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Porto Rico : Un débat sur la censure de certains livres à l'école

Le Ministère de l’éducation de Porto Rico a récemment retiré cinq livres du programme de la onzième année du système d'enseignement public : Antología personal, par José Luis González ; El entierro de Cortijo, par Edgardo Rodríguez Juliá ; Mejor te lo cuento: antología personal, par Juan Antonio Ramos ; Reunión de espejos, une anthologie d'essais éditée par José Luis Vega (tous les auteurs sont porto-ricains) ; et Aura, par Carlos Fuentes, du Mexique. L'agence publique a justifié cette décision en disant que les livres “contiennent un vocabulaire et un langage inacceptables, extrêmement grossiers et vulgaires.”

Le gouverneur de Porto Rico, Luis Fortuño, a soutenu la décision, en disant : “Je pense que j'ai été très clair, et que toutes les mères et pères comprennent parfaitement que les livres qu'un élève de 18 ans peut lire ne devraient pas être lus par un élève de 12 ans. ” Plusieurs écrivains et artistes à Porto Rico ont publiquement exprimé leurs inquiétudes et ont interprété l'action du gouvernement comme de la censure. La Fédération des professeurs a aussi condamné la décision et a déclaré qu'elle “reflétait l'ignorance de la réalité sociale dans laquelle vivent nos élèves, et d'autre part, une vision rétrograde de la littérature moderne dans le programme scolaire.” Après une telle réaction publique, le Ministère de l'éducation a laissé entendre qu'il n'avait éliminé de façon permanente qu'un livre et qu'il évaluait encore les autres.

L’Association des journalistes de Porto Rico a rejoint les écrivains, professeurs et  artistes dans une manifestation protestation le Ministère de l'éducation à Hato Rey où ils ont lu des extraits des livres qui ont été retirés. Les séquences en vidéo d'une manifestation contre la suppression de ces livres dans les écoles publiques ont été mises en ligne sur YouTube.

Les blogueurs ont aussi écrit des commentaires vifs. L'écrivain Mayra Santos Febres raconte sur Lugarmanigua [en espagnol]:

Temo a la censura. Sobretodo le temo cuando se utiliza “la formación integral de nuestros niños y jóvenes” como excusa para privarlos del contacto con experiencias y sobretodo con libros que los ayuden a desarrollar herramientas para pensar. La reflexión tiene que hacerse en un contexto amplio, sin verjas ni “no pases”. Es imposible pensar: es decir, “sopesar ideas”, cuando estas ideas diferentes, divergentes son sacadas de en medio desde un principio. Cierto es que la educación debe tener en consideración la capacidad de jóvenes y niños para asimilar y digerir información. No vas a servirle churrasco a un bebé de cuatro meses que no tiene dientes. Pero los muchachos de undécimo grado que configuran el estudiantado de Escuelas Públicas de nuestro país, a su edad, ya tienen dientes. Tienen dientes, uñas y garras. Algunos ya tienen bebés de cuatro meses. Ya pueden comer churrasco.

Je crains la censure, même d'avantage quand la “formation de nos enfants et jeunes” est utilisée comme une excuse pour les priver de contacts et d'expériences ainsi que de livres qui pourraient les aider à  développer leurs capacités d'analyse. La réflexion doit être menée dans un contexte ouvert, sans les rideaux de fer du type  “Défense d'entrer”. Il est impossible de penser que ça, c'est “soupeser des idées”, quand des  idées différentes sont éliminées dès le début. C'est vrai que l'éducation doit prendre en considération la capacité des jeunes et enfants à pouvoir absorber et digérer de l'information. Vous n'allez pas donner de la viande grillée à un bébé de quatre mois qui n'a pas de dents. Mais à l'âge des enfants qui sont en onzième année dans les écoles publiques de notre pays, ils ont déjà des dents. Ils ont des dents, des ongles et  des griffes. Certains d'entre eux ont même des bébés de quatre mois. Ils peuvent manger de la viande grillée.

La juriste récemment devenue blogueuse Dora Nevares-Muñiz a analysé la controverse d'un point de vue juridique :

La censura de textos literarios de parte del Departamento de Educación es inconstitucional y viola derechos de los estudiantes… La censura, aparte de coartar el libre flujo de las ideas y la libertad de expresión atesorada en nuestra Constitución, constituye un acto de violencia de parte del Ejecutivo hacia unos estudiantes que tienen el derecho a recibir una educación que propenda al pleno desarrollo de su personalidad y al reconocimiento de los derechos y libertades fundamentales. El acto de censurar es de por sí un atentado a la libertad de pensamiento y expresión, típico de sociedades intolerantes y totalitarias…La censura no debe tener espacio en el sistema educativo. Una de las metas del sistema escolar debe ser que el estudiante internalice actitudes de tolerancia y respeto ante la diversidad y las personas que tienen ideas discrepantes. Este es uno de los primeros pasos para prevenir la violencia. Los libros censurados se leían en grado undécimo. Se trata de obras reconocidas en Puerto Rico y en el extranjero por su calidad literaria. Un estudiante de Escuela Superior debe tener desarrolladas las destrezas de pensamiento crítico y análisis lógico necesarias para analizar esos libros.

La censure par le ministère de l'éducation de textes  littéraires est anticonstitutionnelle et elle enfreint les droits des élèves… la censure ne restreint non seulement la libre circulations d'idées et la liberté d'expression garanties dans notre Constitution, mais elle constitue aussi une forme de violence perpétrée par l'exécutif contre les élèves qui ont le droit de recevoir une éducation complète qui les mène au plein développement de leur personnalité et à la reconnaissance de leurs droits et libertés fondamentales. L'acte de censurer est une atteinte à la liberté de pensée et d'expression, vue généralement dans les régimes intolérants et totalitaires.La censure ne devrait avoir aucune place dans le système éducatif. L’un des objectifs du système scolaire devrait être que les  étudiants  parviennent intérioriser la tolérance et le respect envers la diversité ainsi qu'envers ceux qui ont des opinions divergentes. Ça, c'est un des premiers pas pour prévenir la violence. Les livres censurés étaient lus durant la onzième année de scolarisation. Ce sont des livres bien connus à Porto Rico et dans d'autres pays pour leur qualité littéraire. Un lycéen a les compétences nécessaires en analyse critique et raisonnement pour analyser ces livres.

Sur son blog Lecturas urbanas [en espagnol], Javier Valentín Feliciano évoque ses années dans les écoles publiques à Porto Rico, autrefois :

Cuando cursé mis doce años de estudios en la escuela pública nunca conocí a ninguna de estas autoras puertorriqueñas, tampoco conocí a escritores hispanoamericanos que estaban en todo su auge como Gabriel García Márquez, el propio Carlos Fuentes, Mario Vargas Llosa, Luisa Valenzuela, la lista es inmensa. Tuve que esperar muchísimos años para poderme reconocer como hispanoamericano con estos autores. En la escuela pública no los leí, nunca los asignaron. Quién sabe y nunca los hubiera descubierto.

Je n'ai jamais lu aucun de ces auteurs porto-ricains pendant mes 12 années en écoles publiques. Je n'ai jamais lu des écrivains hispano-américains qui étaient au sommet de leur gloire,  tels Gabriel García Márquez, Carlos Fuentes [l'un des auteurs censurés], Mario Vargas Llosa, Luis Valenzuela ; la liste est longue. J'ai du attendre de nombreuses d'années pour être en mesure de me reconnaître en tant qu’hispano-américain face à ces auteurs. Je ne les ai jamais lus à l'école ; ils n'ont jamais été au programme. Qui sait, si je ne les avais jamais découverts ?

* Les billets des blogueurs ont été traduits par l'auteur de ce billet. L'image est d’Andréia sur Flickr et a été republiée sous licence Creative Commons.

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