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Porto Rico : Licenciements massifs, 25 000 fonctionnaires congédiés cette année

Lire aussi : Porto Rico : parés pour la grève nationale
La première semaine d’octobre a été particulièrement difficile pour Porto Rico : le gouverneur, Luis Fortuño, a licencié près de 17 000 [en espagnol] employés gouvernementaux. Au total, cette année, plus de 25 000 fonctionnaires ont été congédiés par le gouvernement élu au mois de janvier dernier. L’annonce de cette nouvelle vague de licenciements a immédiatement entraîné une large mobilisation [en espagnol]. Les travailleurs, les femmes, les étudiants, les professeurs [en espagnol] et beaucoup de simples citoyens se sont rassemblés pour tenir des conférences de presse ou organiser des manifestations pour exprimer leur colère face à cette décision qui place des milliers de familles dans une situation désespérée. Dans un acte de désobéissance civile, un groupe de personnes s’est enchaîné devant la résidence du gouverneur, La Fortaleza, afin d’en bloquer l’entrée. Ils ont mis sur pied ce qu’ils ont appelé un “camp de la dignité”, mais ont rapidement été délogés par une force de police spéciale. Les syndicats ont annoncé une grève nationale qui aura lieu demain.

Des manifestants devant la résidence du gouverneur. Photo de José Antonio Rosado de Prensa Comunitaria

Photo de José Antonio Rosado de Prensa Comunitaria..

Photo de José Antonio Rosado de Prensa Comunitaria


La situation donne également lieu à des manifestations de colère des citoyens. Alors qu’il donnait une conférence de presse dans l’est du pays, le gouverneur a été pris pour cible par un individu qui lui a lancé un œuf [en espagnol], mais a réussi à esquiver le projectile. L’homme, du nom de Roberto García, a été inculpé de tentative d’agression puis relâché sous caution. Il a expliqué par la suite qu’il avait voté pour le gouverneur, mais qu’il était extrêmement déçu des licenciements ordonnés par ce dernier parmi les fonctionnaires. Les associations de femmes ont dénoncé [en espagnol] les licenciements en expliquant qu’ils touchaient de manière disproportionnée les femmes, notamment les mères célibataires dont le revenu est le seul moyen de subsistance de la famille.

Manifestations à San Juan. Photo d’Antonio Rosado de Prensa Comunitaria.

Manifestations à San Juan. Photo d’Antonio Rosado de Prensa Comunitaria

La blogosphère porto-ricaine a été inondée de commentaires et d’analyses de la situation politique, sociale et économique précaire que connaît Porto Rico. Sergio Marxuach, directeur des campagnes politiques du Center for the New Economy [en anglais], une association à but non lucratif cherchant des solutions d’économie progressistes, basée à Porto Rico, fait part de son analyse de la situation sur son nouveau blog [en espagnol]:

Tous les économistes s’accordent sur le fait que le licenciement de 20 000 fonctionnaires en période de récession, aura les effets suivants : 1) augmentation du taux de chômage à plus de 18 % ; 2) accentuation de la récession, car 20 000 emplois en moins réduit la consommation globale du pays ;
 3) augmentation de la demande en services publics, par exemple dans les secteurs de l’éducation et de la santé ; 4) chômage prolongé car le secteur privé ne recrute pas massivement en période de récession ; et 5) dans le cas spécifique de Porto Rico, dégradation de la situation pour les banques car 46 % des fonctionnaires ont un crédit immobilier.

Sur Ventanasur [en espagnol], Reinaldo Millán explique :

Le parti au gouvernement est pleinement satisfait : il n’y a pas d’opposition et les médias sont conservateurs. Net avantage, en plus du fait que les actionnaires des médias sont parents avec les directeurs des entreprises qui bénéficieront du maintien de la loi régissant les accords entre les secteurs privé et public. Cette loi transfère la responsabilité de certains services publics au secteur privé et permettra à celui-ci de gérer des fonds publics qui étaient jusqu’ici géré par des agences gouvernementales.

Manifestation à San Juan. Photo de Jose Antonio Rosado de Prensa Comunitaria.

Manifestation à San Juan. Photo de Jose Antonio Rosado de Prensa Comunitaria.

Sur son blog, Poder, espacio y ambiente [en espagnol], l’avocate Erika Fontanéz se demande quelles raisons a invoqué le gouvernement pour justifier les licenciements. Celui-ci assure qu'au final les coupes effectuées profiteront à la population.

Nous avons besoin de savoir si certains critères, tels que le sexe, ont été pris en compte. S’ils ont fait attention aux postes généralement occupés par des femmes. Savons-nous combien de ces 17 000 personnes sont des femmes? Combien d’entre elles sont des mères célibataires ? Quel est le pourcentage de femmes ? A quel secteur ces personnes appartiennent ? Quels vont être les coûts liés aux dépenses de santé pour les personnes qui n’ont pas d’assurance maladie ? Quels seront les bénéfices d’une augmentation des personnes souffrant de problèmes de santé mentale, des suicides, du sentiment d’insécurité, des personnes qui pourraient perdre leur logement et auront besoin d'un logement subventionné? Des chiffres, nous voulons des chiffres.

Deepak Lamba-Nieves, doctorant en développement et planification internationale, partage aussi son avis sur le blog (Trans)actions : (Trans)acciones [en anglais]:

Les mesures prises pour réduire les dépenses du gouvernement comprennent : les offres d'incitation au départ en retraite, la réduction volontaire des heures de travail, la levée des accord de convention collective et les licenciements de fonctionnaires. En plus de ces mesures draconiennes, le gouvernement s'est acharné sur les plus démunis en

déplaçant les personnes vivant dans des logements non conformes, en réprimant tout mouvement d’opposition des classes populaires et en déployant des contingents de police anti-émeute pour briser la moindre manifestation. Pour le moment, il est difficile d’imaginer quel tournure vont prendre les événements. J’ai l’impression qu’un grand nombre de personnes en ont raz-le-bol de ce qui se passe dans le pays. Certains souffrent plus que d’autres, mais comme chaque personne qui a été un jour blessée le sait, après un certain temps, si la situation ne s’améliore pas, les personnes qui cotoient des gens qui souffrent partagent leurs souffrances. Je ne crois pas que ceux qui sont actuellement au pouvoir se rendent réellement compte de ce qui est en jeu. Les troubles actuels peuvent déboucher sur beaucoup de situations négatives différentes et même si l’économie reprend, certains dégâts, et certaines images, seront difficiles à oublier.

Les photos de José Antonio Rosado sont publiées avec la permission de

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