partie est située dans le chic XVIe arrondissement de Paris. Il est entre autres question d’un hôtel particulier et de quatre appartements. Omar Bongo et sa famille comptabiliseraient aussi 70 comptes bancaires et 9 voitures ». (http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20090507150950/-justice-Denis-Sassou-Nguesso-Teodoro-Obiang-Nguema-Omar-Bongo-Le-detail-des-biens-presumes-mal-acquis-de-Bongo-Sassou-et-Obiang-.
    Au Togo, le fils a déjà remplacé le père. Au Sénégal, Karim est sur la rampe de lancement pour remplacer son père, si l’opposition se laissait faire, en Guinée équatoriale tous les principaux postes ministériels et de la sécurité dans ce pays regorgeant de pétrole, sont détenus par des membres de la famille de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. En Guinée après Sékou Touré, c’est son aide de camp qui avait pris le pouvoir saccageant et corrompant toutes les richesses et les institutions du pays. Il est allé jusqu’à libérer de prison en personne des individus qui avaient été condamnés par la justice pour avoir volé des millions de dollars.
    Peut-on imaginer qu’un jour Ghedafi, Mubarak, Ben Ali et d’autres vont laisser l’émergence d’une volonté populaire qui puisse prendre pacifiquement le pouvoir par la seule volonté populaire. Après eux, je suis prêt à parier que le pouvoir restera parmi leurs fidèles, après des funérailles pompeuses et des journées de deuil national des pays que ces prédateurs ont pillés.
    Dans ces conditions, souvent je me demande si les coups d’états ne sont pas la meilleure solution, bien que même les forces armées soient corrompues et fasse partie du système que les dictateurs ont mis en place. Les élections tendent à plonger les pays dans le chaos ou à donner une légitimité aux yeux de la communauté internationale à des individus qui en sont indignes.

  • […] You find the original post here fr.globalvoicesonlin … | Claire Ulrich […]

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