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Iran : Entretien avec Khyaboon, journal clandestin iranien

Khyaboon (mot qui signifie ‘rue’ en farsi) est l'un des journaux clandestins créés en Iran depuis l'élection présidentielle [en français]de juin 2009 et les répressions systématiques qui ont suivi.

Khyaboon illustre la ferveur des médias citoyens iraniens et la diversité des mouvements de contestation.

Ce journal, distribué directement dans les boites à lettres après avoir été imprimé depuis un fichier PDF est clairement contre le régime iranien actuel mais critique aussi les réformistes de temps en temps.

Khyaboon a répondu à nos questions sur son objectif, sa fonction, sur les médias citoyens iraniens et le lectorat que Khyaboon cherche à toucher.

Q: Quand et pourquoi Khyaboon a-t-il été publié et qui sont vos lecteurs ?

Le premier numéro de Khyaboon a été publié le 19 juin dernier [une semaine après l'élection présidentielle], avant le discours du leader suprême de la république islamique Ali Khamenei [en français], quand il a cautionné la répression contre le peuple. Au début, Khayboon a été publié tous les jours,  pendant un mois, et depuis, nous publions un nouveau numéro tous les quinze jours. Khyaboon est disponible sous forme papier et est aussi envoyé par courrier électronique. A ce jour, 48 numéros ont été publiés.

Notre lectorat recouvre tous les publics, mais nous prêtons particulièrement attention à ceux  qui manifestent dans la rue dans cette société. Nous publions des conseils,  des articles sur les manifestations, nous reproduisons des articles qui explique comment protéger son anonymat et sa sécurité sur Internet, affronter les gaz lacrymogènes, affronter la torture, et ainsi de suite. Nos lecteurs sont les mêmes personnes que celles qui sont dans les rues, des citoyens qui se battent dans la rue et dans la société, ce sont les personnes qui ont été emprisonnées, torturées et tuées.

Nos informations et nos analyses s'adressent aux gens ordinaires : leur destin, leur voix, leurs souffrances et leur bravoure. Ces personnes ne reçoivent pas d'attention des grands médias, sauf exception. Nous essayons de tirer les médias loin des ayatollahs et des politiciens professionnels, de les rendre plus accessibles aux travailleurs, aux femmes, aux étudiants et à toutes les personnes opprimées. Nous somme une publication qui vient de l'intérieur de la société et s'adresse à la société, et pas à une société soumise.

Invisibles et en sécurité

Q: Pourquoi n'avez-vous aucun site ou blog ?

Premièrement, le filtrage technique d'Internet est l'ennemi numéro un des sites qui critiquent les autorités. Au lieu de cela, nous concentrons nos efforts sur un espace que le gouvernement ne peut pas attaquer. La deuxième raison est une raison de sécurité. Nous ne sommes pas des spécialistes de la sécurité sur Internet et nous préférons minimiser les risques. Les Gardes de la révolution ont annoncé il y a quelques mois qu'ils avaient arrêté des personnes qui avaient des relations supposées avec certains sites. Le régime dit que ces sites sont  ‘immoraux’.

Il semble que la police iranienne ait des possibilités de répression dans le monde virtuel qui nous sont inconnues. Si nous travaillons de façon centralisée, même dans le monde virtuel, nos canaux de  communications pourraient être compromis et la vie de nos collègues pourrait être mise en danger par ce qu'ils écrivent. Notre invisibilité et notre organisation non-centralisée contribuent à notre sécurité, même si les menaces existent toujours.

Q:  Une autre publication,  Kalam Sabz, est la voix des réformistes. Et vous, de qui êtes-vous la voix ?

En Iran, il existe toujours une grande différence entre la surface et la profondeur [le public et le privé] de la société.  Ce que vous voyez en public, dans les lieux officiels, est bien différent de la vie menée dans les lieux privés. En Iran, les femmes portes un certain type d'étoffe dans les lieux publics officiels et un autre chez elles ou en privé. Les réformistes, jusqu'à il y a quelques mois, faisaient partie de l'establishment ; ils avaient leurs propres réunions, ils publiaient leurs propres journaux et organisaient leurs propres institutions. Ils faisaient partie de l'establishment et avaient leur mot à dire, mais au fond de la société, il y a des citoyens qui ont subi la répression et n'ont pas de voix. Kalam Sabz est la contestation de la surface de la société, et Khyaboon veut être la voix de l'Iran profond.

Citoyen/reporter/manifestant

Q: Comment évaluez-vous l'impact de réseaux sociaux en  ligne comme Twitter sur la contestation ?

Les réseaux sociaux, les médias personnels, sont les fruits du soulèvement contre la dictature. Se soumettre à un dictateur signifie l'absence de représentation des citoyens et l'atomisation de la société. Le régime se bat pour isoler les gens des réseaux sociaux en ligne. Dans une dictature, un citoyen n'a pas de voix ni de médias. Seuls les dirigeants peuvent s'exprimer et ont l'exclusivité de la diffusion d'informations.

En Iran, la république islamiste a fait de son mieux pour détruire toute forme d'association. Le citoyen préféré de la république islamiste est celui qui vit seul, va au travail chaque matin, est coincé dans les embouteillages et le métro bondé, avant de revenir chez lui le soir. Le citoyen préféré de la république islamique ne fait partie d'aucune association, syndicat, n'a pas de média ou de voix.

Mais un citoyen qui combat un dictateur va s'organiser, créer un réseau social, et avoir une voix. Pour ce qui concerne l'Iran, le citoyen-reporter n'est pas un mot qui convient, le mot juste est reporter/citoyen/manifestant. Avant l'élection, les médias citoyens étaient animés principalement par des étudiants, des femmes, des syndicalistes, qui étaient à l'avant-garde de la lutte. Mais aujourd'hui, en pleine lutte collective, tous les manifestants sont devenus des citoyens/reporters/manifestants.

Un citoyen qui descend dans la rue pour protester contre la dictature et filme ce qui se passe avec son téléphone mobile n'est plus l'être humain solitaire de hier.  En d'autres termes, le réseau social en ligne ne provoque pas la contestation actuelle mais est le fruit de notre lutte. La lutte d'une société contre un régime inhumain. Sans luttes, ces technologies modernes peuvent même rendre service au régime. Mais quand une société se bat pour sa vie, Internet, y compris Twitter, Facebook, les courriers électroniques et d'autres outils de communication sont utilisés par les citoyens. Par exemple, nous n'avons pas besoin de groupe de presse pour publier Khyaboon et nous pouvons le distribuer de façon plus sécurisée par courrier électronique que sous forme papier. Mais sans les êtres humains qui les utilisent pour enrichir leur vie sociale, ces outils technologiques n'ont pas de sens.

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