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Syrie : Une semaine de protestations contre tout et n'importe quoi

Les opinions tranchées ont encore fleuri sur la blogosphère syrienne. Après un billet [en arabe] du blogueur syrien Fadl réprouvant la pratique de la masturbation et encourageant les blogueurs à se joindre à sa campagne anti-masturbation, une vague a explosé dans la blogosphère syrienne pour s’y opposer, chacun créant sa propre campagne.

Dans son billet, Fadl avait encouragé les blogueurs à partager les informations qui expliquent les aspects négatifs de la masturbation pour la culture musulmane. Il écrit :

اخوتي في الله لقد قمنا بعمل حملة للقضاء على عادة وما لها من عادة قبيحة انتشرت بين الشباب كما ينتشر النار في الهشيم ونحتاج اليكم في مساعدتنا في القضاء عليها ليبذل كل واحد منا جهده حتى نقضى عليها فلنضع التوقيعات كالصورة وفلننشرها حتى يتعظ الشباب هذه هي فرصتنا الكبرى ونحن في شهر رمضان المبارك
هيا يا شباب
Mes frères en Dieu, nous avons lancé une campagne pour éradiquer une mauvaise habitude qui s'est répandue tel un feu de forêt chez les jeunes. Nous avons besoin que chacun d'entre nous fasse de son mieux jusqu'à ce que nous l'éradiquions. Signons tous une pétition et faisons connaître la campagne afin que les jeunes soient au courant. Le mois sacré du Ramadan est notre meilleure chance. Allons-y les gars.

Le premier à s'opposer à l'initiative de Fadl fut le blogueur prolixe Abu Fares, qui a écrit un billet facétieux sur la masturbation en Syrie. Dans ce billet, il se moque [en anglais comme tous les liens cités sauf mention contraire] :

Selon une source sûre, qui s’est confié en moi après son récent retour d'un voyage en Syrie (le nouveau troupeau éclairé aime beaucoup utiliser cette expression ou quelque chose d’approchant) la salle de bains est la pièce dans laquelle les jeunes psychotiques anormaux, filles et garçons, commettent généralement ce crime. Alors que leurs parents regardent Bab El Hara [série télévisée], les garçons “donnent la fessée à leur singe” alors que les filles “battent leur castor”.

Il a ensuite lancé une nouvelle initiative, invitant la blogosphère syrienne et ses amis à y prendre part :

Utilisons tous la rubrique “commentaire » afin d’arriver à un consensus. Nous, les vilains garçons et filles (les Ze3ran) [ndlr: les vilains »]  de la blogosphère syrienne et nos lecteurs réguliers devons commencer  notre semaine contre quelque chose. Toutes les idées sont les bienvenues et la plus idiote sera la meilleure. Cet activisme a atteint le summum. Que diriez-vous de quelques jours de lobbying avant de commencer notre tentative courageuse de vider ce bassin d'épuration puant et merdique. Allons de l’avant, prenons en main notre destin et joignons nos forces pour frapper nos viandes ou tourner autour du pot afin d’atteindre un orgasme syrien sans précédent contre l'absurdité, l'hypocrisie et le moralisme. Je vous le laisse littéralement entre les mains, mes vilains.

En ce qui concerne Abu Fare il propose malicieusement une semaine « contre l’orifice anal » puis explique sa réelle opposition envers certains comportements et certaines personnes. Il écrit :

1. Il existe des hommes qui en raison de leur genre pensent qu'ils sont supérieurs aux femmes. Je ne les aime pas.
2. Il existe des hommes qui marchent un pas devant les femmes en croyant que c'est normal en raison de leur sens tordu de la morale ou de leur compréhension malade de la pudeur. Je ne les aime pas.
3. Il existe des hommes qui parlent de la tenue vestimentaire des femmes. Ce qu’elles doivent ou ne doivent pas porter. Ce qu'elles devraient couvrir et ce qu'elles sont autorisées à montrer. Je ne les aime pas.
4. Il existe des hommes qui commandent les femmes et qui croient fermement que Dieu leur a donné le droit de le faire. Je ne les aime pas.

Son billet énumère quatre autres profils qu'il évite, et donne également des liens vers de nombreux autres blogs participant à la campagne.

Dubaï Jazz est un blogueur des Émirats Arabes Unis qui a grandi en Syrie. Dans son billet intitulé « Une semaine de billets contre le tribalisme » (اسبوع التدوين السوري ضد القَبَلية), le blogueur rejette l'idée que les activités sexuelles sont le plus gros problème que connaît la société syrienne, il pointe en revanche le tribalisme avec des exemples comme celui-ci :

Le premier incident s'est produit au début des années 90. J'étais sans doute en seconde. Je me souviens que c’était un soir de printemps, nous étions assis en famille sur notre balcon. Nous habitions au dernier étage et le balcon était grand et avait une vue magnifique sur notre quartier. À part le doux vent d'ouest, les klaxons sporadiques de voitures et au loin la voix efféminée de Hani Shaker bêlant d'un lecteur de cassettes, la nuit était calme et reposante. Nous devions probablement prendre le thé ou casser des noix.

Mais tout ce calme a basculé en un instant.

Tout à coup, il y eut des cris et des plaintes d'animaux venant de la rue en dessous. Nous avions jailli de nos sièges et nous précipitâmes pour voir ce qui se passait. Et notre balcon, comme je l'ai dit, nous offrait une vue magnifique. Il y avait des dizaines de personnes qui traînaient devant l'entrée de l'immeuble en face de nous, j'ai d'abord cru qu'ils tentaient d’échapper à un incendie, mais en fait la plupart d'entre-eux essayaient d’entrer à l'intérieur

Il y avait des dizaines de jeunes hommes d'âges divers. Quelques secondes plus tard, la masse est sortie du bâtiment et s’est retrouvée sur l'asphalte, et c’est seulement à ce moment que je me suis aperçu qu’il s’agissait d’une bagarre. De plus en plus de monde sortait maintenant de l'immeuble, et il était impossible de dire qui était du côté de qui. Cela aurait été drôle sans le sang que bientôt a commencé à couler dans le caniveau. Luisant sous la lumière du vieux néon de la rue.

Il n’y eut, cependant aucun mort. Des deux côtés les assaillants avaient assez de bon sens pour ne pas sortir les couteaux. La police arriva rapidement, et rassembla tout le monde. Il s'est avéré (et les mots se propagent plus vite dans une rue arabe que par un câble à fibre optique), il s'est avéré que quelqu'un avait lattashé (harcelé verbalement ou flirté avec) la sœur de quelqu'un. Et la tension ne cessait de monter entre voisins depuis. Les deux parties avaient promis de mobiliser leurs proches et de se battre sauvagement.

Tribalisme.

Le blogueur Ana Sourie (أنا سوري) [Je suis syrien] fait un peu d'humour, en proposant une semaine contre la consommation de haricots :

Selon l’accord conclut avec Abu Fares la semaine dernière, je remplis ma part, en commençant une semaine de billets contre la consommation dans notre région bien-aimée de tous les haricots, les pois chiches et les fèves en particulier. Nous connaissons la part importante qu’occupent ces produits toxiques dans notre alimentation quotidienne. Cette popularité a traversé tous les problèmes environnementaux, diététiques, et les censeurs moraux de notre société. Nous sommes une nation dont la vie quotidienne est contrôlée par les fèves et les pois chiches. En ce vingt et unième siècle, il est temps que quelqu'un soulève un drapeau et proteste contre cette infiltration. Dans les paragraphes suivants, je vais argumenter contre ce poison.

Yazan Badran de Global Voices a mis son grain de sel avec un billet pour plutôt que contre, la déchéance morale. Le billet  offre une « activité » pour chacun des sept jours de la semaine. Le premier jour, le blogueur suggère :

Le premier jour de la semaine des billets pour la déchéance morale, vous achetez un album de rock (de préférence Are You Experienced ? de Jimi Hendrix), et un de heavy metal fait par ces adorateurs du mal et du diable (disons, Sabbath Bloody Sabbath). Mettez votre iPod en marche, laissez vous aller, faites voir vos dessous rouges et puis aller faire une petite promenade.

Tous les blogueurs n’ont pas voulu participer. Anas Qtiesh, de Global Voices, en fait partie. Il n'est pas certain que les blogueurs doivent se moquer de campagne anti-masturbation, écrit-t-il :

Certaines personnes ont trouvé l'idée amusante et ont envoyé sur Twitter le lien vers l'article et l’un de mes amis m'a écrit pour me dire que l’initiateur aurait tellement peu de soutien qu’ils pourraient tous tenir dans une cabine téléphonique. De nombreuses personnes – dont je fais partie – trouve l’idée de départ scandaleuse, mais cela justifie t-il de se moquer du blogueur ? Cela rend-il acceptable de mettre de côté toutes les belles phrases et idées qu’écrivent de nombreux blogueurs syriens sur chacun de leurs blogs afin d’unir leurs forces pour lutter contre ce supposé « ennemi commun » appelé la bigoterie ?

Le commentaire laissé par Abu Fares sur le blog de Anas Qtiesh est une conclusion appropriée. Il écrit :

Je suis d'accord avec tout ce que vous dite ; mais nous sommes humains, et Syriens, après tout. Les chamailleries font partie de notre identité.

Pendant ce temps,  Abu Fares Fait la liste complète des participants à la campagne, cliquez ici.


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